À l’ère de l’immédiat, du tout tout de suite et partout, il m’arrive de regretter le décalage de la distance qui vous laissait le temps de la réflexion et une grande autonomie. À 18 ans, vous pouviez partir ainsi avec un copain et quelques Francs en poche pour un tour d’Europe en stop de deux mois sans le moindre lien avec vos parents. Ils n’y voyaient rien à redire et étaient simplement heureux de vous revoir à votre retour. En cas de pépin, il y avait toujours la possibilité d’envoyer un télégramme… Où sont passés les bons vieux télégrammes bleus de notre lointain passé quand les téléphones étaient...
Oiseaux déplumés de mauvais augures, nous avons tendance à prédire nos propres malheurs aux générations à venir. En fait, nous sommes de la même époque. Même en confrontation, même si ça ne se voit guère, nous sommes en concordance de temps à l’échelle de l’humanité, il faut nous en convaincre... Ah! Il faudrait pouvoir ressentir cette respiration commune qui nous unit ! Mais ce n’est pas facile : si nous respirons les mêmes atomes indéfiniment recyclés ce n’est pas le même air du temps ; notre espèce mute continuellement et plus rapidement qu’auparavant en raison de notre grand nombre et des facteurs...
Cadran cabossé J'ai donné tous mes rêves en pâture aux regrets, Pour des luttes sans trêve sur ces douze tirets Que l'aiguille, asservie au parti de la mort, Décompte de défis vers d'ultimes aurores. Plouf… Sur la grise margelle d'un vieux puits très profond, J'ai fait rouler deux perles, en ultime dérision, Pour toiser, impuissant, cette bascule obscène Vers d'infâmes néants qui se gorgent de peines Plouf… Il ne reste qu'hier pour demain se lever, Sans émoi ni prière, à nos plaintes courbés, Par le temps qui jamais ne revient aux espoirs Qu'en encens de décès et silences du soir. Am, stram, gram,...
Le 28 juin 1914 à Sarajevo, Gavrilo Princip, un jeune paysan serbe a bénéficié d’un concours de circonstances invraisemblable qui lui a permis d’assassiner l’archiduc François-Ferdinand et son épouse provoquant ainsi un cataclysme planétaire. Ce n’est pas bien de faire ce genre de choses, mais, n’en déplaise à Archimède, c’est la preuve qu’avec un peu de "chance", une seule personne peut soulever le monde sans aucun point d’appui. Si l’on ramène cet exemple tragique à la position de chacun d’entre nous par rapport à ce que nous vivons ensemble, aux injustices iniques que nous subissons, à la spoliation...
Sea, sex and sun…Vive les vacances! À grands coups de mojitos, de concerts et de noubas à donf, nous sommes invités à un hédonisme de circonstance. À longueur d’émissions, de revues, de tweets on vous convainc de jouir de l’instant, de vivre au présent, de vous éclater un max, de ne plus vous inquiéter pour votre avenir mais en même temps, de vous satisfaire de peu, d’apprécier les "vraies" valeurs et les légumes… A priori, c’est plutôt cool et cela semble partir d’un bon sentiment : pendant les vacances, c’est compréhensible, mais en dehors, une fois de retour dans sa banlieue… on insiste malgré...
Si je les compare, à l’avenir d’aujourd’hui, je préfère largement celui d’hier. Je ne peux plus me projeter comme avant, c’est sans doute un effet de l’âge… ou bien est-ce parce qu’on ne peut pas faire autrement que de vivre avec son temps à défaut de vivre avec le temps des autres… et que ce temps est devenu fou ? (- Simone préférait Montand et elle avait bien raison). Mon temps à son fil s'est pendu. Il y eu l’Age du bronze, le Siècle des Lumières et nous, alors que nous passons une bonne partie de notre temps à bâfrer, à jouir et à polluer, nous sommes entrés dans l’Anthropocène, l’ère de l’imprévisible…...
