Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 8 juillet 2021 jour extrême...

Denis Vallier
(Photo de Karl Shakur : Atlanta in flames)

(Photo de Karl Shakur : Atlanta in flames)

Certes, la vie n’est pas simple dans nos contrées… mais elle ne nous a jamais été aussi facile depuis les débuts de l’humanité : nous sommes pris en charges, soignés, nourris par de simples pressions du doigt sur un écran sans quitter son fauteuil. Comment expliquer alors la résurgence des extrémismes et des intégrismes dans des régions en paix et relativement prospères ? On peut peut-être le comprendre pour de vieux croûtons aigris et rancis mais comment devient-on un fanatique à vingt ans ? Comment, par rapport à quels mobiles ou quelles situations, un individu ou un groupe peuvent-ils être amenés vers de pareils excès qui visent à propager une croyance par n'importe quel moyen ? Pour me répondre, je n’ai qu’à revisiter l’Histoire, à me souvenir de mes lectures et de ma lointaine jeunesse.

Sans être un bien grand historien, je me souviens assez bien de mes lectures mais j’ai oublié que la jeunesse n’est qu’une quête insatiable d’absolu et de justice. Wilhelm Reich soutenait dans "La Psychologie de masse du fascisme", que le nazisme peut s'expliquer à la fois par des conditions psychologiques (refoulement de la sexualité et des désirs, peur de l'avenir, peur de la mort,...) et aussi par des conditions socioculturelles (- mais il était souvent délirant, il expliquait que si on empêchait les ados de se masturber, ils voteraient à droite. Il est mort fou et en prison après avoir commercialisé des bidules électriques capables de soigner le cancer et de dissiper les nuages). Toutefois, pour ce qui est du nazisme, il avait sans doute raison : il affirme que la crise de l'autorité familiale, liée à l'incertitude du lendemain, à des difficultés économiques réelles et à un esprit de revanche après la défaite de 1918, expliquent le succès des thèses du national-socialisme dans la classe moyenne de l'Allemagne des années 30 après les très dures privations et vexations qu’elles avaient subies depuis le Traité de Versailles. Tout ça, comme toujours, c’est la faute aux Anglais ! Il faut noter que ce parti a toujours été légal d'un point de vue démocratique et constitutionnel. C'est avec l'assentiment du peuple allemand qu’il s’est installé aux commandes même si Hitler a usé d’un subterfuge : le NSDAP a obtenu la majorité absolue à l'assemblée à la suite d'une entourloupe. Si les élections législative étaient restées normales, Hitler, ce petit bonhomme fort en gueule, ne pouvait qu’espérer devenir Chancelier d'un gouvernement nazi minoritaire… et sur ce, le Reichstag flambe (un pyromane compulsif hollandais est arrêté, il était dérangé et communiste). Hitler savait qu’espérer n’a jamais été une tactique fiable et il a décrété opportunément que c'était un coup des communistes. Il est bien connu que les communistes mangent les enfants et en plus manquent d’objectivité ! Il a mis le PC hors la loi, et oh, surprise… il est devenu mathématiquement majoritaire au parlement.

Les faits le démontrent : l’extrémisme prolifère sur le terreau de la pauvreté et de la frustration sexuelle… De manière plus générale et pour nous rapprocher de notre époque, des conditions inhabituellement difficiles peuvent être exploitées pour que la raison perde tout pouvoir et pour que les plus sombres passions humaines prennent le contrôle des foules. Et comme il y a foule, les conséquences sont surmultipliées. Dans la "Psychologie des foules", Le Bon montre depuis plus d’un siècle qu'il existe un comportement spécifique des groupes humains, que la peur et la violence se propagent immédiatement et le plus souvent sans raison dans un groupe. Il ajoute qu'il existe, de ce point de vue, une véritable "contagion émotionnelle" qui peut investir n'importe quel groupe, pour peu qu'il soit amené à vivre une situation inhabituelle ou excessive. Une émotion que l’on raconte est souvent revécue plus fortement que l’originale, le bouche-à-oreille ne fera que l’amplifier encore quand il est multiplié à l’infini par la caisse de résonance des réseaux sociaux. Ces temps de pandémie et de "crise permanente" sont donc propices à la résurgence du pire même si l’Histoire nous a vaccinés avec rappels et contrappels… Mais la foule a la mémoire si courte que Zemmour se présente aux présidentielles…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires