Est-ce nous qui bougeons ou bien les jours défilent-ils ? Regarde leur caravane, elle dessine une histoire ; c'est le langage des pas qu'il faut apprendre, avant que le sable ne reparte porter un peu plus loin leur paroles murmurées et méconnues... Au cours de notre vie, à raison de quatre kilomètres par jour, nous marchons en gros l'équivalent de trois fois le tour du monde. On sait que le dessin prime sur toutes les autres formes d’expression. Quelle étrange figure dessinent donc les pas d'un être humain tout au long de son existence ? Un piètre pisteur ou une nouvelle appli vous lanceraient...
Page du 23 septembre 2018 jour du mouvement perpétuel
Il ne suffit pas de conjuguer le verbe être pour parvenir à exister, pour cela, l'homme doit faire, agir, se battre contre les autres, les dépasser, se dépasser. La situation où il s’est placé l'insupporte et il doit bouger perpétuellement. Le mythique mouvement perpétuel ne peut avoir pour moteur que le temps, du moins, je l’imagine. Eh bien, en respectant cette contrainte, l'homme est en lui-même un mouvement perpétuel prédisposé à la morale et parfois à l’humour. Le mouvement perpétuel, c'est cela son idéal. L'action, l'avancée permanente comme pour toute forme de vie, il n’a été fait que pour...
Shakespeare nous a laissé un superbe héritage : sa vie a été une pièce de théâtre qu’il a jouée en abîme sur une immense scène. C’est valable pour chacun d’entre nous et je ne saurai jamais comment me retirer de cette comédie dramatique : en tant qu'homme, je suis obligé d'y participer. On aura beau dire, être humain vous enlève toute possibilité de choix : je dois être homme ou disparaître. J’ai réalisé que j’étais dans cette impasse très tôt, avant même que j’ai eu mes deux testicules, car en fait, j’ai bien vu qu’on n’a qu’un œuf mais je ne voulais pas le mettre dans le même panier. Il ne m’a...
Page du 21 septembre 2018 jour dans la peau de John Malkovich
Dans n’importe quel désert, au bout de plusieurs heures sans avoir vu âme qui vive, il suffit d’arrêter sa voiture à cause d’une envie de pisser pour qu’un type sorte de nulle part. L’infection s’est généralisée à l’ensemble du globe, la planète est contaminée, nous sommes partout. J’ai voyagé parmi les hommes, je les ai connus. Certains d'entre eux, certains d'entre elles, très peu mais déjà bien assez. En tout cas, quelle que soit la latitude, je les ai connus assez pour les voir en grosse majorité dans leur pitoyable et ennuyeuse condition … Ces quelques réflexions ne sont guère originales,...
S’il existe, le propre de l'homme, propre dans le sens nettoyé ou beauté pure, paraît être que nous ne pouvons nous passer de notre conscience sauf momentanément ou à l'aide de subterfuges autodestructeurs qui invariablement nous ramènent à nous-même ou bien à notre mort. Plus nous sommes conscients, plus nous partageons la souffrance du monde, des êtres et du vivant, et plus nous augmentons notre lucidité, notre clairvoyance. Nous montons ainsi en grade dans la pseudo hiérarchie du conscient. La conscience, c’est cette saloperie qui nous colle au train, qui nous oblige et que des poètes trop lucides...
"Plis" par Lucie Nechanicka...
Ronds de rêve dans l'eau, ricochets, éclaboussures que des cailloux causèrent au bout de leur trajectoire… quoi donc encore mains sales et facétieuses ! Une main lave l’autre et les deux le visage, mais vous croyez-vous disculpées pour autant ? L’onde de tous les cailloux jetés dans la mer circule encore de nos jours, toutes nos vérités éternelles même murmurées à l’oreille, aussi, mais alors faiblement, si faiblement qu’elles sont devenues imperceptibles. Les paroles s’envolent dit-on, mais une onde, un son s'éteignent-ils vraiment ? Ou bien de plus en plus ténus...
Ronds dans l’eau Quand la pluie vient à tomberSur un large plan d'eauUne goutte et une autre d'abord y font des rondsQui bientôt s'élargissent,Et s'abordent de front Puis s'étendent encore Et conjoignent leurs dos. D'autres gouttes peut-être viendront leur faire écho Qui tombant à leur tour, À leur tour formeront Des cercles concentriques Qui s'entrecroiseront Avant de s'estomper, Se perdant sur le flot. À moins qu'ils rebondissent sur les bords de l'étang De la flaque, de la mareDe là se réfléchissent En arceaux s'inversantEt reviennent qui sait… En leur point d'arrivée. Tout ainsi dans la vie...
Tout passe devant nous, « corbillards familiers aux chromes éclatants » menant les morts à Corbeil, « étymologiais-je » doctement. Tout passe, « comme autant de troubles anciens, d'indifférentes peines et de lointains combats », soliloquais-je allègrement pas plus tard que hier. Pourtant, rien n’est innocent, tout laisse son empreinte, les cicatrices se payent un jour. Nous sommes marqués, au cours de nos existences, par des événements de toutes sortes et notamment par certains qui laissent des traces pernicieuses et nous empoisonnent sérieusement l'existence, d'autant que nous sommes plus ou moins...
Page du 12 septembre 2018 jour de victoire en déchantant
La vie défilait, les jours fuyaient à grand train. Tout passait devant nous, corbillards familiers aux chromes éclatants, hordes furieuses et femmes pressées sous une chape de peur. Tout passait, comme autant de troubles anciens, d'indifférentes peines et de lointains combats. La parade était sans fin, la foule, sans âme, et nos corps peinaient à vivre encore, ondoyant péniblement au rythme d'un souffle devenu court. Il nous restait encore tant de meurtres à commettre, de fourmis alignées sous nos pieds, offrant en sacrifice leur multitude à notre absurde et stupide inutilité. Nous avions toujours...
Bien sûr la vie, brève et fugitive, est tragique au final, mais qu’y faire sinon sourire et s’émerveiller malgré tout ? Ce n’est qu’un cul blanc de lièvre qui s’échappe furtivement dans la brume du petit matin. Constat biblique : nous ne laisserons pas plus de trace de notre passage que mes fourmis écrasées, qu’un caillou ricochant sur l’eau, qu’une hirondelle dans le ciel, qu’un lézard sur un rocher brulant… ou alors, peut-être, avec un brin de chance, le contour d’un corps à la craie sur le bitume, ou la tache de couleurs ternies d’un de ces incongrus petits bouquets de fleurs plastiques fatiguées...
Photo poussiéreuse d'Alexander Yakovlev...
Souffle Le vent portait des cris, sans noms et sans visagesEt frappait sa furie aux parois de ma cage.Je me savais de chair et lui, d'éternité,Avait vaincu la Terre et couché tous les blés. Je me voulais poussière, cendre des beaux joursQuand l'aube est un désert et l'âme, sans contours,Soulevé, ébloui, comme un songe dormantRenaissant à la vie sur un souffle géant. J'aurais vu ma lumière peinant au lointain,Qui sait tant ma prière et me chauffe les mains,Vaciller lentement de ses larmes de cireEt s'éteindre en coulant comme un chaud souvenir. J'aurais...
Les macchabées sont unanimes, la mort n’est plus ce qu’elle était : ils vous affirmeront qu’il vaut mieux mourir à la campagne qu’en ville, là-bas au moins, tout le monde sait que vous êtes au cimetière, alors qu’en ville, on se figure que vous avez déménagé. Vivre est finalement très superficiel, poussière d’étoile tu es, poussière tu demeureras. Cela revient à inscrire son nom sur le sable d’une île entre deux rives, entre deux néants. De plus, on a beau taper des pieds, nous n’écrivons pas nous-même, c'est le vent qui écrit tout ça, qui enfle les voiles, c'est le vent aussi qui efface, qui pousse...