On aura beau faire miroiter toutes les alouettes, l’avenir du futur n’est plus ce qu’il était… Autrefois, au temps des dinosaures (- d’ailleurs, on ne disait pas encore « autrefois » en ce temps-là, on disait "du temps de mon père", c’est vous dire si ça fait longtemps…)… du temps de mon père et de mon grand-père donc, le futur était le simple prolongement du présent, on en avait besoin pour le reste de sa vie, on se projetait très loin en tirant des plans sur la moindre comète de passage… Nous aimions alors prendre le large pour aller voir là-bas si on y était. Les changements scintillaient au...
Libre à moi de fracasser ma montre en braillant "Merde au temps !" si ça me chante, d’agir comme s’il n’existait pas, mais les trains m’attendront-ils ? Les feux rouges passeront-ils au vert à mon approche comme s'ouvrent les portes des supermarchés ? La planète cessera-t-elle de tourner vinaigre ? Le futur sera-t-il meilleur demain pour autant ? Et puis, de quoi demain sera-t-il défait ? Ôtez-moi un doute, le soleil va encore se lever, n’est-ce pas ? Il y aura bien un demain ? Sera-t-il le survivant des précédents ou un autre jour comme on le prétend ? Rien n’est moins sûr : un jour, il n’y aura...
Petit à petit, insidieusement, le temps a tout pourri. Chronos est revenu en puissance : nous l’adorons, nous lui vouons un culte et lui faisons des sacrifices sur les autels que nous lui dressons comme aux plus beaux jours de l’Antiquité. Eh bien je crie "NON !" haut et fort, je hurle "MERDE AU TEMPS!!!" sur les toits… Heures abominables… Pitoyables minutes… Misérables secondes… En méprisant cette menue monnaie d’éternité, je prie ce qui nous reste d’humanité de brûler tous ses calendriers et de briser toutes ses chaînes de montre : le temps est un concept absurde, inutile et qui nous gâche l’existence....
Le temps passe de plus en plus vite ! Vous avez remarqué ? Ce serait une réflexion de petits vieux sur leur banc si le temps ne devenait tyrannique en s’accélérant : il devient notre pire ennemi. Ou le monde est plus rapide, ou je suis plus lent… il doit y avoir des deux. On ne vit plus en ce moment, on tourne ! On se retrouve programmé au calendrier de l’absurde par un engrenage de jours à aubes, notre futur bouffe notre présent et nous entraîne en spirale dans son trou noir, une sorte d’égout cosmique idéal qui vire au comique. Nous espérons toujours rester maîtres du jeu, nous détestons l’idée...
Page du 15 août 2019 jour où tout est possible avec Bergson.
« Ensemble, tout devient possible » pouvait-on lire sur les affiches de campagne de Sarkozy en 2007. C’était il y a longtemps et il y a prescription mais je ne m’en suis toujours pas remis. Manifestement, celui qui a conçu ce slogan n’a jamais lu Bergson ou alors en travers et n’y a rien compris… Bien sûr, il y a plus sexy que Bergson pour passer ses weekends, mais il suffit d’ouvrir un de ses ouvrages pour être frappé par son intelligence qui frôle parfois le génie. Le philosophe a des aspects contradictoires qui en font un homme parmi les hommes avec ses doutes et ses paradoxes ce qui n’empêche...
Les Pygmées n’ont aucune autorité politique depuis que le monde est monde et ne s’en portent pas plus mal… Rêver en Diogène du pauvre, c’est bien, mais rêver ensemble c’est mieux… Hauts les cœurs ! Osons des utopies, elles ne servent à rien mais font bouger les lignes malgré tout. Attention, restons-en là ! Dans nos mentalités, le propre de toute utopie est de ne surtout pas avoir le début d’un commencement de réalisation sous peine d’endosser les inconvénients de la réalité. En quelque sorte, "on sait ce qu’on perd mais on ne sait pas ce qu’on gagne" comme disait ma grand-mère en considérant pensivement...
Affiches, répétitions, maquillage, scénario, mise en scène, émissions, coups de théâtre, chauffeur de salle, musique, applaudissements… la politique (- a priori grave et sérieuse puisqu’elle engage notre avenir) est devenue un show à l’américaine qui remplace les jeux du cirque. Aux Etats-Unis où l’on fait tout plus vite (- même l’amour) et où l’excès est la norme, l’omniprésident Trump et son mannequin occupent le devant de la scène en permanence. Ça y est, la course à la présidence américaine est lancée et, qu’on le veuille ou non, nous allons en avoir plein les écrans. En France, nous avons...
Si j’ai des rêves de grandeur et que soucieux de mon avenir à l’image d’un Ramsès II, je me construis une pyramide pour mon futur retour à la vie, je n’aurai d’assurance sur sa pérennité qu’en ayant un architecte qui maîtrise les bases de la construction, sinon ce ne sera qu’un tas de pierre et d’azur absurde et ridicule. Dans le monde des possibles qui est par définition ce qui n’est pas encore, se trouve ce qui est susceptible d’arriver avec une prétention justifiée et quantifiable à vouloir être. Mais ce monde est perdu, noyé, enseveli sous un amas d’objets imaginaires plus improbables les uns...
On s’interroge sur l'avenir, cela fait les affaires des "voyants", prophètes et autres arnaqueurs. S’ils étaient vraiment devins, ils joueraient au loto et gagneraient à tous les coups. Il existe malgré tout un repère prompt à cristalliser l’avenir dans leurs boules : le champ des possibles où germe ce qui n’est pas, où nous entrons à reculons puisque nous ne le voyons pas. Malgré tout, l’avenir restera toujours le meilleur endroit où stocker les espoirs et les projets et comme il nous est impossible de vivre sans rêver (- et nous projeter ne serait-ce que pour nous nourrir ou pour passer la nuit),...
Les grandes gueules, les fiers à bras, ceux qui ont pris la grosse tête, qui se prennent pour les maîtres du monde et ne doutent de rien ont aussi leurs moments de flottement comme vous et moi, sinon ce sont des psychopathes à noyer au berceau. Il arrive à tout un chacun de se croire d’importance mais très souvent aussi de se sentir insignifiant. Si l’on se réfère souvent aux valeurs du passé et aux grands hommes, c'est qu’on se sent tout petit et perdu dans un monde qui nous dépasse et qu’on voudrait un peu d’amour et de compréhension… rassurez-vous vous n’êtes pas tout seul : tout grand homme...
(Illustration au crédit d’Antonio Mora)
Nous sommes extraordinairement vieux puisque nous avons un passé de 13,7 milliards d'année … 13,7 milliards d’année… une telle quantité de temps frôle le ridicule mais on a beaucoup oublié, nous devons retrouver nos mémoires enfouies sous les couches des choses. Personnellement, avant d’avoir pris conscience de la situation, cela ne m’a pas paru long du tout. Un bon nombre des particules constituant les atomes de notre corps remontent effectivement aux premiers instants de l’univers. Bref nous sommes du passé sur pieds, c'est pourquoi pour bien nous connaître...
C’est beau la Grèce, Rome, Pompéi, la Sicile, les pyramides, mais c’est mal entretenu, tout tombe en ruines… C’est chouette aussi le Louvre, l’Ermitage, le British Museum meme si c’est sacrément démodé ! A mettre le passé sous cloche, on a vite fait d’en faire un cimetière. On ne réalise pas très bien ce qui caractérise sa propre époque quand on y est immergé. Que conserveront nos descendants ? des canettes de Coca ? des paquets de frites vides de Macdo ? des smartphones ? Nos déchetteries seront les musées de demain. Les emblèmes d'hier finissent dans les musées, enfin, pas tous : la cabane au...
Une pensée sans opinion, ce serait un paradoxe n’est-ce pas ? (- paradoxe : qui est opposé au bon sens commun). Moi, je m’en tape ! J’ai d’l’ancienneté ! J’suis rentré dans un bar à dix ans et j’n’en suis pas vraiment ressorti. J’suis un pilier d’la nation, moi, m’sieur ! J’suis juste passé de la grenadine au rouge qui tache. J’ai une opinion sur tout mais de pensées sur rien et je ne rate pas une occasion de le faire savoir, d’ailleurs vous voyez bien, je le braille haut et fort au bar de la Marine, sur Tweeter, Instagram ou sur Facebook… Allez hop ! j’balance la sauce…J’vais m’gêner, tiens !...
