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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 20 mai 2020 jour de Lully...

Denis Vallier

      A part la méduse turritopsis dohrnii qui, comme Benjamin Button, est capable de régresser au stade juvénile à la différence que, par la suite elle peut repasser à l’âge adulte et ainsi de suite dans un cycle sans fin, quelle créature peut se vanter d’être parfaite ? Certes, elle est parfaite et quasiment immortelle mais je me vois mal passer un bout d’éternité sous cette forme… Quoique… Que sait-on de la joie des méduses ?

      Les autres créatures mortelles dont nous sommes, comptent sur la mort et la sélection pour évoluer. L’évolution est violente et imparfaite sinon elle prendrait fin, c’est une lutte féroce entre ce qui existe et ce qui veut naître, brutalité mêlée d’amour. Les bébés joufflus et les petits chats sont très mignons, mais le reste du temps, la vie et ce qu’on regroupe sous le mot de nature, n’est pas tendre du tout : c’est à qui bouffera l’autre. La violence du piranha ne connait de frein que l'os mis à nu. La cruauté du chat le plus adorable qui joue avec sa proie n'a d'égale que son innocence, mais il n’est cruel que par rapport à nos propres normes. À la télé, j'ai vu un maître chinois, souriant et sautillant tel une rosière boutonneuse, dégommer une section de Bérets Verts comme d'autres cueillent des framboises... Sans aucun mérite, il m’arrive de détester mais jamais de haïr : je ne connais pas ma haine, j'existe, et la violence fait partie de mon être aussi intimement que la tendresse... Et je ne pense pas être si seul dans ce cas... puisque l'humanité souffre de cette maladie incurable qu'on appelle la Vie. La violence et le spectacle cathartique de la violence, comme l’amour et sa mise en scène sont dans la nature humaine : rien ne me fait plus aimer mon semblable que la beauté de son amour et rien ne calme plus ma juste et noble colère que la ridicule et stupide colère de l’autre.

      Le compositeur de musique baroque Jean-Baptiste Lully (surintendant de la musique à Versailles et protégé de Louis XIV), mourut de la gangrène à cause d’une crise de colère contre ses musiciens : il s’est frappé accidentellement son orteil avec son bâton de direction ferré servant à battre la mesure. "Tout prétendant à diriger ou à gouverner doit commencer par apprendre le sens du sacrifice" lui avait recommandé son Roi Soleil,  mais là, il a voulu faire du zèle et est allé un peu trop loin. D’ordinaire, les orteils ne servent qu’à détecter douloureusement les coins de porte mais de là à lui localiser son gourdin de dirigeant, il lui a fallu un sens du sacrifice tout à fait stupide. Depuis, on mène les orchestres prudemment à la baguette, il faut reconnaître que c’était un métier particulièrement dangereux.

(Merci à Serre de nous l’illustrer aussi malicieusement)

(Merci à Serre de nous l’illustrer aussi malicieusement)

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