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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 5 décembre 2020 jour d'Apollinaire...

Denis Vallier

Ô mondes absurdes aussi fous que cruels
Pourquoi nous poussez-vous hors du chant du réel ?

Quand le temps présent dépasse toute fiction, que Trump est président, que le mensonge devient vérité, que nos sourires sont masqués, qu’une maladie nous gouverne, que l’argent est roi, que les lumières s’éteignent une à une… alors, dans l’entre-deux du petit matin, je deviens Apollinaire assis dans sa tranchée en train de lire les chroniques d’un monde déglingué et je me prends un éclat d’obus en pleine tête. Avec le trépané de la dernière pluie, je réinvente le mot "surréalisme" et je me vautre dans la boue pornographique. Qu’avons-nous à lancer tant de prières vers le ciel quand n’en retombe que mitraille ? Quand tout s’écroule autour de vous, ne reste que la poésie pour en rire, élever nos prières et s’en moquer.

On peut donc chuter dans le ciel ? C’est le monde à l’envers… L’existence nous fait loucher plus sévèrement que Jean-Paul Sartre : un œil vers le ciel, un œil vers la terre, un œil sur le visible et l’autre sur l’invisible, avec l’oreille distraite à cause d’une attention flottante à ce qui se trame derrière les paroles effectives, insensible à leur poésie … et on s’étonne d’avoir mal au crâne.

Des couleurs du chaos on poursuit les extrêmes
Pour jouir des paradoxes et goûter ceux qu'on aime
Ceux qu'on a jusqu’à l'os, au centre de nos gènes
Pour y trouver l’élan et rejeter la haine

Cette haine trop humaine qui nous rend contagieux
Qui projette nos enfants dans les bras religieux  
Nous laisse le cœur en sang au venin des vipères
Quand l'ultime illusion d'amour enfin se perd
Reste la bête à nu, le migrant qui se terre
Et comme Apollinaire il se méfie du ciel
Il lui lance des poèmes pour que coule le miel
Le miel de l’ambroisie, cette manne qu’on aime
Le miel dedans ses veines et ses couleurs extrêmes…

"La foule en tous les sens remuait en mêlant

Des ombres sans amour qui se trainaient par terre
Et des mains vers le ciel plein de lacs de lumière
S'envolaient quelquefois comme des oiseaux blancs."

(Dernière strophe extraite de "L'émigrant de Landor Road" du recueil Alcools d’Apollinaire.)

Illustration d’Hossein Zare

Illustration d’Hossein Zare

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