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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 29 avril 2022 jour pyramidal...

Denis Vallier
Page du 29 avril 2022 jour pyramidal...

Nous montons et descendons joyeusement sur nos chevaux de bois dans les flonflons d’une fête foraine, nous sommes embarqués dans un tourbillon permanent avec une impression très fréquente de déjà-vu… Nous sommes joyeux en cherchant à décrocher le pompon et pourtant chaque jour qui se lève annonce les peurs de la nuit qui viendra car elle viendra. La peur du noir est archaïque, elle jaillit des profondeurs et remonte aux temps premiers. Quand on regarde les étoiles, on voit les choses telles qu’elles étaient autrefois et par la prière du lucernaire nous quémandions quelques lumières quand chuinte la chouette tandis que les pharaons se faisaient construire des pyramides pour vaincre la mort. À chacun ses moyens… Nous sommes, certes, enfermés dans le noir de nos terreurs, mais il y a de la place et de nos jours l’éclairage est puissant : bougeons, échappons nous par les sentiers, même battus (- à quand une association S.O.S. sentiers battus?), désertons jusqu’à ce que nous tombions au coin perdu d’une rue, d’un bois ou, justement, d’un désert, sur une pharaonirique pyramide à notre taille. Si j’avais le choix de mon monde, je préfèrerais toujours une planète avec des pyramides que sans : elles  ne courent pas les rues mais nous disent que tout est encore possible. Je ne suis qu’un grain de poussière dans ce désert, une coquetterie du vide quantique, une collision accidentelle d’acides aminés, "un fils de la Terre et du vent, un gardien du néant" en quête de vérité tout comme Higelin et j’observe ce machin pointu, insolite et très exotique sous nos latitudes. Voilà un objet bien dur, fait pour braver les siècles mais tout d’abord, comme l’avait constaté Alphonse Allais avant moi, la forme des pyramides démontre aisément que déjà à l’époque, les ouvriers voulaient en faire de moins en moins.

En l’observant pile poil de face, qu’est-ce que je vois ? Un triangle et je me dis, ce truc-là est triangulaire… Ce qu’elle donne à voir est simple, mais je sais très bien que cette simplicité procède d’une opération psychique, qui est une opération d’hyper-condensation et concentration d’une chose. D’ailleurs, je n’y crois pas trop, à cette simplicité trompeuse... Comment hisser un triangle plan de cette taille et le faire tenir debout ?  Si je me déplace ne serait-ce qu’un peu, à gauche ou à droite, je vois déjà deux triangles et cela paraît un peu plus plausible. Si j’imagine ce qu’il y a derrière, je peux très bien supposer qu’il y a un troisième triangle. Si l’on veut distinguer la réalité de l’imaginaire, il faut aller voir par soi-même et si je fais le tour de la pyramide, je m’aperçois que mon imagination n’est pas à la hauteur puisqu’il y a encore deux triangles ce qui m’en en fait quatre. Je pense alors tout savoir sur la pyramide mais ma pensée me trompe également, car quand je me décide à grimper au sommet, je ne vois plus quatre triangles, mais un carré composé de quatre triangles.

Là, certain d’être Napoléon, un entonnoir sur la tête, je me dis : "j’ai trouvé Ma Vérité pyramidale", mais Ma Vérité sera-t-elle La Vérité ? Non, bien sûr car je n’ai pas vu la pyramide sous toutes ses faces. Il reste le dessous mais elle est dure à retourner et surtout il me manque le plus important, l’intérieur. La Vérité y est…peut-être et je ne parle même pas des chambres secrètes et autres chausse-trappes invisibles. Ainsi, je ne verrai jamais la pyramide s'ouvrir pour m'offrir les soleils qu’elle conserve depuis des milliers d’années, veillant sur un pharaon tout desséché, risible tout puissant qui imposa la terreur aux hommes de son temps. Ils eurent bien raison de l’abandonner au sable du désert dans son silence et ses trésors … On se fait des idées et les idées nous font mais "une idée vraie doit s'accorder avec l'objet qu'elle représente" latinait Spinoza. Ce n’est qu’après l’avoir écouté et compris, que je pourrais hasarder éventuellement, faiblement et exceptionnellement in petto : "je suis sûr de ce que je dis". Mais ce n’est pas demain la veille…

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