Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 23 juillet 2021 jour odorant...

Denis Vallier
Page du 23 juillet 2021 jour odorant...

Saint-Nectaire, priez pour nous !… Saint-Agur, Saint-Félicien, Saint-Albray, Saint-Marcellin, San-Carlu, ménagez notre odorat… La France de la tome déborde d’énergie explosive… Vous le constatez aisément, il m’arrive plus souvent qu’à mon tour de dire n’importe quoi, de fabuler et de croire à des choses que je formule mais ne comprends pas vraiment… Ce pourrait être cette même fonction fabulatrice qui donne une cohésion relative à une nation. En France des fourmes, des cendrés, des pavés, des raclettes, état soi-disant laïque, nous avons une religion d’état : nous focalisons sur les fromages qui puent, nous les adorons, nous croyons au Camembert, nous lui vouons un véritable culte… Sa réputation olfactive a attiré très tôt sur lui le regard réprobateur du monde entier mais aussi celui concupiscent des renards. Cela lui a valu de voir en premier lieu son histoire se gonfler de nombreuses anecdotes, de gagner à sa cause les tyrosémiophiles (- des intégristes qui collectionnent ses étiquettes), puis, avec la baguette et le béret, de devenir l'un des attributs caractéristiques du Français moyen. Ce n’est pas pour rien que l'anagramme de "la gastronomie française" est "fromages s'écria la nation"… comment n’y trouver qu’une simple coïncidence sans mauvaise foi ? Dans ce domaine, notre créativité est sans limite… 400 ? 600 ? 1200 ? Nous sommes incapables de nous mettre d’accord pour estimer la variété de notre production mais en tout cas, nous pouvons aisément nous farcir un fromage différent à chaque repas tout au long de l’année… La France des fromages est forte, odorante et solidaire… un pays qui en fabrique autant est immortel.

Ces derniers temps, les précieux pénicilliums camemberti et roqueforti qui résistent aux pressions de Bruxelles, nous ont fait la surprise d’échanger leurs gènes et ont muté au détriment des moisissures plus ordinaires mais c’est tout à notre avantage n’en déplaise aux Américains emmurés, aseptisés et grimaçants de dégoût... Étrangers, le camembert, ça ne se raconte pas ! Ça se sent, ça se vit, ça tapisse nos papilles de sa noble et merveilleuse abomination. Ne peuvent s’approcher de la révélation que les plus audacieux et les plus ouverts d’esprits d’entre vous. Vous serez toujours les bienvenus…

Question odeur, le fromage de chèvre n’a pas eu la chance du Camembert, du Munster ou de l’Epoisses  et c’est compréhensif : il peut parfois être subtil mais son innocence et sa délicatesse nous ont été amenées par "les Arabes" qui se sont dispersés à Poitiers en 732. On retient toujours quelque chose des visites des étrangers. Il y a bien sûr quelques exceptions, quelques fromages vieux remarquables dans d’autres régions du monde, mais malgré tout, les nôtres sont incomparables… Nous acceptons volontiers que l’on se fiche de nous car on ne se gênera pas en retour… c’est le même processus qui, par exemple, sanctifie le fish and chips ou les bangers and mash en Angleterre (- paix à leurs âmes et à leurs bides…) ou bien les pâtes et les tomates pour les Italiens (- d’ailleurs à ce propos, la secte des adorateurs de la pomodoro signale que, pour toutes les abominations de cette dernière pandémie, on n'a pas trouvé trace du moindre pépin sur le lieu des crimes…). En tout cas, que vivent nos particularismes ! A bas l’uniformité ! Que perdure la superbe multitude ! Mais qu’évoluent nos croyances stupides…

Une certaine idée de la France selon l’abominable Vuillemin…

Une certaine idée de la France selon l’abominable Vuillemin…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires