Quand j’écris je suis juste heureux d'écrire, d'explorer un univers particulier, riche en couleurs et en émotions qui me parait tout à fait réel. Pourtant tout ceci est sacrément illusoire et vain, croyez-moi ! De loin les montagnes paraissent bleues et je sais pertinemment que ce n’est pas leur véritable couleur. De même pour le bleu du ciel. Un ciel, c’est noir avec des étoiles mais il nous plait de croire qu’il est bleu dans la journée alors que ce n’est qu’un décor vaporeux planté là par la nature. Cet univers, aussi merveilleux soit-il ne concerne en rien la vérité, cette vérité du néant et...
- J'écris des poèmes.- Pas très bons n’est-ce pas ?- Je ne te le fais pas dire, je martyrise la poésie au mieux de mes aptitudes, je suis le roi de la poésie en barquette de supermarché et pas moyen d’enlever le cellophane.- LA cellophane… toi, tu es resté dans l’autre siècle !- Peu importe. Tu vois… ces poèmes m'habitent... C’est toujours une bouteille à la mer ou plutôt un navire qu’on lançait sur les océans comme au temps des caravelles. Je n’ai aucune idée de la plage où échouera celle-là. Les poèmes, en ce sens également, sont en chemin : ils font route vers quelque chose. Vers quoi ? Vers...
Story In the sand de Stephen Khoury…Effet mer…
À la surface des pages, les signes appellent un horizon toujours plus lointain dans l’espace et dans le temps. Dans les eaux des torrents de mon imaginaires, les mots se chevauchent avec violence pour s’apaiser dans le calme des rivières... les mots de toujours y retrouvent les mots que j’arrache à la roche pendant que les mots que je tais s’enlisent pour un temps... Et tous ces mots font des fleuves gras et pansus qui se jettent à la mer... Alluvions d’illusions, sous un rayon de lune les marées nocturnes les poussent sur le dos d’une plage, ils glissent...
L 'ultime combat. de Christophe Lecoq
Malgré quelques traînards ronchonneurs, la France est donc en marche. Qu’on se le dise, sa seule pérennité, le chemin la doit à ses marcheurs. Ce sont leurs pas qui le dessinent. Il faut aller très loin pour se retrouver au plus proche de soi-même mais tant que l’on veut marcher, on n’est pas seul. Créer va toujours vers l’ouvert, le plus loin, cela nécessite opiniâtreté et patience. Ce peut être du plus loin dans l’œuvre ou du plus loin hors d’œuvre en fonction de son appétit. Mais il faut cette tension du plus loin, comme un levier pour soulever la carcasse...
La vie… c'est quoi la vie ? Le fracas des batailles ? L’écho de vains combats ? Quand on se promène dans les forêts de son enfance, on n’entend que quelques pépiements d'oiseaux, des brindilles qui craquent, quelque brise dans les ramures. N'est-ce que ça la vie ? Il nous faut des squares, c’est vrai, des havres où reposer son esprit quand le quotidien le lasse, juste un endroit où s'asseoir, où rêver, où tenter d'inexister. Il s’y passe peu de chose en apparence, on n’imagine jamais la beauté des lieux vides, certes on s’émerveille, pourtant on ne prête d’intelligence au monde qu’avec réticence....
Page du 30 novembre 2017 jour d'épines et de myrtilles
Comme le regrettait ce coquin de Lamartine, « je tourne vainement ma peine vers les livres »…Hé Hé ! La vie ne saurait être un roman que l’on nous donne mais une histoire que nous écrivons. Ce que je suis, je ne l'ai pas. Ce que j'ai, je ne le suis pas. Écrire c’est sans cesse naître et voir, voir et savoir, savoir et pouvoir. Quand on est petit on grandit et quand on est grand, on grossit. Nous enflons de concert. L’avoir asservit l’être ; le savoir, non. Personne n'est responsable de qui il est, d'où il est né, comment il a été élevé, mais chacun peut néanmoins changer et se choisir un avenir,...
