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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Pge du 1er juin 2022, jour de dialogue...

Denis Vallier
(Photo de Brassaï : couple d'amoureux dans un petit café, quartier Italie, Paris -1932)

(Photo de Brassaï : couple d'amoureux dans un petit café, quartier Italie, Paris -1932)

Sénèque nous conseillait de parler peu avec les autres et beaucoup avec nous-même, mais rien n’y fait, nous jacassons à qui mieux-mieux comme une basse-cour en folie, "un poulailler qui fait l’opinion'... nous causons à tort et à travers mais si nous avons appris à parler, nous n’avons jamais appris à écouter et la plupart de  nos dialogues sont des dialogues de sourds. Ecouter l’autre paraît simple a priori, mais c’est en réalité particulièrement difficile. Même dans une même langue, l'étude des dialogues effectifs montre que l'enchaînement des répliques a tendance à s’établir moins sur ce qu'a dit l’autre que sur les intentions qui, selon moi, l'auraient amené à dire ce qui a été dit. Dès ces premiers mots, nous sommes prêts à l'interrompre car nous pensons avoir saisi ce qu’il va dire. Ainsi, nous allons de suppositions en approximations dans un cheminement qui nous échappe la plupart du temps. Par exemple, si j’avance "Il fait chaud", cela peut effectivement être compris comme une simple réflexion sur la température mais peut tout aussi bien se traduire ou s’entendre directement à l’oreille d’autrui comme : "J’ai soif !" ou " Allons voir ailleurs" ou encore
- On s'emmerde !…
- Ah bon... tu es sincère ? On n’est pas bien là ? - Bien entendu.

- C'est vrai ? - Non.
- Mais, là, tu penses à nous, c’est ça ? - Je fais de mon mieux.
- D’ailleurs, pourquoi ce troquet ? - Aucune idée.
- Bon. Alors ça te vient comme ça et puis on est là ? - Je fixe le miroir, en face, et je me dis...
- Tu es persuadé que... - Tu vois cette fille qui s'avance droit vers moi avec ses petits seins pointus qui percent le tissu et ses talons hauts et cette jupe claire comme un soleil terrible et à présent elle se retourne et me cherche du regard et je ne bronche absolument pas et pourtant je suis.
- Vraiment cela ne te laisse jamais en paix ? Sans arrêt ? Jour et nuit ? - C’est.
- Je voulais dire : avec ou sans moi, tout le temps, c'est cela ? - Eh, on ne compte pas non plus, et pourtant on respire, toi et moi.
- Ce n'est quand même pas pareil… - Tu en es bien certaine ?
- Tu cherches à me coincer. - Pourtant c'est toi qui…
- On ne va pas se battre, tout de même ? - Mais on se bat depuis toujours.
- À ce propos tu m'aimes ? - Pourquoi pas, en définitive ?
- Salaud. – Toi aussi tu as des seins magnifiques.
- Ensuite le serveur va rappliquer et nous demander ce que l'on veut et tu lui répondras "baiser", c'est cela ? - Jamais parvenu à répondre vraiment à leurs putains de questions.
- Je suppose que je n'ai pas le choix, n’est-ce pas ? - J’vais en rester à quelque chose de frais et sans alcool, peu importe quoi.
- Tu as vu mes cheveux ? C’était pour toi… ça te plaît ? - J'ai vu tes cheveux.
- Bon. Je ne vais pas tarder à pleurer, à présent. - Mais voyager léger, en définitive.
- J’ne sais pas ce qui me retient de… - Réellement libre, tu sais.
- MAIS MOI JE T’AIME ! Salaud d’obsédé. – Oh eh, a priori, ça ne concernerait pas TOUT le bistro, non ?
- Ecoute, tu joues un moment avec la flamme et ensuite tu souffles pour m'éteindre et au final tu m’oublies complètement. - Tu te trompes, crois-moi.
- Tu ne serais ni le premier ni le… - Cela ne me regarde pas.
- Tu as raison, bien sûr. - Ce n'est pas ce…
- Je voulais juste te demander un truc, en fait. - Tu sais que je...
- Un service, tu comprends ... - Mais je…
- Ne souffle pas trop vite ni trop fort… - …/…

(Photo de Brassaï : couple d'amoureux dans un petit café, quartier Italie, Paris -1932)

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