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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 22 janvier 2022 jour de discrétion...

Denis Vallier

Il est sain de douter de nos croyances, de nous méfier de nos certitudes, de remettre en cause nos savoirs, mais qui n’avance pas recule dans cette folie contemporaine nous entraînant toujours plus loin dans son sillage… il nous faut bien aller de l’avant comme tout le monde et prendre quelques distances avec toute vérité pour rester dans le coup. Libre à nous de sauter du train en marche, mais il est des situations où la prudence et le doute deviennent des bagages encombrants : quand ce décalage mène à l'obsession, aux angoisses métaphysiques, à la dilution d'une instance livresque dans une substance moite, visqueuse et molle... Peut-on toujours parler de sagesse ? Avec l’âge, on se met naturellement en retrait du mouvement, les travaux d'aiguilles s’accumulant sur et dans les bras, on devient tout simplement plus prudent sous perfusion d’expérience. Je fais partie depuis un certain temps déjà de ceux qui écrivent sous le regard des différentes figures de la mort. Qu’il en soit ainsi décidé pour moi, j’en sais quelques causes, mais pas toutes et pour certaines, je préfère ne rien savoir.

Je fais mienne la formule de Louis Scutenaire, cet amoureux de l’ailleurs avec qui je partage tout un monde : "Il y en a qui croient, il y en a qui doutent, il y en a qui pensent. Je suis de ceux qui pensent : je pense que je crois que je doute", mais j’en suis bien moins sûr que lui. Même si elle est plutôt étendue avec le recul, il me manquera jusqu‘au bout une vue bien arrêtée sur la vie. Aucun dogme, aucune métaphysique ne sauraient me satisfaire. Je ne détiens et ne détiendrai aucune position d’autorité morale ou analytique. Je ne saurais l’accepter sauf par usurpation et pour l’instant, je réussis parfaitement à ce que personne ne parle de moi, je m’en occupe très bien tout seul. Il est vrai que c’est assez facile, il suffit d’écouter et de se taire pendant cinquante ans… Je ne sais rien "arrêter", "fixer" quant aux bonnes manières de vivre et d’habiter le monde. Je n’ai pas comme ambition la transmission d’une expérience qui donne de l’autorité, car je découvre sans fin l’abîme insondable et miroitant de l’expérience intérieure, comme ce qui est à la fois commun et incommensurable, incommunicable et si poétiquement partageable comme une fleur séchée entre deux pages ou un sourire oublié dans un vieux livre…

(Sourire d’Irina-sigl-photography)

(Sourire d’Irina-sigl-photography)

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