Si j’en crois mon philosophe de GPS, avant de chercher où aller, il nous faut trouver un point de départ. Comme l’illustre superbement « À nous la liberté » ce film de René Clair réalisé en 1931, c’est d’abord l’esprit de liberté qui fait prendre la route et abandonne à l’art le soin de décider d’une vie. Qu’est-ce que vivre avec pour premier souci le fait de le dire d’une certaine façon ? Vivre pour écrire, c’est vivre du temps qui n’est passé qu’à écrire mais c’est également vivre intensément pour nourrir une écriture. Même si l’on ne possède rien, on a en soi un monde. . Partir donc… très bien,...
Dans le silence de mon petit Larousse illustré de 1985, sagement couchés entre les pages, les mots attendent ma main sans impatience aucune. Ils savent qu’ils peuvent compter sur elle. Ma main saura les retrouver. Même s’il s’agit toujours de raconter ce qui grésille dans sa cervelle, écrire est tactile, cela provient d’une certitude touchée, comme si l’organe de la parole devenait la main. C’est d’un bout à l’autre une affaire de temps ou de passe-temps, en tous cas de vivant : l’affaire d’un corps scripteur crypté de vie, immergé dans le temps qu’il innerve en retour. Je suis la main qui exécute...
Écrire sur l’écriture est auto-réversible et infini comme un grand-huit. Il est grand temps de tourner la page et de trouver enfin un début d’autant plus que la morale et la décence m’empêchent de préciser ici ce que j’impose à de pauvres mouches innocentes. Me voici face à la fenêtre blanche de cet écran, à ce dehors intime. Je me perçois aussi sot que le jeune Greystoke d’ Edgar Rice Burroughs, perché sur sa branche, face à une jungle dense, indifférente et grouillante de vie, criarde comme s’il n’existait pas.
L’œuvre, d’art ou d’autre chose, est une projection de la faune et de la flore infinies...
L’« art » est don. La générosité du don ne doit pas laisser voir ici en œuvre une acceptation inconditionnelle de l’autre. Le lecteur devra remplir un certain nombre de conditions pour devenir l’éventuel destinataire de l’écrit, son interlocuteur, son vis-à-vis. Il faudrait pour cela qu’il soit accessible, libre, vacant, tourné vers l’écrivant et de préférence, insomniaque. En fait, la disponibilité et l’ouverture ne suffisent pas ; une attention affinée, une réceptivité orientée vers l’écrit sera requise, tout comme une certaine plasticité psychique, une aptitude à la perte temporaire de ses représentations...
Aussi longtemps que nous lisons seulement des mots comme l’expression de quelqu’un qui écrit, nous ne lisons pas encore, nous ne lisons pas absolument. Jamais non plus nous ne parviendrons ainsi à avoir vraiment compris quelqu’un. Quand donc avons-nous lu ? Nous avons lu, quand nous faisons partie de ce qui est écrit. Je me suis relu… il n’y a pas longtemps, j’affirmais : « il faut lire et relire »… Pourquoi relire ? Parce que c’est toujours un retour sur soi, là où on s’était laissé, et l’on se revoit de dos. Cela autorise le dépassement de soi, mais dans mon cas, j’avance si laborieusement que...
Lire ne suffit pas, il faut savoir lire. Il faut donc apprendre à savoir lire mais il n’y a toujours pas besoin de permis, du moins pas encore : nous avons encore quelques belles soirées devant nous avant Fahrenheit 451. C’est tout un art de trouver un chez soi dans l’écriture d’autrui. Ainsi sans doute n’a-t-on pas fini d’apprendre à lire les vies lorsqu’elles s’écrivent. Il faut autant de talent pour lire qu'il en faut pour écrire. Deux comètes se croisent et les cieux sont embrasés, le poème est ce lieu où la rencontre advient, pied de nez au néant, à l’infernal déni. Pour apprendre à savoir...
Un mot isolé est orphelin de sens, il ne veut rien dire, il ne prend vie que par un acte, la phrase. Si je prononce un mot au hasard et que je dise « image » par exemple, les uns verront un dessin, les autres un tableau ou une photo ou bien encore un timbre-poste. Une image, ça n’existe pas, il n’y a que des images. Certaines m’habitent et il y en a d’autres où j’aimerais m’exiler. Il en va de même pour tous les autres mots. Notre communication, même la plus rigoureuse, ne peut-être qu’approximative. À propos, il y a de quoi méditer sur le désamour des images et des mots, sur la manière de mettre...
On me reproche de parler tout seul, mais, tout d’abord, comment ça peut se savoir ? Et puis, quand on est seul, il y a deux façons de se parler tout seul : il y a soit la confession, soit la colère… Je crois que je préfère la colère : regarder en arrière, faire continuellement le bilan, évaluer son bonheur, est trop dangereux pour les sains d’esprit quand ils foncent droit dans le mur alors que la colère, contre l’absurde, la mort, les embouteillages, Dieu, les lois de la physique ou moi-même, contrairement à la haine étouffante, est libératrice et porteuse de vie même si elle est effectivement...
De plus en plus, j’ai la tentation d’explorer le monde des rêves souterrains, celui de mes racines. Ce n'est pas possible, me semble-t-il, de consacrer tant d'heures d'une vie à rêver sans tenir compte d'une possible signification du contenu des rêves. En fait, tous ces réveils au cours desquels j'ai fait des efforts pour me rappeler mes rêves de la nuit passée et les noter m'ont appris qu'ils sont effectivement significatifs. Par contre, les rêves possèdent une logique qui se démarque de la logique cartésienne, ils sont la porte ouverte sur une dimension autre, ils nous nous parlent de ce que...
Mon ordinateur est fichu, définitivement irréparable, il ne me sert plus, maintenant, c’est moi qui lui sers, j’accompagne ces derniers moments. Il faut savoir échanger les rôles au besoin mais c’est fini, je ne peux vraiment plus rien pour lui. Du coup, j’ai examiné en détail tout ce qui m’entoure, ce lieu où je vis, je l’ai bien examiné… Je crois que ce chez-moi représente à mes yeux la même chose que pour n’importe qui : un peu d’intimité, là où on a ce qui est à nous, là où on devrait se sentir en sécurité, en théorie du moins… Ce chez-moi est exactement à mon image : tout y est, vraiment tout,...
Quand les murs ont des oreilles ça papote, ça chuchote, ça bruisse de vie mais si mes oreilles en viennent à se construire des murs, c'est l'autisme assuré… je deviens alors très vulnérable, à l’extrême bord d’un gouffre : le trou béant du regard des autres. Dans ces moments dangereux, je réalise que chacun de mes mouvements devient pertinent et prend une importance considérable mais que je ne maîtrise plus rien et deviens ainsi encore plus vulnérable. Entre l’idée et la réalité, entre le mouvement et l’acte, se glisse insidieusement l’ombre. Est-ce le baiser ? l’exploit ? la réussite ? le crime...
En face de l’écrivant, la lecture de ce qui est écrit renvoie à une existence et, feu follet, demeure un instant : le temps d’accepter le texte de l’autre, ce qui nous autorise, au terme d’un corps à corps humble et tenace, à nous aimer l’un l’autre. Les donneurs sont exception pour les greffes de cœur, je sais un tel lecteur rare et donc précieux et ne me fais guère d’illusions d’en rencontrer dans mon désert, mais je ne désespère pas d’une visite d’extra-terrestres assoiffés d’ammoniac. Ils seront plus nombreux. Je les attends de pied de nez ferme et réactif… mais avant qu’on me greffe quoi que...
Le Gavroche des Misérables est presqu’aussi connu que Quasimodo : Hugo a créé là un petit être joyeux qui ne mange pas tous les jours et « qui n’a rien de mauvais dans le cœur ». Ce personnage minuscule, fils des Thénardier, est l’esprit même de ce roman, c’est la main qui l’écrit : le sublime nait du grotesque. Sa mère, cette affreuse montagne de chair d’une laideur repoussante, qui aurait apprécié Halloween pour pouvoir sortir dans la rue sans déguisement, met au monde un enfant de rêve. Gavroche ne sort pas d’une maison : « je rentre dans la rue » disait-il. Hugo a donné à cet indien dans la...
Par-dessous, dans les profondeurs, nos racines se nouent et s’entremêlent. Victor Hugo ne cache pas son admiration pour le grand Shakespeare et son Songe d’une nuit d’été où grotesque et sublime s’interpénètrent. Ce qui est dommage, c’est qu’en lisant sa magnifique préface de Cromwell, on peut parfaitement interpréter cette proximité entre grotesque et sublime comme un choc frontal entre deux mondes différents et imaginer Hugo utilisant théâtralement un repoussoir pour mieux mettre la beauté en évidence. Le laid qui déborde, tout le monde connaît ça et nul ne le retient, surtout s'il s'épanche....
Après les attentats de janvier 2015 en France, les libraires intelligents placèrent juste devant les caisses le Traité sur la tolérance de Voltaire. Le résultat fut à peu près sans équivalent dans l’histoire de l’édition et 250 000 exemplaires de ce livre vieux de plus de 250 ans se vendirent en quelques jours. Ceux qui eurent la bonne idée de le lire purent profiter de ce trésor inaltérable : « Quand la nature fait entendre de sa voix douce et bienveillante, le fanatisme, cet ennemi de la nature, pousse des hurlements. Et, lorsque la paix se présente aux hommes, l’intolérance forge ses armes....
Pascal disait que pour avoir la foi, il suffisait de s’agenouiller et de prier, que l’existence précède l’essence, que le geste précède l’émotion, que l’acte précède la puissance, que pour être roi, il suffit d’être pris pour un roi. Il a peut-être raison, les uns s’assoient bien dans un fauteuil et se croient présidents. Je l’ai écouté, me suis mis à genoux et j’ai prié comme on hurle à la Lune. Et alors… rien… Rien que le silence infini du vide entre les galaxies. Je n’étais peut-être pas assez agenouillé, je n’ai sans doute pas assez fait semblant. Depuis je me méfie de Pascal et de ses paris...
Quand la caricature de Victor Hugo s’affine, elle nous présente l’idée, toujours reçue mais intéressante, qu’il est un héritier de Shakespeare, celui qui mêlait, en chacune de ses histoires, le grotesque et le sublime. On est ce que l’on mange nous répètent entre autres nos amis juifs. Toutefois, n’en déplaise à nos amis juifs et musulmans réunis, le porc que nous mangeons subit une métamorphose radicale de par la puissante efficacité de notre alchimie digestive. Ce qui est vrai pour notre viande l’est tout autant pour nos tripes et notre esprit, nous mangeons des symboles, nous avalons des signes...
Qu’il le veuille ou non, qu’il s’en rende compte ou pas, quelles que soient ses origines et sa couleur de peau, tout francophone est imprégné de l’incomparable odeur des premières gouttes de pluie dans la poussière mêlée à celle de l’encens. Même s’il n’en a pas forcément conscience, il est estampillé par Saint-Augustin le Berbère et par Victor Hugo le géant. Ces deux-là cheminent à ses côtés dès ses premiers pas. La culture c’est comme les odeurs : on s’en imprègne très tôt, positivement ou négativement, et il nous est difficile de changer ce rapport initial. Tout le monde croit fréquenter son...
Nous avons tous nos supers héros, des êtres merveilleux à qui l’on attribue des pouvoirs extraordinaires. Je crois choisir les miens mais en fait, ce sont eux qui s’imposent, ils me tiennent depuis mon enfance pour ne plus me lâcher. Leurs fantômes bienveillants hantent mes neurones. Cette monstrueuse merveille qu’était Léonard de Vinci ne s’en prive pas, c’est un de mes plus fidèles visiteurs. Comme les crêpes qui ont toujours deux côtés, cette idole brillant de mille feux garde sa part d’ombre : je ne voudrais pas être un dandy à son image par exemple. Cela ne me pose guère problèmes : je n’atteindrai...