Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 26 août 2020 jour des vénus...

Denis Vallier
Venus de Willendorf (Autriche -23000 ans avant JC)

Venus de Willendorf (Autriche -23000 ans avant JC)

      La fonction crée l’organe, dit-on… Nous nous sommes redressés et pendant des milliers et des milliers d’années nous avons marché, marché, jusqu’au bout du monde. Nous étions lents mais endurants et nos muscles fessiers ont largement eu le temps de se muscler. Pendant tout ce temps, nous n’étions qu’une poignée, bon an mal an, nous avons survécu malgré le froid et les maladies, nous avons fait des gosses et puis récemment, brutalement, tout s’est accéléré et nous nous sommes assis, toujours sur nos muscles fessiers.

      Les vénus paléolithiques qui nous donnent un aperçu des canons de la beauté de leur époque (- fort éloignés des nôtres en l’occurrence), sont la plupart du temps de petites statues de fesses et de seins comme la Venus de Willendorf âgée de 25.000 ans. On retrouve ce même goût pour les formes généreuses un peu partout en Europe et même si elles sont sculptées dans différents matériaux, elles sont curieusement uniformes jusque dans le détail même si elles ont plusieurs millénaires d’écart. Manifestement, le progrès se faisait à petits pas à l’époque et les modes survivaient aux siècles… Ces statuettes nous intéressent pour ce qu’elles racontent de nos ancêtres, des gens comme vous et moi menant une existence qui nécessitait sans doute bien plus d’intelligence au quotidien tant étaient nombreux les problèmes à régler et vaste l’inconnu. Ces lointaines vénus matérialisent l’idée qu’on se faisait alors de l’avenir de l’espèce : il faisait froid depuis toujours et une femme ainsi constituée avait sans doute plus de chances de passer l’hiver et de pouvoir procréer en cette période glaciaire de Würm. Mais au lieu de représenter la réalité, de telles œuvres pouvaient tout aussi bien n’être qu’un simple choix esthétique de formes arrondies et abondantes à la Botero comme pour assouvir un fantasme ou bien encore avaient-elles une fonction rituelle et symbolique. Allez savoir…

      Il se peut que ce ne soient que de simples jouets érotiques pour adultes consentants car retournées elles sont souvent phalliques mais il ne nous reste malheureusement aucune trace des vrais jouets, des vraies poupées que devaient se fabriquer les enfants : c’est bien dommage car elles nous auraient sans doute transmis beaucoup plus d’informations sur nous-mêmes : voyez les poupées Barbie actuelles, anorexiques et standardisées. Depuis des dizaines de milliers d’années, les poupées ont été aimées par les gosses, choyées par des collectionneurs et utilisées de manière rituelle pour le bien et pour le mal surtout quand on les perce d’aiguilles. Même silencieuses, elles sont très parlantes et rendent palpable l’idée qu’on se fait de soi-même. S’il y a une culture immortelle qui subsiste parallèlement aux nôtres en passant par-dessus les siècles et les millénaires, c’est bien celle des enfants quand ils se retrouvent entre-eux. Elle est bien sûr évolutive mais ses bases sont archaïques et témoignent de notre lointain passé : on jouait déjà aux osselets, à la marelle, au cerf-volant ou aux gendarmes et aux voleurs dans l’Antiquité. Malheureusement, les osselets ont disparu et puis viendra le tour de la marelle : la technologie actuelle est en train de nous couper de ce patrimoine fondamental en isolant nos enfants dans des bulles, elle rompt pour la première fois ce fil qui nous reliait à nos origines… Le progrès, je veux bien y croire, mais il n’a de progrès que le nom quand il se coupe de nos racines.

Par Gabriel d’Orazio...

Par Gabriel d’Orazio...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires