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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 23 février 2021 jour bien au chaud...

Denis Vallier
Page du 23 février 2021 jour bien au chaud...

"JE RESTE CHEZ MOI, JE SAUVE DES VIES"… Alors là, je dis bravo ! Bravo à tous ces héros en pantoufles. Bravo aux brillants auteurs du concept… Comme c’est facile d’être un héros, d’être solidaire devant sa télé ! C’est bien gentil le respect de l’autre, mais il n’exige pas de le tenir en respect à distance au bout d’un fusil, le doigt sur la gâchette sous prétexte qu’il est peut-être positif… Dire qu’il n’y a pas si longtemps, nous souhaitions tous être des personnes positives… Ce slogan indigne est une honte… Si l’armée de bénévoles qui œuvre sur le terrain dans des associations pour faire société ne bravait pas la consigne, combien de vies seraient perdues ? Les chiffres sont sans commune mesure. "On" nous enfume, on nous baratine, on nous conditionne, mais on n’en parle jamais de tous ces gens qui tissent généreusement du lien social. "On" aura beau dire, ce n’est pas en restant chez soi que l’on sauvera des vies : la faim, le froid, la solitude, l’isolement, le mépris et finalement, le rejet, n’ont pas besoin d’une maladie pour tuer.

Je n’ai pas particulièrement une vocation de philanthrope et je ne sauve certes pas une vie quand je file un euro à un mendiant perdu en manche sans désinfecter la pièce au gel hydro alcoolique au préalable. Quand je lui donne cette monnaie surchargée de bactéries, je ne peux m’empêcher de penser à Hans Jonas, un autre type aux idées superbes et généreuses mais aux effets pervers puisqu’il m’interdit cette générosité au nom de son fichu principe de précaution. Je pense aussi à Kant et à sa morale rigide qui va me considérer comme un irresponsable si en plus, j’enlève mon masque pour sourire…. Je m’en contrefiche de leurs idées : pour faire ce minuscule geste de générosité quasiment négligeable, nul besoin de l’assentiment général et des applaudissements de la foule… Il n’y a pas besoin de spectateurs pour applaudir la gentillesse car sa noblesse s’effacerait si elle devenait courtisane en se pavanant sous les regards d’un public. Les applaudissements n’ont jamais nourri que les écorchés vifs ou les Trump en puissance, les autres les fuient… La rue de la ville garantit l’anonymat et valorise ainsi toute forme de gentillesse : nous abandonnons gratuitement aux plus humbles une part de nous-même, de notre pouvoir, de nos prérogatives, de notre temps si précieux juste pour rendre un petit service ou tout simplement pour reconnaître l’autre comme son semblable.

La gentillesse est une très belle vertu républicaine parce que, par de simples petits gestes en apparence insignifiants, on fait exister la chose publique dans la discrétion mais avec efficience. Les degrés d’engagement peuvent varier considérablement de l’un à l’autre, mais le moindre petit geste est précieux car nous sommes si nombreux que les effets cumulés sont considérables. Sortez de chez vous, allez vers les autres. Une chose est sûre, c’est que si l’on reste sage et obéissant, si l’on écoute les Cassandre et les oiseaux de mauvais augure, nous ne ferons jamais rien en restant planqués bien au chaud : nous ne ferons ni bien, ni mal… mais nous serons inexistants.

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