Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

page du 30 décembre 2020 jour de peur du noir...

Denis Vallier

Depuis que nous arpentons cette planète, nous nous protégeons de la faim, du froid et de la nuit. En absence de couleur, nous peuplons le noir de griffes et de crocs, de toutes nos angoisses et nos questions, Nous interrogeons le ciel mais son silence nous assourdit. Nous craignons la souffrance et la mort, mais le plus effrayant, ce qui à la fois nous terrorise et nous fascine le plus, c’est le silence infini des étoiles. On donne toujours un nom à ce qui fait peur, c’est un peu comme toucher du doigt le mal car frotter la douleur nous soulage un court instant. Nous avons donné un nom à l’innommable et l’avons fait naître de la séparation de ses forces dont je fais partie sinon, il n’y aurait aucune raison d’avoir peur, je ne serais pas dans cet état de confusion… Dieu c'est ce qui pour nous, préexiste à tout, à l'infini en particulier. Les savants nous assurent que tout est relatif dans un ensemble et que l’on mesure les rapports entre les objets grâce aux nombres mais l’ensemble me reste inaccessible et incompréhensible : tout n’est pas relatif car l'absolu, c’est relatif à quoi ? L’absolu ne peut être qu’absolu ou bien ne pas être. Je me trompe ?

Il nous arrive encore de plonger dans les étoiles et si on a bonne vue, on voit le bout de l’Univers, mais jamais sa naissance qui est partout et nulle part puisque l’espace n’existait pas encore. De toute façon, elle est pour toujours hors de portée et c’est frustrant car cela répondrait à pas mal de nos questions. Nous gardons toujours espoir, mais sommes limités, nous ne pouvons voir nettement que dans l’axe du regard, pas à côté ou aux antipodes. Dieu est le résultat de notre tentative pathétique pour appréhender, pour contenir l’infini inaccessible. En fonction de notre volume, il est donc très personnel et fort différent d’un individu à l’autre : il est la mesure en creux de notre incompétence à l’englober…

L'infini se contenant soi-même, échappant à notre entendement, nous réduit à néant… Je cache alors mon angoisse derrière les paumes jointes de mes mains tremblotantes, je les serre fort pour que ma foi et l’infini ne s’échappent pas, aspirés par le vide. Je les joints encore et encore et je prie encore plus fort… Sisyphe affrontant sa peur est-il plus sage que Sisyphe demandant à Dieu de le protéger ? Rien n’est sûr mais même si je ne crois ni à Dieu, ni à Diable, ni aux monstres dans la nuit, j’en ai quand même peur. La peur nous honore car sans la peur il n’y aurait pas de courage : celui qui n’a peur de rien n’est pas encore né mais de toute façon il mourra d’ennui… Au lieu de me réfugier lâchement dans une église ou un temple quelconque, j’aurai beau essayer de bien vivre jour après jour avec courage et persévérance malgré cette peur, il me faudra aussi bien mourir un petit matin et Sisyphe mourut non pas de fatigue mais de lassitude ce qui ne vaut guère mieux. "Ainsi toute notre vie oscille comme un pendule de droite à gauche de la souffrance à l’ennui" se lamentait ce joyeux drille de Schopenhauer… Il aurait miné le moral de toutes les armées mais lui au moins ne baissait pas les yeux.

(Illustration par Morysetta)

(Illustration par Morysetta)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires