Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 10 juillet 2021 jour perché...

Denis Vallier

La plupart des discussions au cours des débats télévisés ou des commentaires sur les réseaux sociaux s’hystérisent très rapidement : au bout de deux ou trois échanges, ce ne sont plus qu’insultes et imprécations fanatisées. Le fanatisme n’est-il pas tout simplement le contraire de la sagesse ? Mais de quelle sagesse ? En effet l'amour de la sagesse, qui alimente habituellement la philosophie, n'a-t-il pas connu certains "dérapages" ? Et s'il est vrai que cet amour peut aussi devenir un amour passionnel et compulsif, la prétendue sagesse philosophique peut aussi bien venir s'autodétruire dans le plus parfait des délires. Platon nous a assez dit que le sage fait en rêve ce que le fou fait en réalité… Ainsi nous nous retrouvons devant un paradoxe à savoir que celui qui se dit ou se croit sage est en vérité bien plus fou ou plus dangereux encore que tous les autres... Je ne pense pas être sage, du moins je l’espère, le doute est salutaire…

La crainte de pouvoir devenir moi-même un jour fanatisé doit-elle donc me conduire à une attitude sceptique qui m’imposerait de ne croire en rien ? Je ne dois quand même pas oublier la contagion originaire entre les premières écoles philosophiques et la croyance primitive et quasi mystique en des principes d'ordre métaphysique, qui ont structuré notre pensée (- l'immortalité de l'âme, la métensomatose, chez les Orphiques). N’imaginons pas plus que la science éclairera un jour notre spiritualité. La science elle-même est apparue d'abord comme une "initiation" réservée à des penseurs inspirés ou dont "l'âme" était véritablement considérée comme "d’essence divine".

Regardons-nous… même les miroirs ne perdent pas leur temps à réfléchir, il nous retrouve toujours… la seule chose que nous devons perdre, ce sont nos chaînes…  Pourquoi la philosophie a-t-elle pris ensuite le détour de l'oubli des abîmes ? Pourquoi le rationalisme triomphant n'a-t-il pas su ou voulu voir que l'espoir légitime qu'il a pu porter et véhiculer dans l'Histoire était aussi bien pétri dans la matière de sa radicale ignorance ? Ignorance lourde du contenu et du sens des souffrances humaines, que le retour du religieux réinvestit aujourd'hui d'une manière il est vrai, souvent contestable et tragique… "Si tu regardes dans l’abîme, l’abîme aussi regarde en toi" à ce qu’en savait intimement Nietzsche. Dès leur création, les religions ont été un moyen de nous détourner de la poésie du monde, d'éviter le monde que nous sommes, en guidant notre regard vers quelque chose de soi-disant plus beau, plus haut, plus fort, de potentiellement meilleur. Mais en règle générale, avec ou sans religion, toute la société se fuit elle-même, chacun veut la paix pour lui-même et demande où est la solution. Mais la solution, justement, passe par lui : elle n’est pas plus en philosophie qu’elle ne l’est en religion, en science, en politique, en économie ou en réformes sociales. Elle n'est pas ailleurs qu'en nous-même et dans notre intime poésie : chacun de nous est le support infime de l’entière humanité… sinon, où serait-elle ? Quand s’écroule la philosophie, s’enfonce la science et sombre la religion, surnage ma poésie qui n’est rien d’autre que le monde qui m’est réel.

(Illustré par Geir Fløde)

(Illustré par Geir Fløde)

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires