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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 22 mai 2020 jour du vieux sage...

Denis Vallier

      Comme les pitbulls, nous ne sommes qu’amour dans un bain de violence et cette violence se manifeste de différentes façons. La compétition à laquelle on nous invite et nous entraîne dès notre plus tendre enfance est une forme extérieure de cette violence. L’expression de cette violence est en relation étroite avec le "moi" qui en est sa forme intérieure. Les deux interagissent : la violence extérieure tend à renforcer le "moi" et l’attelage s'auto-entretient à tous les niveaux. Il est clair que l’émulation que nous encourageons au sein de la famille, dans le sport ou à l’école est une composante de "l'animalité" autrement dit de la nature, surtout depuis Darwin et Freud et les notions de biotope, d’œdipe, etc... Il n’est même pas besoin d’être deux pour alimenter cette compétition : il en est d’intérieures et pas des moindres. Mais tout cela n’est pas très clair et mal taillé dans sa forme, écoutez plutôt cette histoire que je vous conte… elle est plus dans mon registre…

      Un jour, un vieil ermite descendit de son refuge pour la première fois depuis de nombreuses années. Alors qu’il passait par la capitale, le roi, qui le tenait en très haute estime, décida d'aller respectueusement à sa rencontre. Après avoir rendu hommage au sage, le roi lui posa une question qui le travaillait car sa conscience n’était guère au repos :
- "Très vénéré Maître, pouvez-vous m'enseigner ce qu'est le Paradis et ce qu'est l'Enfer?".
Du profond de sa sagesse le vieux l'observa longuement. S'animant soudainement, le voici qui se met à insulter son roi avec force :
- "Âne bâté, pauvre ignorant à la cervelle plus étroite que le cul du dernier des macaques, n'as-tu donc rien appris de tes actes durant toutes ces années de ta misérable existence?".
N'en croyant pas ses oreilles, le roi stupéfait, hésita un instant. La surprise passée, il se redressa violemment, rouge de colère. Un roi ne peut accepter de telles injures, il en va de son image, de son pouvoir et donc de sa survie. Mais le vieux, continua de plus belle :
- "Plus stupide qu'un caillou, qu'espères-tu donc comprendre aux mystères de la vie ? Inculte ! Incapable ! Raclure de fausse couche !".
C'en fut trop. Hors de lui, ne se contenant plus, le roi, d'un geste violent, tira son sabre, l'élevant d'un seul élan au-dessus des cheveux blancs du vieillard. À cet instant précis, vif comme l'éclair, le vieux pointa un doigt fulgurant vers le visage du furieux, en tonnant :
 - "Voici l'Enfer !".
Instantanément la colère du roi et le sabre se figèrent, l’arme retourna doucement au fourreau. Il comprit sur le champ la leçon et reconnaissant, souriant, retrouva, en dodelinant de la tête, calme et sérénité…
 - "Et voici le Paradis!" acheva le vieil homme…
Tout était dit… (- courageusement !)

(Tableau de Giovanni Battista Langetti - Diogène et Alexandre)

(Tableau de Giovanni Battista Langetti - Diogène et Alexandre)

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