Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 3 juin 2021 jour chez les scouts...

Denis Vallier
Dessin de Gotlib - Hamster jovial et ses louveteaux.

Dessin de Gotlib - Hamster jovial et ses louveteaux.

Aussi fou que cela puisse paraître, j’ai été un petit garçon autrefois… Je me revois enfant de mes huit-dix ans marchant vers le supplice. Ma mère m’envoie au catéchisme, c’est comme ça, c’est la loi, ça ne se discute pas. Sans trop l’analyser, elle voulait que j’appartienne à une communauté et, sans y avoir pensé, à une idéologie. Au début, j’aurais à chanter des chansons gnangnan et à psalmodier des prières archaïques pour faire comme tout le monde, pour être intégré dans ma communauté. Il me serait alors rabâché en long et en large que je dois aimer mon prochain pour être un bon Chrétien, faire ceci et cela, ma BA à noter dans un petit carnet, toujours pour être un bon Chrétien parce que les mauvais ne vont pas au Paradis. Et petit à petit aurait dû se tisser dans mon cerveau un ensemble d'associations du type : si j'aime mon prochain, alors je fais comme on doit faire, comme le groupe veut que je fasse, je suis alors en conformité avec la règle et le groupe m'accepte. Je suis sensé me retrouver ainsi en sécurité, étant en sécurité, je dois me sentir bien, heureux, satisfait. Voilà la séquence qu’on a voulu implanter dans mon cerveau d'enfant pour mon bien… or, sans me vanter, il se trouvait que j’étais sacrément costaud pour mon âge, je ne craignais pas grand-monde et n’avais besoin d’aucune protection. J’étais du genre pacifique mais réactif et c’était, plutôt aux autres d’éviter de me chercher noise : je n'ai eu que de très rares adversaires menaçants (- en général bien plus âgés) et, sans trop en rajouter pour ménager mes chevilles, je m’en suis à chaque fois bien sorti. Je ne cherchais en aucune manière à imposer ma force, je n'éprouvais que la joie ou la tristesse de voir ma vie être augmentée ou diminuée par celle que je rencontrais en l'autre.

Ainsi, aussi loin que je m’en souvienne, j’ai toujours eu tendance à me faire confiance avec une (- trop) haute estime de ma petite personne et à me méfier de l’effet de groupe. Ce n’est pas pour rien que le péché d’orgueil est si haut placé dans la hiérarchie et l’esprit commun : il nuit à l’installation et au bon fonctionnement du système qui exige qu’aucune tête ne dépasse. Au cours des deux mois de ma vie sous forme de scout (- chez qui ma mère avait eu la riche idée de m’inscrire pour des vacances) le chef en nous menant sur les traces de Baden Powell, a souhaité nous prouver que l’union fait la force et pour ce faire, il me mit les onze autres apôtres de la patrouille sur le dos avec pour objectif de m’attacher à un arbre… Raté !… Ils échouèrent et y renoncèrent au bout d’un bon quart d’heure malgré l’union de leurs fermes intentions. Après cet échec lamentable, le plus malingre vint me trouver pour me dire "Tu sais, on finit toujours par rencontrer quelqu’un de plus fort que soi" et je lui répondis que ça, c’était sûr, mais que cela lui arriverait plus souvent qu’à moi… J’ai bien évidemment ressenti que la leçon m’était personnellement destinée et une telle confirmation de ma force physique relative participa sans doute à amplifier tant que possible la confiance en lui du gamin que j’étais. Malgré le plaisir du plein air, je refusai donc cette intégration, cette fusion dans un groupe aux croyances religieuses conventionnelles ainsi que le chantage sécuritaire associé : j’estimais (- sans doute avec une certaine suffisance) que je n’en avais pas besoin. Ma carrière de scout fut très brève mais très instructive… Fort heureusement, la vie, les erreurs, le bon sens, ont vite fait de soigner orgueil et suffisance… mais ce n’est pas la peine que vous en rajoutiez : je suis assez grand pour m’en rendre compte tout seul !…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires