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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 28 décembre 2020 jour d'écartèlement...

Denis Vallier

Je crois toujours au Père Noël, même si c’est une ordure… c’est plus fort que moi, je ne peux m’empêcher de croire en ce monde où la seule spiritualité qui s’impose à tous est l’adoration du dieu dollar… les autres religions ne sont que du réchauffé. Seuls les plus évolués d’entre nous peuvent échapper à la fatalité du divin en biaisant (- non, ce n’est pas faire l'amour de travers) car la fatalité n'est que le préalable reflet de ce que l'on a semé. Elle n’est pas rigide et se permet de petits écarts que l’on aurait tendance à prendre naïvement pour de la liberté. "Juxtapose à la fatalité la résistance à la fatalité. Tu connaîtras d'étranges hauteurs" prédisait pourtant René Char… Nous sommes des êtres écartelés qui nous inscrivons dans un triangle entre notre raison pratique, notre vie spirituelle et nos superstitions comme le soutenait Constantin Brunner : "nous sommes des matérialistes de l'entendement pratique, et des idéalistes de l'Esprit". Il opposait le spirituel au religieux en brocardant la superstition et les dogmes religieux qui élèvent ce qui est relatif au statut de vérité absolue. Son contemporain Einstein, qui savait prendre du recul et relativiser à merveille, avait une vie spirituelle plutôt riche qui le dispensait de religion organisée. Il a accepté le fait que renoncer à une image de la totalité n'était pas un renoncement de principe, mais un renoncement méthodologique… la totalité ne peut être qu’un tout sans rupture entre l’infiniment petit et l’infiniment grand et s’il n’y avait pas de sens apparent à toute cette merveilleuse mécanique, il devait forcément y en avoir un caché que l’on finira par découvrir avec du temps, de la patience et beaucoup d’imagination, se disait-il. En spinoziste convaincu, il avait compris la différence entre "connaissance relative" (- le "savoir" de la pensée relative de l'entendement pratique et localisé) et "connaissance absolue" (- connaissance de la Réalité absolue ou Vérité éternelle) grâce à son intuition, la même que celle de Spinoza. Mais il se distinguait en redonnant ses lettres de noblesse à l’imagination plutôt négligée de son temps à l'exception de quelques farfelus.

Depuis peu, nous avons changé : l'Homo Consumeris lambda, victime d'un rétrécissement rapide de sa faculté de jugement et de sa raison, associé à une forte diminution de sa logique et de son bon sens, peut lui aussi se passer allègrement du divin, mais ce n’est pas parce qu'il comprend suffisamment le réel. C’est au contraire, parce qu’il s’en est détaché et virtualisé. Saturé d’informations saugrenues, submergé en permanence par des stimulations visuelles et auditives artificielles, il ne possède plus ce besoin, cette saine curiosité du terrain que l’on trouve à la base de l'intelligence. Du coup, il fait avec ce qu’il a. S’il se réfugie toujours dans la pensée magique et la superstition, il s’éloigne des religions traditionnelles passées de mode même si elles se battent bec et ongles pour se maintenir. Sa vie spirituelle se résume à croire qu’il va gagner à l’Euromillion et à se prendre pour un de ces dieux d’opérettes sortis tout droit d’un jeu vidéo ce qui lui procure un sentiment de toute puissance réconfortant au quotidien. Le mal être actuel vient de ce que ceux qui vivent bien, rêvent mal et ceux qui vivent mal, rêvent trop. Ça cloche forcément quelque part…

Page du 28 décembre 2020 jour d'écartèlement...
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