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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 12 septembre 2021 jour des croyants...

Denis Vallier

Je suis, tu es, nous sommes croyants. Nous croyons que nous sommes croyants, nous croyons que nous sommes une somme de croyances… enfin, je crois… l’illusion est puissante. Être n’exige aucun mot, mais croire les demande tous. Nous plongeons en abyme dans un tourbillon de mots dans une recherche de sens dans un Songe d’une nuit d’été. William, au secours !

La croyance est un élément puissant de notre subjectivité, elle est difficile à définir objectivement mais semble indispensable. Et tout aussi forcément, comme tout un chacun, je crois pour ma part à des croyances que je crois simples, belles et "nobles" : je crois, par exemple qu’il faut mettre l’humain au service de l’humain (- et non l’inverse) et c’est noble… que l'esprit est un outil mit à notre service pour survivre et vivre dans le monde au même titre que mes mains ou mes doigts de pieds. Objectivement, cette croyance est d’aspect simple, plutôt beau mais pas particulièrement noble quand j’y pense, je persiste malgré tout à y croire. Utiliser au mieux un outil commence par le rendre efficace en toute circonstance, cela demande de l’entretenir comme nos aïeuls battaient leur faux au marteau et l’aiguisaient à la pierre à eau pour qu'elle coupe. Je vois ma croyance comme une préparation grossière de l'esprit qui me permet d'exploiter tant bien que mal cet outil.

Vivre dans ce monde complexe suscite de l’angoisse surtout quand on en connait l’issue… et, en proie au doute, à l'hésitation, à la peur, l'esprit perd de son efficacité : il se dit "à quoi bon ?" et refuse l’obstacle comme un vieux bourrin caractériel. Considérant qu'il existe des peurs et des doutes dont je ne pourrai peut-être jamais me défaire, ou alors à très long terme, j’estime qu’il peut s’avérer utile d'entretenir sciemment une croyance qui les neutralise me permettant ainsi de parer au plus pressé et de gérer au mieux ma vie quotidienne. Ce n’est pas nécessairement de la lâcheté, mais simplement une preuve de réalisme confortable par rapport à l'idée de courage fort aventureuse… Décidément, je dois renoncer à justifier mes croyances, elles n’ont rien de noble.

Bien sûr on me recommandera de me garder des dérives. Peut-être qu'une croyance devient crédulité dès lors qu'elle se fait collective, rituelle et signe de reconnaissance entre ceux qui la partagent. Elle crée une extrême proximité rassurante entre les êtres humains. Ce jeu typiquement humain, est le seul que nous ayons trouvé pour éviter d'affronter la peur de la mort. Cette étroitesse dans les contacts, leurs euphories, leurs tristesses, leurs emportements sont comme des amas bruyants de chairs survivantes face à l'absolu. Peut-on vivre sans cela ? Si la réponse est non, plutôt que nier la croyance ou la bannir, ne vaut-il pas mieux la canaliser ?

Ce ne sont malheureusement là que procédés miséreux, hautement toxiques à l'intelligence. Responsables de millions et de milliards de cécités intérieures profondes, de millions et de milliards d'esprits qui n'ont jamais grandis. Qui sont restés et qui restent encore dans les brumes d'un infantilisme transposé, d'une figure paternelle transposée dans le groupe ou Dieu le Père.

Est-ce que cette méthode a réduit l'animalité, la brutalité, l'égoïsme ? Est-ce que l'assombrissement prétendument religieux a, tout compte fait, atteint son objectif, c’est-à-dire  dompté ou pacifié peu ou prou l'animalité humaine ? Pour moi c'est parfaitement limpide quand on en appelle à Dieu pour tuer et c’est non ! Mesurons les dégâts que cela continue de provoquer… N’est-il pas grand temps de passer à autre chose ?

(Photo de Cristina Garcia Roderola – "España oculta")

(Photo de Cristina Garcia Roderola – "España oculta")

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