Page du 31 décembre 2024, jour de Saint Sylvestre...
Au saut de l’an Dansent les bulles, levons nos verres ! Un peu d’folie, c’n’est pas assez ! Demain s'ouvre sur une autre ère Avant qu’maintenant soit du passé. Vaincre l’espace, mordre le temps… Avant qu’ l’an vieux ne soit plus qu’hier. Saisir le temps juste un instant Le temps se rit de nos frontières… Le champagne est pousse-au-crime, "Bonne année !" braille l'orchestre, On se souhaite bon millésime À la minuit de Saint Sylvestre. Dansent les bulles, levons nos verres ! Un peu d’folie, c’n’est pas assez ! Demain s'ouvre sur une autre ère Avant qu’maintenant soit du passé.
(Dessin de Leighton)
En relisant quelques-unes des publications de ce Cahier, je constate que je reviens souvent au triptyque "individu-société-espèce". Mon problème c'est que je l’écris dans ce sens et non dans l’autre comme le voudrait la logique collective qui fait de nous ce que nous sommes : celui qui dit "je me suis fait tout seul" est soit un idiot, soit un imposteur. En tout cas, nous sommes des "Hommes modernes" depuis au moins 300 000 ans selon la datation des plus anciens fossiles connus d'Homo sapiens découverts au Maroc sur le site de Djebel Irhoud… (- mais il en existe sans...
Page du 29 décembre 2024, jour des robots golems...
Si le plus pervers des tueurs en série peut aimer son pitbull, c’est que chacun de nous, pris séparément, est une bonne personne par moment. Mais lorsqu’on se retrouve au contact des autres, nous redevenons un extraordinaire mélange de glace et de feu, de haine et d’amour, de guerre et de paix. Certains auront l’humeur plus constante que d’autres mais pour la plupart, nous essayons de maintenir l’équilibre entre nos composantes. Ainsi, pendant que l’on festoie joyeusement près du sapin de Noël en attendant le réveillon de Nouvel An, le côté obscur de notre force poursuit ses guerres de par le monde...
Page du 28 décembre 2024, jour de trêve des confiseurs.
(Photo : Raising the Flag on Iwo Jima, par Joe Rosenthal)
La fête de Noël nous a bercés dans son message de paix universelle, ses cadeaux, ses panses bien garnies, mais je profite de la trêve des confiseurs pour savonner la patinoire et retourner le couteau à beurre dans la plaie. C’est par pur sadisme, j’en conviens, mais que voulez-vous, les guerres n’attendent pas : pendant que l’on festoie, elles continuent de tuer en Ukraine ou au Moyen-Orient. Comment accepter ces horreurs en dégustant des papillotes et en buvant du vin chaud ? Le reste de l’année, nous célébrons le 11 novembre ou le 8 mai...
Page du 27 décembre 2024, jour de l'odeur du napalm...
- Chef ! On en est à 57.000 morts dont 5000 graves, qu'est-ce qu'on fait ? - Continuez de cogner les gars ! J’suis pas encore sur la réserve. Ah… l’odeur du napalm au petit matin dans Apocalypse Now !… Ce film esthétique sur les horreurs de la Guerre du Viêt-Nam parvenait à nous la faire sentir… "J’aime l’odeur du napalm au petit matin. Une fois, on avait lâché une chiée de bombes, arrosé pendant 12 heures durant, et quand on est allé voir, on n'a pas trouvé un macab de Viet, y en n'avait plus un seul. Ça embaumait, cette essence, ça sentait bon. La colline sentait... Ça fleurait... la victoire."…...
(Photo de Vasiliy Ryabovol)
Que c’est beau Noël, ses illuminations et ses guirlandes, ses vitrines et son folklore standardisé… C’est encore plus beau sous la neige, on se croirait dans une boule de verre qu’une main gigantesque aurait agitée : les arbres deviennent des œuvres d’art sur pieds et la nature offre son écrin somptueux et serein à un message de paix qui se voudrait universel. Mais la neige embellit tout, le conte de fée n’est qu’un cache-misère car ce qui est dessous peut se montrer aussi cruel et stupide que protecteur et généreux. Voyez : il n’y a rien de plus aberrant que les...
Page du 19 décembre 2024, jour à tourner en rond...
(Photo extraite du film " Le jour de mon retour")
DSK sera d’accord : l’échange, comme pure règle, définit la spécificité du social mais au final, c’est seul que nous pensons ensemble. Les plus belles histoires, en tout cas, les plus importantes, sont celles que l’on se raconte à soi-même. Les échanges qui nous sont nécessaires ne seraient-ils donc la plupart du temps, qu’un marché de dupes ? Mais qui duperait qui ? Un jeu de miroirs alors ? Mais mieux vaut se méfier de ce que l’on suppose et encore plus de ce que l’on souhaite. Quand notre quotidien n’est plus que secrets et mensonges, nous...
Page du 18 décembre 2024, jour de l'esperluette...
(Illustration par Dan Wits)
"&"… d’accord, c’est le logo de France-Télécom mais c’est avant tout un joli signe de liaison. Il a le petit air compliqué de la clé de sol et en plus, on a quelque fois du mal à se rappeler de son nom. Vous l’avez sur le bout de la langue ? Ce n’est pas étonnant, c’est l’esperluette, une sorte de 27ème lettre de notre alphabet inventée par le secrétaire de Cicéron. C’est un superbe logogramme sensé nous réunir rapidement et solidement puisque les deux lettres de "et" se trouvent ligaturées. "&" devrait nous relier efficacement et faciliter nos échanges. À la base,...
(Photo : Aitor Frias & Cecilia Jimenez)
En dépit du bon sens, nous sommes nombreux à croire en un destin ou bien qu’un Dieu ou des divinités quelconques déterminent nos trajectoires. Mais, croyants ou non, nous faisons tous l'expérience de coïncidences qui nous déroutent parce qu'elles semblent résolument tourner le dos au hasard, comme si les circonstances qui surviennent à des moments précis de notre vie étaient orchestrées dans un but qui échappe à notre conscience. Nous avons tous rencontré "par le plus grand des hasards" des personnes qui se sont mystérieusement trouvées sur notre route...
Ah… vous me lisez ? Donc vous êtes là… Même si c’est surprenant, il y a les Autres avec leur A majuscule comme une branche d’étoile… je me disais bien que je n’étais pas tout seul devant cet écran isolant. Quel beau symbole graphique de la rencontre que ce Y de "il y a les Autres"… J’aime bien la forme convergente du Y et son point de rencontre. Si on Y regarde de plus près, il n’existe rien au monde que soi et les autres au sens large. Seuls les autres, qu’ils soient humains ou non, peuvent nous donner consistance. Ils ne la construisent pas totalement, ils l’informent et nous donnons sens à ces...
Page du 15 décembre 2024, jour félin (pour l'autre)...
Nous formons société où nous essayons de nous insérer même si nous la rejetons. Les autres m’en demandent beaucoup : ils veulent que je choisisse entre ma vie et eux. Je leur réponds "ma vie" car telle est ma nature. Et ils me tournent le dos en me traitant d’individualiste sans avoir compris que "ma vie", c’est eux… Nous en sommes à peu près tous là et nous cheminons de concert tant bien que mal. Les couples éclatent, la société se déchire mais les nations se reforment… La coexistence pacifique se tient précisément à égale distance de la juxtaposition et de l’intégration. Le problème est de trouver...
(Photo : Deanna DeShea)
"Il y a plus de choses dans le ciel et sur la terre, Horatio, que n'en rêve votre philosophie"… affirmait déjà l’Hamlet de Shakespeare. Nous avons des certitudes sur notre intelligence et sur notre supériorité qui font de nous les maîtres de cette planète, mais voyez par exemple, ces éléphants sauvages d’Afrique du Sud… Lawrence Anthony les a aimés, protégés et a offert d’immenses espaces à un troupeau menacé d’exécution, mais il meurt d’une crise cardiaque, le 2 mars 2012, dans sa maison de Thula Thula, à l’âge de 61 ans. Le lendemain, sa famille se réunit pour les...
