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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 9 avril 2022, jour darwinien...

Denis Vallier

C’est quand même beau le progrès… Sans la Science et nos technologies, nous en serions encore à nous taper dessus à coups de gourdins au lieu de nous envoyer des drones et des missiles… La science, c’est bien, mais tout dépend de ce que l’on en fait et Darwin l’avait compris. Il n’était pas un grand penseur, ni un extraordinaire scientifique mais cela ne l’a pas empêché de devenir l’un des personnages les plus influents de toute notre Histoire. Il le doit à  une excellente logique liée à un sens de l’observation entraîné dès l’enfance. L’intuition de sa théorie sur l’évolution lui est venue relativement tôt, mais ce n’est qu’à la cinquantaine qu’il osa la révéler au grand public : exclure Dieu pour expliquer le vivant demandait un certain courage à l’époque et d’être vraiment sûr de son coup. On se faisait traiter d’hérétique pour bien moins que çà… C’est que, la plupart du temps, la façon dont nous percevons intuitivement la réalité ne correspond pas à la réalité scientifique. Elle n’est pas telle que nous voudrions la voir, mais la science a-t-elle pour autant une prise sur notre crédulité ? Nous continuons à voir le Soleil se lever et se coucher chaque jour alors que nous savons bien que le soleil est relativement immobile dans son système de planètes, que c’est la Terre qui tourne sur elle-même et autour de lui. Ce n’est pas bien grave, parce que les astres ne sont pas à notre échelle, mais ce qu’a révélé Darwin concerne l’ensemble du monde vivant, nous y compris : nous sommes concernés au même titre que les autres organismes. Du coup, on peut se dire que, si c’est scientifiquement intéressant, cela ne correspond ni à notre intuition, ni au monde que nous voudrions et pour peu que l’on ait quelques convictions religieuses, on s’assoit volontiers dessus.

Le darwinisme a eu d’extraordinaires conséquences, mais personne ne peut être considéré comme responsable de ses héritiers, surtout Darwin… Quand on réfléchit sur les portes qu’il nous a ouvertes, on ne peut éviter la question redoutable du darwinisme social, c’est-à-dire du dévoiement de cette théorie darwinienne au profit d’arguments politiques. Cette position permet aux plus voraces d’entre nous, ancrés cupidement et stupidement dans la certitude de leur supériorité, de justifier l’exploitation de l’homme par l’homme et de poser le Capitalisme comme une donnée naturelle. Il faut se souvenir qu’au 19ème siècle, le racisme était une idée reçue largement partagée. Or il se trouve que Darwin faisait exception, il était un farouche opposant de l’esclavage (- il ne voulait d’ailleurs plus retourner au Brésil pour cette raison). Toute sa vie, il a lutté contre l’esclavage, contre le racisme ainsi que contre les ravages de la colonisation.

Il a fallu attendre les années 1930 pour que soit acceptée sa théorie sur la sélection naturelle, par contre, il a vu de son vivant sa théorie de l’évolution admise par la communauté scientifique. Or, à l’instar de Gobineau ou de Broca (- la petitesse relative du cerveau de la femme [dépendait] à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle…), ces successeurs prendront appui sur sa théorie pour prôner exactement l’inverse de ses convictions morales. L’aspect le plus tragique, c’est qu’après sa mort, la pensée darwinienne, alors qu’il n’était plus là pour s’en défendre, a été utilisée pour justifier des préjugés très anciens mais dans une dimension particulière : l’eugénisme. Cela a conduit à la stérilisation forcée de dizaines de milliers de personnes d’abord aux États-Unis puis en Europe (- particulièrement dans l’Allemagne nazie ou dans les pays scandinaves). De fait, il y eut un darwinisme social : le darwinisme racial, particulièrement soutenu dans les pays anglo-saxon et en Europe du Nord par la quasi-totalité des biologistes de l’époque.

Appliquée stupidement, sa théorie a produit des effets pervers : ainsi, si dans notre société, le gros mange le petit, au final, ne survivra qu’un énorme type qui finira par mourir de faim… Science sans conscience, etc… Si la loi du plus fort est encore solidement en place de par sa position acquise, entre temps, l’archéologie et l’anthropologie ont démontré que c’est le partage, la collaboration, et l’entraide et non l’égoïsme, la force et la brutalité qui ont prévalu pour la survie et le développement au long terme de nos lointains ancêtres… la Terre pivote sur son axe et la roue tourne de plus en plus vite, puissions-nous en tenir compte...

(Dessin de Gunduz Aghayev)

(Dessin de Gunduz Aghayev)

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