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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 14 octobre 2021, jour d'ethnocentrisme...

Denis Vallier
Page du 14 octobre 2021, jour d'ethnocentrisme...

Une morale universelle se fonde sur la reconnaissance de l'autre en tant qu'humain et non sur une recherche de plaisir ou je ne sais quelle révélation divine. Notre patrimoine génétique nous pousse naturellement à aider le faible, c’est tout à notre honneur… mais aussi à rejeter impitoyablement l’autre, le différent, le mutant, l’étranger. Se reconnaître en l'autre est le moyen de distinguer le bien du mal mais ce n’est pas toujours facile (- l'autre peut aussi bien être un animal ou la nature toute entière, si l'on a conscience de faire partie du monde). Resurgit du passé une discussion avec un vieux médecin d’origine vietnamienne qui connaissait bien le peuple Hmong dont il descendait (- des montagnards plutôt rebelles du Nord du Viêt-Nam et du Laos). Il m’a raconté que jusqu’au début du 20ème siècle, ces paysans avaient encore pour pratique de tuer leurs plus jeunes enfants quand la disette menaçait d’affamer tout le monde, ce qui permettait ainsi de sauver le reste de la famille… Il me posa cette question: "Toi qui es européen, penses-tu que cela était bien, ou mal ?"... Je lui ai répondu que cette horreur était pragmatique... Il m’a regardé avec un petit sourire, et m’a fait comprendre que les européens avaient une vision de la réalité qui était loin d'être complète... leur sacrifice était un déchirement épouvantable à accepter et on a parlé du Petit Poucet. Où est le Bien, et où est le Mal quand la Terre est ronde et spirale à toute vitesse dans le vide ?

Ce Vietnamien faisait allusion à mon ethnocentrisme dont il avait pleinement conscience… cette vision étroite qui fait qu'une ethnie est toujours amenée à penser que ses pratiques sont les meilleures et les plus naturelles puisqu’elles nous imprègnent dès notre naissance. Montaigne et bien d’autres avant lui s’en étaient déjà rendu compte. Entre temps, notre société occidentale est devenue un village global où l’on sait tout du voisin, une sorte de super-ethnie, et nous y voyons bien sûr ce qui se fait de mieux… même si les gens se suicident en grand nombre ou meurent par millions de pandémies nouvelles provoquées par la pollution, les transports aériens, les invasions touristiques... (- tous ces domaines où nous autres Français  avons eu la riche idée de massivement investir et qui nous tuent en retour de bénéfices). Rien que nos accidents de la route ont tué bien plus que tous les Hmongs réunis, mais malgré cela, nous sommes certains que notre modèle de société est incontestablement le meilleur... Avoir l’idée saugrenue de "civiliser" le Monde pour répandre nos valeurs "universelles", c'est vouloir évangéliser l'Amérique du Sud à coups de fusils au temps des Espagnols. Les uns iront y piller des richesses et, entre leurs œillères, les autres y verront la confirmation de la supériorité de leur civilisation sur tous ces sauvages…

C’est pourquoi malgré les siècles, je me sens proche de Montaigne et lui témoigne une grande affection : il dit tout ce qu’il faut dire à propos du scepticisme, de la pensée incarnée et du "je" en philosophie (- ce "je" qui nous cause tant de dégâts et de souffrances). Montaigne relativise et nous fait cadeau de son "je" intime, incarné, mais jamais narcissique. Il accompagne tous ces philosophes qui démontent la prétention à un système et assument l’épaisseur du réel irréductible à des concepts. J’aime les philosophes qui reconnaissent et acceptent que les choses nous échappent…

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