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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 17 juin 2021 jour d'investiture...

Denis Vallier
Page du 17 juin 2021 jour d'investiture...

Personne n’est obligé de partager son point de vue, mais Confucius enseignait que les rites avaient plus d’importance que toute chose. Il défendait la hiérarchie en précisant qu’une différence de niveau ne signifiait pas une différence de valeur entre les individus. Tout cela définit assez bien le sacré ou du moins s’en rapproche. Il n’y a pas nécessairement besoin d’une théologie pour faire une liturgie, les rituels suffisent à un grand nombre d’entre nous et pas seulement en matière de religion. C’est valable en Chine comme ailleurs : là où l’on se rassemble pour s’élever, il y a toujours un rituel. Le gros avantage du rituel c’est que l’individu disparaît derrière sa fonction. Sur l’estrade, notre vieil instituteur n’avait pas de prénom, il avait une fonction.

De même, au temps des Républiques précédentes, il nous était indifférent de savoir si nos Présidents avaient une, deux ou trois maitresses dont la fonction était sans doute, elle aussi, bien définie. Des rituels républicains encadraient leur personne et leurs moyens de locomotion nocturnes nous indifféraient. Bien sûr, les temps changent, la roue et tout le tralala tournent de plus en plus vite, tous s’emballe et l’adaptation n’a même plus le temps d’opérer. Ce qu’on appelait autrefois les générations se sont raccourcies au point de disparaître broyées pas la machine. La télévision a fait de la politique un spectacle de Grand Guignol en direct : on sait par avance ce que vont dire les marionnettes et sur qui elles vont taper. Nos réponses politiques à cette évolution sont aisément observables et prévisibles : elles sont dans l’apparence, le maquillage, l’image. Ce que l’on constate, c’est que, paradoxalement, les conservateurs se voudraient modernistes tandis que les progressistes ne sont plus que des antiquaires. Le conservateur sait ce qu’on lui reproche, il ne veut donc pas donner l’impression de s’inscrire dans une filiation symbolique avec le passé et tend à se rapprocher le plus spectaculairement possible du bon peuple. À l’inverse, le progressiste optera pour des rites de majesté qui poseront son autorité et son séant sur un trône en réclamant l’onction des ancêtres : Mitterrand après son élection, conscient du sens de l’Histoire en déposant ses roses au pied de l’urne de Jaurès au Panthéon, en est un bel exemple. Les uns sont dans l’horizontalité, la communication, la circulation instantanée de l’information dans l’espace, les autres sont dans la verticalité, la transmission, le voyage dans le temps d’un héritage.

L’alternance à la tête de l’Etat nous fournit un florilège assez réjouissant : les uns sacralisent la fonction quand les autres la piétinent… En fait, Mitterrand qui succédait à Giscard d’Estaing, a sans doute voulu retrouver symboliquement le sacré de la fonction présidentielle mise à mal par son prédécesseur joueur d’accordéon à particule. S’il avait bien conscience du sacrilège, il n’avait pas le goût du sacrifice. En pareilles circonstances, Giscard, lui, voulut faire peuple, il déambula relax sur les Champs Élysées et prenait son petit-déjeuner avec les éboueurs en se disant que le présent se suffit à lui-même. Malgré son caractère très hautain, il voulait montrer qu’au nom de la communication moderne à l’ère de la télévision toute puissante, il n’y avait plus de distance entre gouvernant et gouverné… "Au revoir !". Chirac a fait un rallye automobile et Sarkozy, de son côté, une des plus grosses erreurs de sa vie en retrouvant au Fouquet ses "amis" richissimes qui l’avaient aidé à se faire élire. Peut-être voulut-il montrer qu’il était le chef et qu’il faisait ce qu’il voulait mais il s’est retrouvé à la fois loin du peuple et de l’Histoire… ou bien, fatigué et malheureux en amour, il n’a pensé à rien du tout sinon qu’à fêter ça entre copains, ce qui n’est pas plus malin. Hollande, hors-jeu d’emblée, a pris une douche de cinq ans tandis que notre jeune huitième Président de la Vème République, en long manteau sombre, renouant avec un lointain passé, a solitairement et fièrement arpenté le pavé du Louvre de nos rois sur fond de pyramide et d’Ode à la joie… Nul n’est parfait : s’il sait remarquablement jouer du symbole, il est loin de mesurer par lui-même l’effet qu’il produit : à vouloir trop se rapprocher du peuple, un Président se prend des claques… trop, c’est trop. À chacun son style dans le grand show présidentiel mais au final, le roi est nu comme un ver, dommage que les Guignols de l’Info ne soient plus là pour le lui rappeler…

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