Mes chiens sont morts depuis une éternité mais j’y pense encore et la peine revient de temps en temps… ça va finir par se savoir ! Bien sûr, cela peut paraître ridicule par rapport aux misères du monde, on peut bien en rire mais cela m’est égal : pourquoi y aurait-il une différence de nature dans les émotions que je ressens ? Le chagrin reste du chagrin. J’aime le chocolat et si vous m’en privez, vous allez voir ce que vous allez voir ! Il ne me reste plus qu’à me consoler en pensant à la belle vie que je leur ai offerte et surtout à la chance qu’on a eu de nous rencontrer… Tout comme le corps...
Promener son chien, c’est l’accompagner pour qu’il pisse encore et encore. Ce sont des vessies sur pattes ces bestioles, mais si ça lui fait plaisir… et en plus, c’est bon pour notre santé. Nous autres humains avons décidé une fois pour toutes qu’il marquait ainsi son territoire mais qu’en savons-nous quand on est handicapés du nez ? Si nous l’amenons à des centaines de kilomètres de ses habitudes, il procédera de même, il reniflera de ci de là et en rajoutera une couche. Que savons-nous de la subtilité des nuances des fragrances, de l’histoire qu’elles racontent, nous n’avons pas les mots, il...
Vous qui avez encore votre chien à vos côtés, vous ne connaissez pas votre bonheur… dégustez avec appétit les bons moments qu’il vous offre. Se promener, marcher, courir avec lui fait partie des petits bonheurs de l’existence… mon chien (- ma Gypsie ou ma Gitane), je ne te vois plus mais à chaque promenade, je t’entends, je sais que tu es là, tout près, à flairer des pistes sous le couvert. Je me souviens de nos sorties comme si c’était hier… Je les revis… Quand le passé se fait si puissamment présent, laisse-t-il encore un peu de place à l’avenir ?… Un flot de réflexion accompagnait déjà le murmure...
Depuis que je suis à la retraite, ça m’est égal de perdre mon temps… Regardez tout le temps que je perds dans ces pages à parler en long et en large du temps et donc de l’Histoire, histoire d’aller lentement et sans mesure, histoire de prendre tout mon temps pour le figer une bonne fois pour toute. Si je peux prendre tout mon temps, je ne pourrai jamais prendre tout mon espace : il trouvera toujours d’autres kilomètres à s’ajouter. Allez hop ! une petite balade le long du torrent me fera du bien. Les glaciers de mon enfance se sont réduits comme peau de chagrin, ils fondent énormément en ce moment...
Les statistiques sont parlantes et les résultats des dernières élections aussi : une majorité d’entre nous aspire à vivre dans l’Empire du Milieu, au centre de la Moyenne, sans faire de vague et en évitant les bords par peur du vide. On ne sait jamais… et si la Terre était plate ?!!! C’est sans doute dû à notre nature profonde, notre volant d’inertie est considérable, nous avons tendance à perpétuer collectivement les vieilles recettes qui fonctionnaient dans le temps, à acheter les mêmes produits, à consommer les mêmes aliments, à utiliser les mêmes bagnoles, à écouter les mêmes infos. Qu’on s’en...
Je suis le Français moyen, celui des statistiques… tout le monde me reconnaît dans la rue. Même les portes des grandes surfaces m’identifient et s’ouvrent à mon approche ; je suis obligé de porter des lunettes noires en permanence pour avoir la paix, c’est pour vous dire. Quand je dis "moyen" c’est vraiment moyen, j’ai un QI de 100, j’ai eu systématiquement 10/20 à tous mes devoirs et autres examens sans exception. Si vous vouliez faire un concours de moyenneté avec moi, vous n’auriez aucune chance, plus moyen que moi, tu meurs. Et e n bon Français moyen, je rejette les extrêmes et ce qui m’est...