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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 2 décembre 2022, jour énergique...

Denis Vallier
(Photo GMB Akash)

(Photo GMB Akash)

Nous ne remarquons plus le miracle familier de l’électricité que l’on menace de nous restreindre : il est intégré à nos comportements par des automatismes cadenassés. Pour avoir une petite idée de ma dépendance, il me suffit d’observer mon air hagard dans les miroirs à la lueur vacillante des bougies durant les coupures (- pardon, les délestages…).. Plus de chauffage, plus aucune pompe pour nous alimenter en eau ou évacuer les égouts, plus d’usine et surtout plus de portable… C’est que la civilisation nécessite de la force, elle est fille du feu et de sa puissance : c’est bien simple, nous lui devons tout. Pour parvenir à nos fins, nous l’avons associé pendant des millénaires à d’autres sources d’énergie facilement accessibles comme les animaux de traits et les esclaves. Avant d’exploiter la nature, on a exploité en premier lieu les bestioles qu’elle procure.

C’était très pratique : on leur offrait la bouillie infâme qu’ils produisaient afin qu’ils survivent et ils la transformaient en énergie pour faire tourner la roue. Nos antiques esclaves formaient une population rachitique d’êtres vaguement humains à la peau livide et marbrée de coups de fouets, couverts de haillons couvrant sans les cacher des dos bleuis de meurtrissures… très souvent, ils étaient marqués au fer rouge et portaient au pied un lourd anneau. Quoi de plus hideux que ces spectres aux poumons rongés par la poussière des carrières et des mines, par le sel, la vapeur brûlante ou la fumée et aux yeux ne voyant plus le jour ? Et pourtant, nous leur devons tant… Cette chair anonyme dont le destin était de creuser, pousser, tirer, faisait si bien partie du paysage et ses plaintes étaient si discrètes qu’elle en était devenue invisible et aussi normale que le bétail. La puissance de l’Égypte, de la Perse, de la Grèce, de Rome dépendait entièrement d’elle et l’on faisait déjà des razzias et des guerres pour s’en approvisionner. De ce côté, rien de nouveau sous le soleil : l’implacable réussite du capitalisme occidental est partie de l’esclavage dans les plantations et les mines du Nouveau Continent et l’incontournable principe en a été discrètement conservé après modernisation.

Le problème, c’est que le feu et les esclaves sont devenus incapables d’apporter l’énergie nécessaire à plusieurs milliards d’êtres humains. Ils ne convenaient plus au système et ils ont été progressivement remplacés ces deux derniers siècles par des sources d’énergie fossile : après le charbon très salissant, le gaz et le pétrole, qui puent terriblement mais quand même pas autant que les bateaux des négriers. Cela parait un progrès olfactif indéniable mais l’énergie demeure une réalité étrange difficile à appréhender. Poutine a longtemps soutenu avec raison que les seuls alliés de la Russie sont le pétrole et le gaz. Nous nous battons pour eux : la plupart des guerres sont des guerres pour contrôler les sources d’énergie fossile. Le jour où nous accèderons à une source d’énergie infinie, gratuite et propre, la guerre deviendra obsolète et son découvreur sera la personne la plus importante que la Terre ait portée. Attendons ce Messie dans la ferveur et l’espoir…

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