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Cahier décharge Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 4 décembre 2022, jour en déplacement...

Denis Vallier
(Photo Doris Salcedo)

(Photo Doris Salcedo)

Étant gosse, mes journées commencées avant le lever du soleil n’étaient jamais assez longues… Un simple mur de pierres moussues m’émerveillait, je le caressais des yeux et de la main… une grille en fer forgé m’emportait dans ses volutes en les suivant du doigt et mes doigts glissaient pour apprécier la patine d’une énorme porte cochère… sa serrure et ses ferronneries compliquées étaient fascinantes… Nous étions libres d’aller et venir à notre guise à l’époque et en se promenant dans la rue, tout enfant un minimum éveillé se trouvait interpellé par l’inconcevable quantité de travail accumulée par les anciens. Rien qu’à compter les pavés disposés dans une géométrie harmonieuse, je n’en revenais pas : vous avez vu comme c’est lourd un seul pavé, comme c’est dur et ce que ça fait comme effet quand on le lance ?

On s’étonne en souriant des fourmis qui transportent sans cesse leurs grains de sable et leurs bricoles : comment savent-elles sans en avoir reçu l’ordre qu’elles doivent faire ceci ou cela ? À l’image de ces bestioles et selon l’Université de Leicester, 30 000 milliards de tonnes de matériaux ont été déplacés par les humains sur cette planète. Je ne sais trop comment ils ont pu déterminer un tel nombre (- ni ce qu’il représente), mais de toute façon, ce tonnage est monstrueux. En plus, nous ne sommes qu’aux balbutiements de l’Anthropocène (- cette nouvelle ère géologique qui s’ouvre actuellement depuis que l’impact  des activités humaines a commencé à se faire sentir sur l’écosystème mondial). Désormais, plus rien ne sera neutre et inoffensif en matière d’industrie, de transport et de commerce tant les chiffres sont considérables à l’échelle mondiale : chaque produit conçu, fabriqué, transporté, vendu, consommé, aura un impact et engage notre responsabilité. C’est pour cette raison que le terme "Anthropocène" prête à confusion car ce ne sont pas tous les hommes qui en sont la cause dans ce désastre écologique mais seulement ceux qui vivent de notre manière et qui s’imaginent maîtres et possesseurs de la nature comme le préconisaient Descartes et la Bible : un "sauvage" inapprochable de l’Île de North Sentinel n’aura manifestement pas le même impact sur l’environnement que moi mais en subira les effets autant que moi sinon plus.

Sur l’ensemble de la planète, l’empreinte carbone des 1% les plus riches est 66 fois plus élevée que celle des 10% les plus pauvres… Cela suppose un sentiment d’exception au sein du règne naturel que le riche a, à ce titre, vocation à maîtriser, à domestiquer, à ordonner. Ce sentiment a été stimulé par l’augmentation géométrique de notre puissance avec l’apparition des premières machines à vapeur, l’usage du charbon et de nos jours du pétrole, puisque l’atome est provisoirement en rade. Même si c’est un progrès remarquable, le pétrole est une énergie fossile anonyme qui pose autant de problèmes éthiques et géopolitiques que l’esclavage… Parvenu dans nos raffineries, on ne sait plus s’il vient de Norvège, de Libye ou d’Irak en ayant nécessité des centaines de milliers de morts. Nous ne prenons que rarement conscience de son immoralité et pourtant, il pue le cadavre à plein nez, c’est dans sa nature…

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