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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 14 juin 2022, jour de pèche...

Denis Vallier
(Photo Rodney Smith)

(Photo Rodney Smith)

La majorité silencieuse s’est exprimée : elle n’est pas allée voter… Pour ma part, je n’ai pas rempli mon "devoir" par accident, mais finalement, ne plus rien faire comme Alexandre le Bienheureux, ne pas aller voter, peut être considéré comme un acte protestataire quand on refuse de se faire berner pour la xème fois. On nous répétera à l’envi que ce n’est pas bien, que ce manque de civisme est irresponsable, que des gens ont payé de leur vie pour que nous ayons ce droit… mais quand on voit combien les dés sont pipés et à quel point nous n’avons plus de vérité à laquelle nous référer, la donne change et ce droit devient une farce, un poisson d’avril qu’on nous accroche dans le dos au bal masqué. Il est vrai que nous ne nous nourrissons pas que de vérités : nous avons tant besoin de rêves, d’illusions et nos candidats le savent mieux que quiconque puisqu’ils les distribuent si généreusement. Ces joueurs de pipeau nous gavent de promesses mirobolantes, d’idéologies avariées et nous régurgitons leurs discours politiques d’autant plus que nous nous immergeons en masse dans le virtuel et que nos pieds ne touchent plus terre.

Le compost du virtuel semble fertile, mais cette terre n’est qu’un mirage. Dans le monde virtuel, l’illusion est tenace : par exemple, avoir des followers sur ces réseaux sociaux, c’est un peu comme être riche au Monopoly et à un moment ou l’autre on finit par "passer par la case prison". Le virtuel, par définition, c’est ce qui demeure à l’état implicite, ça n’existe pas… Souvent, on s’y plonge pour échapper à la dure réalité mais les espaces virtuels ne sont même plus des fenêtres de liberté. Ils sont encore plus fliqués et encadrés que le monde réel. Simplement, la surveillance, plus dense, y est mieux cachée : cette apparence de liberté est un esclavage. Pour le moment, les états y appliquent le principe de "la longue laisse" bien connu des policiers : dans un contexte où tout le monde est louche a priori, on laisse aux gens une illusion de liberté pour mieux les contrôler et observer leurs contacts qui peuvent eux-mêmes mener à d'autres suspects plus dangereux. Notre innocence a disparu, depuis Facebook, Tweeter et compagnie, tout "usenaute", vous comme moi, est un présumé coupable… La Stasi ou le KGB et leurs fiches faisaient figures d’amateurs à côté de cette gigantesque machine à contrôler les populations.

Autrement dit, dans ce "vol au-dessus d’un nid de coucou" qu’est devenu notre monde de fous, Milos Forman nous dirait que, soit la vérité est unique et se manifeste sous de multiples facettes qu'on ne peut percevoir toutes en même temps, soit on la théâtralise pour jouer avec... Dans ce dernier cas, notons que c'est nous même, et non la vérité qui se livre à cela : elle, elle se contente de se laisser faire… au mieux, elle ne fait pas barrage. Du coup, dans ce village global où elle tourne en rond dans des fibres optiques, la vérité virtuelle règne sur un royaume lobotomisé et sans sujets. Est-ce que les apparences sont encore une tyrannie quand nous nous y précipitons ? La vérité ne se cache pas derrière les apparences car derrière les apparences, il y a d'autres apparences, de masques en masques comme les trains cachent les trains. Et toute vérité finira par s'y perdre, à s'y confondre jusqu’à ne plus savoir comment paraître pour ne pas paraître. Dans sa pièce "La Mort qui fait le trottoir", en avance sur son temps, Montherlant a très bien cerné cette emprise du masque sur un Don Juan vieillissant, risible et absurde comme notre société. Et il ne faut pas s’étonner sur le fait que le héros devenu grotesque transforme cette modification en destin. Faites comme vous l’entendez, pensez ce que vous voulez… mais dans ces conditions, face à l’absurdité de la machine, à sa rotondité, on peut très bien admettre qu’arrêter de courir, s’asseoir, ne plus rien faire du tout à part sentir les fleurs ou écouter les cigales tel Alexandre le Bienheureux, est tout autant digne de respect que de participer à la farce…

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