(Photo de Donell Gumiran)
Je ne veux rien savoir s'il n'y a tout à comprendre... Je... moi... toujours la même exigence qui se prend pour Dieu... Je... Je veux être tout et tout de suite, je veux la rose avec les épines, je veux, sous la mousse, les cailloux et du ciel, toutes les pluies. Je veux me piquer de mots avec des ronces mais les roses sans leurs épines… En pleine contradiction, je me croyais solitude en mon donjon, d’un seul bloc solide, d’un seul tenant et me découvre multitude… Je tombe de haut et ne suis plus que poussière d’étagères peuplées d’hôtes affamés par milliards… Je,...
C’est propre l’humanité… Il faut le dire vite ! On a beau faire, chaque année, les gosses se prennent des poux à la rentrée… Nous nous douchons, nous nous savonnons, nous frottons jusqu’à l’os, nous éradiquons puces et poux jusqu’au dernier… Mais de quoi avons-nous donc si peur ? Que nos poux deviennent plus gros que nous et pèsent deux cent kilos ? C‘est prodigieux le progrès perpétuel… mais la perte de notre animalité et de toutes celles qui l’accompagnaient est-elle forcément un gain ?... D’accord, ils grattent, irritent, transmettent des maladies à l’occasion, mais ils existent depuis 115 à...
Page du 11 décembre 2024, jour mignon mais peu ragoûtant...
J’ai une voisine particulièrement charmante que je considère comme une amie tant nos présences virtuelles s’imposent même si nous ne nous voyons jamais. Il faut dire que nous partageons la même hâte d’ouvrir nos volets sur un jour nouveau, le même plaisir de nous lever tôt pour écrire, le même émerveillement toujours renouvelé devant le cadeau quotidien que nous offre la vie. La différence, c’est que son jardin extraordinairement prolifique sent la rose tandis que le mien a une odeur excrémentielle ces derniers temps… C’est Halloween toute l’année dans mes profondeurs malodorantes et les monstres...
C’est une maltraitance criminelle que d’imposer aux enfants une hygiène démentielle : ce n’est pas comme cela que ça fonctionne. Les naissances par césariennes, l’allaitement au biberon, la stérilisation systématique, privent l’enfant d’un héritage ancestral composé de milliards de bactéries maternelles. Ces bactéries initiales occupaient les territoires aseptisés du bébé et sélectionnaient les nouveaux arrivants attribuant ainsi au nouveau-né une identité bactérienne en principe équilibrée qui lui était propre autant qu’une empreinte digitale. Si le point de départ est faussé, il y a peu de chance...
Page du 9 décembre 2024, jour de rhume des foins...
(Photo d’Ivana Đorđević)
De nos jours, on plaint les paysans, mais c’est l’invention de l’agriculture il y a dix mille ans un peu partout dans le monde en même temps, qui a tout changé… Ce fut un bond technologique, scientifique et c’est le cas de le dire, culturel. Elle a permis l’apparition de sociétés plus complexes concentrées dans des villages puis dans des villes pour laisser les terres cultivables ou les pâturages disponibles. Cette nouvelle promiscuité était largement compensée par un contact permanent avec la nature. L’histoire de l’environnement agricole étalée sur des millénaires...
Même les climato-sceptiques les plus bornés ou les plus cyniques et hypocrites ont pris conscience de l’importance de la biodiversité et du rôle de chaque espèce à l’échelle de la planète. Ce n’est pas une nouveauté : nous avons simplement retrouvé le savoir des anciens qui enseignaient que la vie forme un tout où tout se tient. Les moustiques peuvent paraître superflus, voire nuisibles mais ils participent comme les autres à un équilibre biologique qui s’est construit au fil de l’évolution. Qu’une espèce vienne à disparaître brutalement ou au contraire, qu’une autre devienne envahissante et cet...
(Photo de Don McCullin - Se taper une souris)
Minou-minou-minou… Vous aimez les chats, ces tyrans domestiques magnifiques, ces chasseurs autant adorables que redoutables de cruauté et d’efficacité ? Ce n’est pas le cas de ma femme : elle ne peut pas les voir mais curieusement, si l’on vous rendait visite, votre chat viendrait directement se frotter à ses jambes en ronronnant malgré sa réprobation… C’est bizarre cette histoire : elle est systématique... En cherchant bien, il est vrai que mon épouse a parfois des intuitions mystérieuses, inquiétantes, voire diaboliques, il se peut que votre mini-diable...
Depuis que je connais l’importance de mon microbiote, je ne sais plus trop qui je suis. Auparavant je me demandais "qui suis-je" et comme Descartes, je me retrouvais pilote en mon navire et toute une littérature psychanalytique, de Freud, Yung à Lacan était là pour me renseigner sur mon identité. Mais quand la question devient "Qui sommes-je ?"… ou bien "Qui suis-nous ?"… il devient bien plus compliqué de répondre. C'est glacial d'un coup mais mieux vaut rester en bonnes relations malgré l’odeur. Connaissez-vous Wolbachia ? Si ce n’est pas le cas, vous devriez : on imagine nos stars célèbres, mais...
(Dessin d’Unger : "Pâte à pain ou pas, tu ferais mieux d'y aller et de me ramener mon flingue")
La science nous dit que notre microbiote est prépondérant pour notre santé, qu’il vaut mieux ne pas lui nuire et qu’il nous impose des comportements qui ne nous ressemblent pas forcément… Cela nous interroge sur notre véritable nature et les biologistes nous offrent quelques éléments de réponses : on sait après expériences, que des souris dotées d’un microbiote intestinal affaibli sont plus agressives et prennent beaucoup plus de risques que des souris à la faune intestinale normale. En inversant...
Pour sauver sa peau, mieux valait ne pas être tatoué du temps de la Shoa : des nazis en faisaient des abat-jours… Si les relations que nous entretenons avec la faune et la flore qui prolifèrent sur notre peau sont plutôt superficielles et se font épisodiquement à coups de douches, de savonnettes, de corps gras, de maquillages ou d’encre de tatouages, il n’en est pas de même dans nos profondeurs : les interactions avec nos endoparasites se font plus intimes et plus complexes. Nous les considérons avec une grande méfiance et un certain rejet méprisant quand on ne les prend pas pour le diable. Comme...
(Dessin d’époque de Bill Abbott)
Nos lointains ancêtres du temps de Cro-Magnon menaient une existence très saine et gambadaient en plein air. Ils n’avaient jamais entendu parler de pollution mais ne vivaient guère vieux pour autant. Ils avaient pourtant pas mal de connaissances en médecine puisque nous avons la preuve qu’ils savaient réduire une fracture ou même, procéder à une trépanation. D’autre part, des traces de plantes aux vertus médicinales laissent supposer que leur médecine par les plantes devait être relativement développée. Ils n’avaient guère de temps pour développer un cancer...
Lundi matin… C’est pas le tout de rigoler, faut aller bosser maintenant… Bon, d’accord, c’est surtout valable pour les smicards, les paysans et les artisans qui tirent la langue, si on devenait riche à milliards en travaillant, ça se saurait. Et pour qu’il y ait quelques riches qui continuent à dormir, il faut beaucoup de pauvres qui transpirent. Les maigres biens que possèdent les pauvres, tout ce qu’ils ont construit, c’est grâce à leurs litres de sueur. Les très très riches ne sont riches qu’en détournant la richesse commune vers leurs poches, ils ne transpirent qu’allongés au soleil. Mais que...
Vous prenez la plus belle fille du monde, elle se douche, se pomponne, se fait belle, puis vous regardez sa peau au microscope électronique et vous vous retrouvez dans un film d’horreur. On s’agite, on mange, on dort et pendant ce temps, dans l’immensité prodigieuse de nos territoires intérieurs ou sur notre peau, la vie grouille : même si on se lave en se frottant à mort, les trente ou quarante mille de milliards de bactéries qui nous habitent forment la base d’une pyramide du vivant. Elles constituent un terreau nourricier pour des formes de vie plus élaborées qui, à leur tour, prolifèrent avant...