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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 3 août 2022, jour au labyrinthe...

Denis Vallier
(Illustration par Jos Demey)

(Illustration par Jos Demey)

J’en ai marre, marabout, bout d’ficelle, selle de cheval… Ma pensée spirale sans fin  en galaxie autour de son trou noir central et massif. Elle aussi produit toujours un peu plus de matière que d’antimatière et dilate en permanence son propre espace-temps. Elle est une voie lactée  qui s’autoalimente à l’infini façon Escher dans l’absurdité la plus vaine et la plus magistrale idiotie… Mais pour autant, je ne me sens pas si seul dans mon labyrinthe obscur : que l’on soit Einstein ou Jésus, nous sommes tous des idiots en puissance… Dostoïevski n’était ni théologien, ni philosophe, ni psychanalyste, mais il avait compris intuitivement toute la portée de "l’idiotie" du Christ. L’expérience intérieure est forcément une expérience "idiote", ou, si l’on veut, l’expérience d’une idiotie. Elle est, en même temps, l’expérience de l’idiotie essentielle de la pensée, c’est-à-dire l’expérience qui prive la pensée de sa raison naturelle ou inhérente, c’est-à-dire encore, celle qui fait faire à la pensée l’expérience de son idiotie destinale, ou, pour creuser encore plus profondément mes platitudes spiralées : de son "idiotie toute-puissante". "Toute-puissante" dans le sens qu’on met à définir un miracle ou le geste de l’idiot intégral dans sa nécessité qui émeut davantage que celui d’un éventuel Tout-Puissant. C’est, en vérité provisoire, la raison pour laquelle il n’est nul besoin de faire faire à la raison un bond, de faire bondir celle-ci hors d’elle-même mais plutôt de la laisser tourner en rond paisiblement toujours plus profondément sur elle-même. À l’origine étymologique, un bond était un grand bruit effrayant et n’en a subsisté que le sens de la réaction physique de peur explosive qu’il suscitait… le silence est toujours plus parlant que le vacarme. La chouette de Minerve le sait, elle qui fond sur ses proies dans le velours du silence de la nuit. C’est la raison pour laquelle plus qu’un bond, un long glissement d’aile nous suffit. Non pas un glissement hors de la raison, non pas un glissement dans un en dehors de la raison, mais dans la raison elle-même mise hors d’elle, en quelque sorte "excédée" dans une sorte d’extase surréaliste, dans le dehors qu’est à elle-même aussi, la raison. Le geste de "l’idiot", celui de Dostoïevski et de tous les autres, c’est tenter l’expérience de l’impossible que porte la raison sans pouvoir lui trouver d’issue. Je sais bien, je suis parfois un peu difficile à suivre quand je me mets à jouer à marabout-bout d’ficelle… mais que voulez-vous, il m’importe de retrouver la trace de mes pas pour dérouler sans fin le fil de ma pensée dans mes labyrinthes ténébreux…

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