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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

page du 25 septembre 2022, jour de José...

Denis Vallier
page du 25 septembre 2022, jour de José...

Déjà à l'école primaire du quartier (- haut lieu de la pédagogie à coups de règles sur les doigts), mes petits camarades avaient pour moi une sorte d’attirance naturelle qui certes flattait mon ego, mais me procurait parfois une certaine gêne. Pourtant, je n’étais pas particulièrement fute-fute et j'avais le charisme  d’une huître ou d’un François Hollande mais par contre, tout comme lui, je savais mettre les rieurs de mon côté. Dans la cour de récrée, deux bandes rivales s'affrontaient dans des aventures à la Thierry la Fronde ou de cow-boys et d’indiens, en tout cas ça castagnait joyeusement. Il y avait d’un côté la bande à Groscul (- un méchant costaud dont le sobriquet venait de Cudefour, son nom de famille) et la bande à Jojo… José… la mienne… enfin, celle dont on m’avait nommé chef d’office même si je n’avais pas la tête de l’emploi. J'avais eu beau dire que je n'y connaissais rien en matière de gnons et de guerre des boutons ou que je préférais jouer aux osselets, rien n'y faisait… j'étais chef et puis c’est tout. Je vous passe ici les différentes fonctions de chef de classe, responsable du cahier de textes, délégué de classe ce qui donna la classe à José, le cahier de texte à José, etc… Bref, j'avais beau répéter que je préférais la pêche aux gardons, j'étais chef et puis c’est tout.

Bien des années plus tard, alors que je faisais mon marché tranquillou, enfin débarrassé de toute responsabilité sinon celle de ramener des poireaux à ma femme, je vis de loin un attroupement inhabituel. En m’approchant, je reconnus mon vieux pote et rival : Groscul ! Je devrais plutôt dire respectueusement "Monsieur le Député Cudefour", en campagne électorale, serrant des tas de mains, bisoutant les gosses, faisant de l'œil aux ménagères, le tout avec un sourire de pub de dentifrice. Trop tard pour me défiler, il m'avait reconnu… " Çà alors… Ah mon vieux José, c'est d'un homme comme toi dont j'ai besoin pour ma direction de campagne ! Je suis entouré de nullards. Viens travailler avec moi, tu seras grassement payé et tu auras des tas d'avantages". J'ai cru ensuite entendre des mots comme "fictif", "enveloppes", "dessous de table", mais surtout, il me promit une Fiat 500 de fonction ce qui me décida. J'eu beau le prévenir que je n'y connaissais rien en politique et que je préférais la pétanque, il ne m'écouta pas… J'étais chef et puis c’est tout.

Ma femme aidant et poussant à la roue,  je pris insouciamment quelques heureuses initiatives servies par des circonstances favorables. Alors commençât pour moi une irrésistible ascension dans une vis sans fin : Maire, Député, Chef de Cabinet, puis Ministre… puis Premier Ministre et c'est depuis mon bureau de l'Elysée que j'écris ces lignes puisque vous, mes chers compatriotes, avez cru bon de m’élire Président de la République. "Osez José !" qu’ils avaient mis sur mes affiches et vous avez osé... Être roi, ce n’est qu’être pris pour un roi…  Je suis maintenant chef d'un nombre incalculable de choses mais ce qui m’inquiète le plus, c'est ce bouton rouge que je dois pousser ou non sous la pression de Poutine qui va faire exploser Kiev et sa région dans moins d’une minute. Selon mes conseillers militaires mon geste aura pour effet de réduire la planète en cendres par la réponse instantanée des algorithmes… Faudra pas m'en vouloir : si je rentre dans l’Histoire, c’est à reculons : je l’ai pourtant assez répété que je ne voulais pas être chef…

(Merci à la série "Scènes de ménage", à Frédéric Bouraly alias "José" et à osezjose.com pour l’affiche…)

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