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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 20 janvier 2022 jour de frottements...

Denis Vallier
(La leçon d’anatomie de Rembrandt revue et corrigée)

(La leçon d’anatomie de Rembrandt revue et corrigée)

La Science, c’est bien… avec ses bottes de sept lieues, elle nous a fait faire des pas de géants, elle nous a donné des yeux qui percent la matière et qui verront la naissance de l’univers… mais elle m’est insuffisante pour te connaître dessous ta peau. Du plus petit des virus à la galaxie la plus énorme, ce qui nous définit, ce sont nos contours, nos frontières. Si je suis moi, je ne suis pas toi. Nous sommes bien au chaud à l’intérieur de notre domaine, mais nos limites peuvent être sources de frottements. Il en est d’agréables mais ils sont parfois dangereux… Quand une masse d’air froid se heurte à un front chaud, cela provoque une explosion d’énergie très électrique. Et pourtant, l’échange d’idée ou de savoir, ce n’est pas sur nos frontières qu’il se réalise… Je suis moi à ce que j’en sais et je dois repousser mes limites pour te connaître véritablement… Ainsi, tous les jours, nous franchissons des frontières, nous explorons de nouvelles terres, celles du cœur, celles de l’esprit et si l’on a un peu de chance, nous rentrons au pays en ayant appris beaucoup sur nos vies communes. Le but de nos voyages en dehors ou en nous n’est pas de simplement découvrir l’inconnu, il est aussi d’en rapporter témoignage à la maison pour le partager avec ceux que l’on aime.

Mais parfois, la Science nous fait aller trop loin pour nos moyens et nous nous perdons en chemin. Dès que l’on a un peu de cervelle, on cède volontiers à la tentation de tout expliquer pour tout contrôler…soi-même et les autres aussi. Quoi de plus haïssable qu’un monde sans mystère ni histoire, où chacun vivrait dans l’exactitude mensongère de l’explication ? Car ne nous leurrons pas, c’est très illusoire et relatif, de plus, le passage à la moulinette de tout par l'explication assistée par ordinateur via les notions sagement apprises me paraît redoutable et relève de la monomanie. Comment expliquer l’autre ? Et pourquoi ? Notre soif de connaissance est tout à notre honneur mais c'est aussi rincer notre vécu à la nouvelle eau de Javel, super agent blanchissant de la culture stérilisée, téléguidée, contemporaine. C’est un peu comme si l’on faisait visiter les lieux prestigieux de la planète à notre portable ou que l’on assiste à un spectacle, les yeux rivés sur notre écran. Cela ne rend pas compte du ressenti de chacun, de l'appropriation qu'en fait telle personne particulière, dans la singularité de son histoire et de celle de la relation au monde qu'elle vit. Cela nous oblige à endosser la blouse blanche des labos pour cueillir trois fleurs en chemin. Cela n'évoque pas non plus le questionnement philosophique entre raison et passions, ni les poèmes avec l'amour au cœur.

S'il fallait établir une alternative à l'explication, je proposerais l’évocation pour autre versant. Que deviendraient la passion et l’amour, le sel de la vie, sans un soupçon de poésie et d’imagination ? Le cœur est un organe très facile à berner mais ses battements sont la vie même, il ne bat que pour ça… et quand il s’arrête, il n’y a plus rien ni personne.

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