Perdu dans la ville, un inconnu cherche son chemin. Silhouette immobile dans la foule affairée, les passants contournent l’obstacle ou carrément le bousculent. Il marche depuis longtemps et cherche depuis plus longtemps encore, mais là, il s’est arrêté. Un inconnu, qui restera inconnu, cherche, quelqu’un, quelque chose. Inconnu de tous, anonyme, transparent, transpercé par mille et mille regards. En ville, on a bien moins de voisins qu’au village, l'indifférence y est impitoyable. Pas une once de curiosité, pas un atome d'intérêt. Non, il retarde juste les passants qui ne font que passer encore...
Les religieux, les philosophes, les poètes, les scientifiques et les bloggeurs qui n’ont que ça à faire nous expliquent à leurs manières le monde où nous vivons. Il y a donc des milliers et des milliers de façons de voir les choses mais, toute description, interprétation, explication du monde qui ne prendrait pas en compte sa part d'absurde serait incomplète, voire fausse. A côté de cela, nous partons d’une donnée incontournable : quel que soit notre degré d’intelligence, de folie ou de sénilité, rien ne peut diminuer l'être, il est. A chacun d’être. L’autre ne peut que lui apporter plus, un plus...
Dans ce jeu à somme nulle qu’est la vie, le fléau de la balance s’incline d’un côté, puis de l’autre. Dans un premier temps, nous sommes d’abord naïfs, mais protégés ; puis protégés, mais exploités ; puis exploités, mais révoltés ; puis révoltés, mais bâillonnés ; puis bâillonnés, mais résignés, puis résignés mais indifférents, puis indifférents, mais libres, puis libres, mais tout à fait vieux. En fin de compte, on aura beau répartir notre vie sur les plateaux de la balance comme on l’entend, Yin et Yang oscillent puis finissent par s’équilibrer. Un être vit un être meurt Un être rit un être en...
Nul besoin d’être tatoué comme c’est la mode pour que notre corps raconte une longue histoire : chacun d’entre nous est « l’homme illustré » de Ray Bradbury. Nous avons tout le passé de la Terre enregistré dans chacune de nos cellules : l’histoire du monde et de l’humanité, c’est autobiographique en fait… Notre espèce inscrit un épisode explosif mais qui ne saurait être exceptionnel dans les milliards de galaxies de notre univers. Si nous portons tous en nous la genèse du monde, il y a belle lurette que nous l'avons oubliée mais elle est toujours à l'œuvre et continue son bonhomme de chemin. Comme...
Tic et tac et tic et toc, toc et toc et tic… En jouant joyeusement de sa sanza, ce petit « piano à pouces », le griot africain enseigne une sagesse vieilles de milliers et de milliers de nuits de pleine lune : « Si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras ; mais si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras jamais. Et si tu sais ça, fais-le savoir. ». Musicalement ou non, que ce soit ici ou là, je sais que vivre pose toujours un problème et je le fais savoir : c’est comme si tu devais apprendre à jouer d’un instrument et dans le même temps, tu devrais en jouer devant un parterre averti… ce n’est...
Ce que nous faisons est parfois en adéquation avec le contexte, parfois non. Qui d’entre nous ne s’est jamais reproché de faire n’importe quoi en se traitant d’imbécile ? Notre comportement peut paraître irrationnel par rapport à une tendance générale, voire par rapport à une ligne de conduite que l'on se fixe à soi-même, dans la mesure où il est tributaire de notre réactivité. Cela implique un temps de réaction adéquat : avec intelligence ou non, je fais ici et maintenant telle chose car elle me paraît nécessaire à cet instant précis. A ce propos, Jean Piaget définissait joliment l’intelligence...
Nous avons, vous et moi, du moins je le suppose, l’impression d’évoluer avec une certaine cohérence, d’être en général d’accord avec nous-même, de posséder une certaine unité. C’est un sentiment banalement partagé, n’est-ce pas ? Or notre pensée n'est jamais aussi « unifiée » qu’on se l’imagine, et elle me paraît même, à bien des égards, particulièrement contingente ou pour parler plus simplement, hasardeuse voire chaotique. Je ne sais pas si c’est votre cas, mais dans le mien, il y a une majorité de pensées qui ne m’effleureront jamais et dont je n'aurai jamais idée; de même, je n’ai aucune idée...
Nous autres Occidentaux tout en contradictions, nous nous sommes peut-être trop efforcés de définir le sens avant d'éliminer le non-sens. Malgré d'évidentes réussites dans les sciences, les arts et la philosophie, notre acharnement à établir le sens nous a souvent menés, encore un paradoxe, aux pires absurdités. Ne devrions-nous pas, modestement mais dans une démarche véritable, essayer d'abord d'identifier et d'éliminer les absurdités les plus évidentes, celles qui font l'essentiel du malheur des hommes sur toute la planète, et toujours rester conscient que nous ne résoudrons pas l'absurde par...
Page du 25 août 2018 jour de la poussière du temps
De ce trop court chemin Qui mène vers l’oubli, Je n'aurai conservé, isolés, fulgurants, Que des éclats épars, Dans tes yeux des paillettes À mon front une veine, De l'aïeule un sourire, Un bouquet de printemps… S’entrecroisent nos fils, Se nouent les filaments L’enfant babillant au berceau Et les Parques souveraines. Poussière du temps, barbe de trois jours. Même nos amours prennent mauvaise haleine. Le dos s’échine, la peau se fane Le cœur bat la charade aux forges du destin Mon premier est gambade Mon second incertain Mon troisième embuscade Et mon tout indistinct !
Le monde est ce qu’il est et ne saurait être autrement, il est parfaitement cohérent et n’est en rien absurde de par lui-même et, de mon côté, tout baigne, je suis zen et pénard, je me frise la moustache avec l’impression que tout va bien… mais c’est quand lui et moi sommes ensemble que rien ne va plus ! Je deviens alors autant surpris d’exister sur cette planète que Roquentin, l’anti-héros de « La nausée »… Notre insatiable désir de puissance a rendu nos lois humaines incompatibles avec les lois naturelles de nos origines. Roquentin, historien déraciné tout autant que Sartre, est pris d’un vertige...
Dur... Dur...
On passe une première partie de sa vie à ignorer si la vie a un sens ou pas et à s’en soucier comme de sa première couche-culotte ; puis ensuite, on se dit qu’il doit bien y en avoir un, alors on cherche, on cherche et puis on finit par renoncer et on fait semblant d’avoir trouvé pour ne pas avoir l’air trop con… Effectivement, comment trouver un sens à l’absurdité de nos vies ?... Par définition, notre vie n'a pas plus de sens que celle d’un cloporte, elle tourne en rond et patauge dans l’absurde… Soit ! Admettons même si ce n’est pas facile! Mais en revanche, rien ne nous oblige...
Je suis en colère ! Contre les cons, contre la guerre ! Contre tout et son contraire ! Mais qu’y puis-je ? Qu’y faire ? J’ai beau tenter vainement de me calmer, ma colère, une fois lancée, renverse toutes les barrières… Elle est là et bien là et se fiche de ce que j’en dis. De toute façon, même si je me demande bien ce que l’on fait ensemble, je dois vivre avec elle car elle vient de loin et a dû permettre la survie de quelques-uns de mes ancêtres ce qui me permet d’en parler doctement… Juste ou stupide, malgré quelques pauvres vertus, la colère est mauvaise conseillère. C’est ce que l’on dit dans...
Personne ou presque ne croît au loup-garou et pourtant il suffit de placer un homme derrière un volant pour qu’il se transforme aussitôt en un monstre fulminant prêt à régler son compte à la terre entière. On sait l’espèce humaine de nature vindicative et hargneuse mais tout de même pas au point de perdre toute raison pour un coup de klaxon. Eh bien si… Chacun d’entre nous juge stupides et ridicules les excités qui vocifèrent en montrant le poing par la portière, on en rit jusqu’à ce qu’on se surprenne à traiter de tous les noms d’oiseaux l’abruti, que dis-je ?... le connard, l’enculé ! qui vient...