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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 16 juin 2022 jour de bal masqué...

Denis Vallier
(Illustration par Chase Gagnon)

(Illustration par Chase Gagnon)

Entre la peste et le choléra, nous avançons masqués et cette pandémie n’a rien arrangé. Tomber le masque ne change pas grand-chose car un masque en cache toujours un autre comme autant de pelures d’oignon. Dans ce grand bal masqué où nous évoluons, les licornes côtoient les félins et les Don Juan font un carton. Ah ces Corses !… Don Miguel Manara Vincentelo de Leca, le véritable Don Juan était un Corse originaire de Calvi … Il n’aurait jamais pu s’imaginer rester dans nos mémoires à ce point, ni avoir un destin post-mortem aussi mythique sans une intervention surnaturelle… en effet, comment un jeune émigré en Espagne, débauché, amoral et malhonnête, défiant Dieu, Diable et la Loi, aurait-il pu se voir en tombeur irrésistible poursuivi par un courroux divin pour l’expiation de ses fautes jusqu’à sa rédemption avant de mourir en odeur de sainteté ? Effectivement, après coup et à distance, quand on se retourne au bout du chemin, il nous est fort possible de nous imaginer avoir eu un destin puisqu’on distingue parfaitement la trace de nos pas… notre trajectoire semble avoir été inévitable tant le chemin nous parait évident et sans retour mais ce n’est qu’une apparence illusoire.

Quand on y pense, que d’occasions de bifurquer à chaque carrefour, que de rencontres avortées, que de hasard invraisemblables dans la multitude des trajectoires ! En réalité, à l’immense bal masqué où nous autres, Don Juan de banlieue sur le retour, faisons force courbettes et ronds de jambe, l’accordéon de notre destin se moque des notes qu’on joue : peu importe que ce soit une valse ou un tango tant que c’est musette… Rares sont les maîtres qui en ont quelque contrôle : quand elles sont lucides et honnêtes, toutes les étoiles qui brillent en société évoquent certes leurs dons et leur travail, mais avant tout leur chance.

Comme Don Juan, ne pouvant lever le masque, tout sujet, du plus petit au plus grand, est contraint à une fuite en avant permanente, qui s’exacerbe de son propre dépit à ne pouvoir se débarrasser de ce fichu masque. Don Juan court, fuit, il ne sait ce qu’il fuit, mais il fuit sur la piste de danse. Il fuit avant même d’être arrivé à l’endroit qu’il doit fuir… Il peut même en venir à haïr les autres de trop se haïr.… Vous parlez d’un destin !...  Pour nous autres, Don Juan de banlieue, c’est d’un banal tout ça ! Classique, métal ou rap, qu’importe la musique, nous apprécions les bas quartiers : Versailles ou la Seine-Saint-Denis, c'est beau comme du Kusturica… Le premier quartier de lune n’est pas forcément celui de l’autre, mais nous nous consolons si aisément de notre médiocrité malgré tant de dépit…

(Illustration par Chase Gagnon)

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