Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 5 août 2022, jour plus ou moins tolérable...

Denis Vallier
(Dessin implacable de Siné)

(Dessin implacable de Siné)

À Cuba en particulier, mais aussi dans tout l’arc des Caraïbes en général, personne ne s’est demandé il y a quelques siècles si les esclaves avaient une vie intérieure… étaient-ils seulement humains ? En particulier, ceux qui étaient d’origine yoruba débarquèrent nus et les mains vides mais avec leur terre d’Afrique très présente dans la tête et le cœur. Quand il fut décrété qu’ils avaient malgré tout une âme, les colons espagnols (- entre autres) les convertirent de force au catholicisme… Cela ne posa aucun problème insurmontable aux esclaves : n’ayant pas le choix, ils absorbèrent sans discuter ce nouveau catéchisme en rebaptisant en douce leurs anciennes divinités (- représentant les forces naturelles en tous genres) du nom de tous les saints du calendrier et allèrent les honorer volontiers à l’église au nez et à la barbe des missionnaires. Cela dure encore de nos jours à la différence notable que cela se sait et que la pratique est exemplairement officialisée en bonne intelligence et dans la bonne humeur…

D’accord, notre monde vire au cauchemar, les Directeurs du Louvre se font receleurs de faux authentiques, mais ce n’est pas une raison pour en rajouter : les prêcheurs de haine nous les gonflent… Nous sommes tant submergés d’avis  plus ou moins délirants à longueur de journée qu’il n’y a aucune raison que l’un vaille mieux que l’autre, même pas le mien… Il vaudrait mieux jeter au loin l’écran que vous tenez pour vous passer de mon opinion… L’opinion (- fruit de la croyance greffée sur l’opinionier) est l’ennemie mortelle de toute vérité et en affliger les autres de quelque manière que ce soit mérite vos crachats. Veuillez patienter un instant que je passe un imper… L’opinion qui sature nos écrans nie l’expérimentation la plus sérieuse tout comme la réalisation intérieure de ce qui est authentique.

Mais il nous faut aller bien plus loin : seule la vérité est tolérable dans l’esprit de celui qui se libère des opinions toutes égocentriques mais cette intolérance vis-à-vis de toute opinion doit-elle entraîner l’intolérance vis-à-vis des personnes qui restent attachées à leurs opinions égocentriques ? Tolérer est un verbe plutôt hautain, mais en tout cas, ce n’est pas encourager, c’est avant tout laisser être. Le primate qui s’est mis à théoriser pour la première fois sur l’altérité, a-t-il méprisé ses congénères incapables d’accomplir la même opération ? Non, il était tout simplement d’une autre espèce  et sans doute mieux doté pour vivre. Celui qui est plus conscient regarde avec tristesse, voire avec une compassion aristocratique, ceux, intérimaires de l'intelligence, qui ont l'esprit largement ouvert mais qui ferme le rideau très tôt : leur cerveau s'est échappé. Il supporte noblement et avec humilité, le poids d’une ignorance où lui-même se tenait précédemment. On ne le sait que trop, la connaissance sépare, isole… Le plus conscient laisse l’autre être ce qu’il est tant qu’il lui permet d’exister. Une opinion intolérante est tolérable en droit tant qu’elle ne produit pas l’intolérance en fait. Un prêcheur de haine doit-il être réduit au silence ? Non, s’il n’est pas suivi d’effets, oui si son prêche provoque la haine… La tolérance ? Il y a des maisons pour ça comme disait Clémenceau : tout peut se dire mais, bien sûr, pas se faire…

Pour la vérité, toute opinion est finalement égocentrique et donc seulement tolérable comme on tolère et pardonne avec compassion notre ignorance passée. La vérité, même celle-ci, a forcément besoin pour exister, d’un espace où elle est tolérée. Elle trouve dans la défense de la liberté d’expression et de la liberté de conscience la parfaite défense de son droit à être et le sens profond de sa vertu de tolérance. Mais ce n’est pas sans risques ni limites… reste maintenant ce qui est primordial : se demander plus précisément, toujours et encore, sans cesse, ce qu’elle est et où peut bien se cacher cette garce de vérité… et là, ce n’est pas gagné…

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commentaires