Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 23 décembre 2020 jour du grand Fernand...

Denis Vallier
Magie de Noël...

Magie de Noël...

Le grand Fernand, tu vois, c’est un bon bougre, un brave type comme toi et moi… peut-être un peu plus moi que toi… ou bien l’inverse, va donc savoir… mais en tout cas, c’est 120 kilos de graisse et de tendresse dans un taudis, le gros dégueu mais en plus crade, une vieille éponge au goût de vinasse, sale comme un peigne et peu loquace. D’ailleurs son peigne, y sait même plus où qu’il l’a fourré. Y a un bon siècle qui s’est pas rasé et y s’méfie d’l’eau comme du savon mais hier, faut dire, c'était l’grand soir… Dans sa petite cahute branlante, le grand Fernand se préparait… soigneusement… pour l’heure de gloire, l’affaire du siècle, le rôle d’une vie à cinq euros de l’heure...

Dans sa petite cahute branlante, calme et serein, le grand Fernand avait retrouvé son peigne… Y s’faisait beau, y s’faisait propre, c’est pas croyable…il y mettait tout c’qu’il avait en plus d’son cœur qu’il avait grand. Et vas-y que j’te frotte, que j’te frotte, y s’curait les ongles et tous les trous… Le grand Fernand s'apprêtait soigneusement. Lavé, peigné, barbe lissée, calme et serein, un p’tit coup de sent-bon et hop ! En avant ! Il enfilait le vaste pantalon bouffant en sifflotant. Le grand Fernand prenait son temps, ajustait les hautes bottes noires, endossait la lourde veste fourrée, bouclait le large ceinturon de cuir, s'enfonçait jusqu'aux sourcils broussailleux le grand bonnet… Un dernier p’tit coup d’œil dans l’débris qui lui servait de miroir… bien campé sur ses vieilles jambes, fier et solide, y r’mettait droit le grand bonnet et puis le masque sur le nez. Quand faut y aller, faut y aller…  En avant… marche ! À l’abordage ! À moi la ville et ses lumières ! Qu’enfin le rideau s’ouvre et que le spectacle commence avant ce fichu couvre-feu !

Le grand Fernand, pas plus qu’un autre, ne peut pas vivre sans rêver… Qu’tu sois patron ou bien clodo, ta vie n’vaut rien si tu rêves pas. Alors, l’poivrot bedonnant, le minable, le raté, devenu colosse tout de rouge vêtu, disparaissait, n’existait plus… Tout de rouge vêtu, l’artiste était montagne en majesté dominant petits et grands, héros de contes et légendes, colosse formidable bien campé sur ses vieilles jambes… Pensif et songeur, puis réjoui, il s'avançait, superbe et généreux, fier et solide, dans les lumières de la ville devant les mômes ébahis, bouche bée, muets de stupeur et d’émerveillement, submergés par la magie de Noël. Pensif et songeur, puis réjoui, pour cinq euros de l’heure, le grand Fernand devenait le Père Noël, tout de rouge vêtu...

Le Père Noël est une ordure...

Le Père Noël est une ordure...

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires