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Cahier décharge

Je ne sais pas ce que c'est, je le saurai quand j'aurai terminé. Et j'aurai terminé quand je saurai ce que c'est.

Page du 10 novembre 2017 jour enraciné

Denis Vallier
Page du 10 novembre 2017 jour enraciné
Page du 10 novembre 2017 jour enraciné

Nous effleurons à peine la surface des choses et du monde, mais nos racines sont profondes... En fait, l’écriture est une question de famille où se mêlent des racines de la naissance, de l’amour, du pouvoir, de la mort, et de l’héritage. Avec de telles racines, on n’est jamais seul avec soi-même, quel que soit l’isolement que requiert l’écriture, mais prétendre au sublime est sacrément puéril et carrément grotesque. Le sublime est une expérience sensible de l’homme qui se trouve confronté à un univers qui le domine et l’écrase comme un pouce écraserait une fourmi, bien peu s’en relèvent. Qui se...

Page du 9 novembre 2017 jour d'amitié

Denis Vallier
Page du 9 novembre 2017 jour d'amitié
Page du 9 novembre 2017 jour d'amitié

Mathématiquement, pour avoir un ami comme La Boétie, il fallait que Montaigne en soit un lui aussi. Les Essais furent le monument qu’il érigea pour son ami décédé, pour prolonger cette amitié. L’amour, quand il est le plus pur, revient hanter l’écriture d’une façon tremblante, fragile, éphémère. Quel est ce drôle de sentiment qui préfère à l'amour global du genre humain la passion inconditionnelle, et pourtant distanciée, pour quelques-uns de ses membres ? C’est bien souvent une énigme. Avec un proche ou un ami, les barrières tombent, il est cet autre dans notre silence : il est alors plus précieux...

Page du 8 novembre 2017 jour de solitude

Denis Vallier
Page du 8 novembre 2017 jour de solitude
Page du 8 novembre 2017 jour de solitude

Tel le bernard-l’ermite changeant de coquille, lentement, je me détache non sans danger de mon passé pour rejoindre un nouvel ordre. Passer de l’encre intime aux pixels volatiles me semble une trahison. Écrire est, a priori, l’expérience même de la solitude et en mauvaise compagnie en plus. La solitude en elle-même n'est pas une tragédie, elle est discrète et fort commune… c'est l’isolement, la tyrannie de la chambre vide, qui en est une car ni on ne le voit, ni on ne l’entend. Parfois on n’a guère le choix. C'est ce qu’Hannah Arendt appelle « la désolation » et qui est la cause intime des états...

Page du 7 novembre 2017 jour des chiens morts

Denis Vallier
Page du 7 novembre 2017 jour des chiens morts
Page du 7 novembre 2017 jour des chiens morts

Mon dernier chien est mort… Quand je me promène, seul à présent dans le maquis de l’Estérel, là où Victor Hugo voyait mourir dignement les Alpes dans la mer, je lui parle encore… Comme avant… Je n’en suis même pas conscient jusqu’à ce qu’effrayé, je m’arrête. Je me retourne et je crois voir l’éclair d’une fourrure fauve. Mais le sentier est désert, buissons rabougris, pierres sèches… Pourtant, je ne m’étonne pas d’entendre craquer les branches mortes sous la pression souple de ses pattes. Où la petite âme canine peut-elle errer ailleurs que sur mes traces ? C’est un fantôme amical qui ne ferait...

Page du 6 novembre 2017 jour en équilibre instable

Denis Vallier
Page du 6 novembre 2017 jour en équilibre instable
Page du 6 novembre 2017 jour en équilibre instable

Aux confins d'un royaume oublié, se cache une porte magique.Un défilé d'ombres qui se dérobent au grincement des huisserieset des gonds branlants garde jalousement le secret, ne pipe mot,veille en armes du soleil couchant à la lune naissante.Faisant fi du sésame, niant même l'existence d'une clef d'or,un gueux tout en poux se poste devant le bois précieux,croyant à une clémence toute particulière des esprits toujours présents,l'impénitent vise la serrure de son œil torve pour y jeter un regard furtif.Las ! le pourceau y perd la vue, la foi et sa raison.Et les ombres de danser en silence et la porte...

Page du 5 novembre 2017 jour de folie

Denis Vallier
Page du 5 novembre 2017 jour de folie
Page du 5 novembre 2017 jour de folie

Antonin Artaud Écrire, c’est vraiment une forme de folie, non ? Et en plus, cela prend de votre temps jusqu’à l’obsession. Écrire vous prend la tête en permanence. C’est que ce qui compte, ce n’est pas le sujet, ce sont les idées. L’incontournable et génial Léonard de Vinci passa plus de temps à rédiger passionnément ses codex que dans toute autre activité : trois pages de manuscrits par jour écrites de droite à gauche... Il eut été fort surpris que la postérité le qualifia de peintre de la Renaissance. Chercher la vérité sur tout fût son véritable chef d’œuvre comme en témoignent ses carnets de...

Page du 4 novembre 2017 jour fleuri

Denis Vallier
Page du 4 novembre 2017 jour fleuri
Page du 4 novembre 2017 jour fleuri

Lecteur savant qui te perd dans ces pages, ne poursuit pas mes écrits avant d'avoir lu ces lignes jusqu’au bout : mon aimable folie s’y dévoile sous tes yeux en un style fleuri. Si, t’étant frotté à une herbe aux espigaous voyageurs, tu te grattes la tête et n'atteins pas d'emblée la pleine certitude, n'accuse pas l’écrivaillon, ne maudis pas ses tics, prends ta loupe et regarde avec sollicitude la mince feuille qu’il te tend. Vois alors ce qu'en disent les herbes folles, elles ne mentent jamais, elles permettent de marquer la frontière ténue entre la curiosité et l'étonnement. Vois le modeste...

Page du 3 novembre 2017 jour des petits pas

Denis Vallier
Page du 3 novembre 2017 jour des petits pas
Page du 3 novembre 2017 jour des petits pas

Un voyage sans fin commence toujours par un premier pas. Lecteur imaginaire, lance-toi malgré tout, « il n’y a que le premier pas qui coûte » comme disait après coup le démineur, « après ça va tout seul… » aurait rajouté la tête de Saint Denis (un copain), que celui-ci emmenait sous son bras. « Das weitere findet sich… » renchérirait Sigmund. Il s’agit de l’apprécier ce premier pas. Depuis qu’on a réussi à mettre un pied devant l’autre, nous marchons sans y prendre garde. Arrêtons-nous un instant, fermons nos yeux fatigués. Prenons le temps d’apprécier ce que veut dire marcher : tout le monde n’a...

Page du 2 novembre 2017 jour point par point

Denis Vallier
Page  du 2 novembre 2017 jour point par point
Page du 2 novembre 2017 jour point par point

À moins d’être fou ou mégalo, vouloir changer le monde est délirant. On se dit alors que changer son regard sur le monde est plus à notre portée et sans doute plus bénéfique. Le tableau d’ensemble nous paraît figé, immuable. Pourtant, à mieux y regarder, rien n’est immuable, tout change tout le temps. Mais comment change le monde ? Quelquefois par des accélérations brutales, mais la plupart du temps par petites touches pointillistes insignifiantes. Chacun de ces points minuscules se fait dans l’anonymat le plus total et l’indifférence générale. Dans son coin, chacun d’entre nous y va de son petit...

Page du 1er novembre 2017 jour prévenu

Denis Vallier
Page du 1er novembre 2017  jour prévenu
Page du 1er novembre 2017 jour prévenu

Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, et néanmoins amis, vous entamez aujourd'hui une lecture qui vous amènera, du moins c’est souhaitable, à une compréhension différente de votre univers personnel et du monde dans lequel vous évoluerez, et ce quelle que soit la voie que vous choisirez ! Constater qu’un type ordinaire ose se dire créateur d’univers ne peut que vous ramener les pieds sur terre. Vous prenez le départ pour une course de fond, comprenez : pour un parcours où vous allez toucher le fond, c’est-à-dire, si ça se trouve, atteindre à une vérité importante, concernant la relation à soi-même...

Page du 31 octobre 2017 jour en blanc et noir

Page du 31 octobre 2017 jour en blanc et noir
Page du 31 octobre 2017 jour en blanc et noir

Ce matin,alorsquejem’attendsmoi-mêmejesuisdevantcettepageblanchecommeunAntarctiqueetdéjàcestracesdemotssontcommeuneoffenseàsapureté. et ce soir le ciel est si noir…comme une ombre sans formeune absence de toutun grand néant béantpas une étoileun nuage paresseuxun oiseau égaréun avion, rienjuste un obscur silence des couleursjuste la couleur obscure du silencec'est l'heure que j'aimecelle où ma penséeétire et déploieses ailes engourdiespour former le motpoésietremplin sur le vide. Chaque mot débutecomme un saut d’une falaise,en travers d’une gorge,chaque mot est plus lointain,chaque mot est une...

Cahier décharge

Cahier décharge
Cahier décharge

- Tout comme les filles perdues confiaient leurs bébés aux guichets des hospices… Je vous remets en tremblant ma boîte noire, ce Cahier décharge rempli jusqu’à la gueule. Je délivre ces pages hirsutes et illisibles. - Pourquoi en tremblant ? - Ces pages, comme feuillets de glace, me brûlent les doigts. Je tremble de froid. - Mais dis-moi… que contiennent ces pages ? - Je l'ignore. - Si tu ne le sais pas, qui le saurait ? - Le cahier seul le sait. Moi non. À mon père, Francis Vallier,Qui m’a appris à lire…En m’apprenant à lire,Il m’a appris à écouter…Et en m’apprenant à écouter,Il m’a tout appris.Hélas…Il...

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