Nous vivons en société depuis si longtemps qu’il nous est difficile d’envisager un autre mode de vie même si chacun cultive le mythe de son petit havre de paix loin du fracas du monde. Mais n’est pas Thoreau ou Chris McCandless, le héros réel de « Into the Wild », qui veut. Société est un excellent Roquefort mais c’est aussi un... système social et plus particulièrement un système rétroactif où les effets rétroagissent sur leurs causes : ce n’est pas une machine à remonter le temps mais plutôt notre futur qui modifie notre présent puisque l’on agit sur les causes actuelles dans l’espoir d’effets...
Où allons-nous ? Dans un mur ou vers l’abîme ? Vaut-il mieux le décider collectivement ou au niveau de chacun ? Je pense sérieusement que l'anarchisme est une saine et belle solution mais que l'humanité n'est pas du tout prête. Le fait qu'elle ne soit pas prête incite un tas de politiciens, qui eux se croient prêts, à décider que ce qu'ils souhaitent est bon pour tout le monde... Il se peut que, parfois, elles aient raison contre l’avis général mais les erreurs de nos grosses têtes dirigeantes se font bien souvent au détriment du petit peuple et, contrairement à ce qu’elles pensent, le petit peuple...
La rue est bruyante ces derniers temps, de grands enfants colériques y côtoient de braves retraités démunis et indignés en jouant à la guerre. Entre deux charges de CRS, ces gamins pensent pouvoir changer le monde en changeant de trottoir. S’il peut être honorable de prendre des pavés et sa destinée en main pour défendre une dignité bafouée ou sa liberté malmenée, il est beaucoup plus contestable d’essayer d’élargir les voies à coups de boutoirs d’engins de chantiers en défonçant banques et ministères. Comment l’homme de la rue pourrait-il trouver suffisamment de maturité pour peser sur la marche...
On entend dire ici ou là que les Gilets Jaunes sont un mouvement anarchique et il est vrai qu’il part dans tous les sens à la satisfaction, inquiète malgré tout, des tenants du système. Les deux tendances qui semblent se distinguer, l’une antisystème qui veut tout faire sauter et l’autre qui demande plus de poids collectif dans la marche du pays par référendum, n’ont pas grand-chose en commun à part leurs gilets jaunes qu’elles ne voudront lâcher ni l’une, ni l’autre. Mais « anarchique » est un qualificatif hâtif (et tiré par les cheveux) : bordélique oui, anarchique non. Ce qui pose problème à...
Le combat des Gilets Jaunes peut paraître pathétique, voire ridicule par sa désorganisation : on sait que la discipline fait la force des armées et la leur rappelle plutôt les Gaulois de Goscinny mais sans potion magique. Il n’en est pas pour autant méprisable car, quand on ne s’appelle ni Xi Jinping, ni Poutine ou Trump, qui de nos jours a encore le sentiment de pouvoir peser sur la marche du monde ? Il nous semble que tout ce que nous ferons ne peut pas modifier cette marche inexorable un peu comme les moucherons, même nombreux qui viennent s'écraser sur un pare-brise ne modifient ni la vitesse...
L’aventure n’est plus l’aventure… Que nous reste-t-il à explorer ? L’espace est bien trop loin et nous avons fait le tour de la planète des millions de fois. Il y a bien quelques îles perdues à contaminer au large de l’Inde mais les autochtones vous truffent de flèches si vous voulez leur serrer la main. Exit les vieilles conquêtes héroïques : à l’Ouest, rien de nouveau ! Il nous faut nous délier du poteau des supplices pour nous retrouver sans but, presque sans délices savoureuses. Juste avec nous-même et cette soif d’aventure inassouvie : quelle injustice ! Il n'y a ni justice, ni droit dans...
Bonne année à tous ! et bienvenue en l’an 2 de la Macronie… Manifestement, je ne suis pas le seul à commencer l’année avec la gueule de bois… C’est bien sûr la faute à Macron ! Je le remercie ici pour ses « veux » volontaristes mais il commet trop de cagades… A la tolérance des premiers mois a succédé l’impatience des premiers résultats. Il est vrai qu’il n’y a pas de formation particulière pour être Président, c’est un apprentissage de chef d’orchestre qui se fait sur le tas, c’est-à-dire nous : du jour au lendemain on se retrouve à la baguette avec un pays sur les bras. Nous avons plus ou moins...
A chacun ses drogues : même si ce n’est pas perceptible au premier coup d’œil, j’ai choisi la dérision et la rigolade. Les sages et les philosophes ont bien pensé à la méditation ou à une réflexion existentielle; mais c’est bien trop lent, trop laborieux, pas assez performant ! Une conscience évoluée nous fait considérer l’idée de la souffrance et de la mort avec sérénité mais par contre, une conscience que j’estime supérieure nous donnera l'art d'en rire comme lors des enterrements, de faire, de son vivant, le deuil de sa propre mort… A chacun de décider au seuil de chaque année comme à chaque...
Au bout du bout d’an et avant le boudin et les vœux frais, voici venir l’heure des bilans. Sanguins par ci, sans gains par là. C’est le moment de répondre à la banale question: « qu'avons-nous donc fait de cette année passée ? ». Au bilan donc, qu’avons-nous sous nos yeux effarés ? Une économie qui ne peut persister du point de vue écologique, des pressions que les individus ne peuvent plus supporter du point de vue psychique, des logiques d’exclusion inacceptables du point de vue éthique, des formes d’austérité indéfendables du point de vue politique, des flux de récits et d’images sans contrôle...
Noël est passé… On se retrouve dans le no man’s land d’entre deux fêtes, entre la bûche et le boudin blanc. Des forêts de sapins clignotants ont poussé sur nos écrans débordants de cadeaux colorés et de rubans en perruques… un peu de neige en poudre, de l’or, de l’argent et les yeux des enfants qui brillent… On affiche son bonheur, on partage sa richesse, on vit, on meurt, des gens pleurent, on se marie et l’on rit. C’est la vie dans toute sa superbe banalité. Il n’y a rien à en dire, mais on tient à ce que ça se sache. Même sans son talent, en Raymond Devos à la petite semaine, nous avons bien...
JOYEUX NOEL A TOUS !!!! ça-y-est, les jours rallongent… Maintenant que je ressemble de plus en plus au Père Noël, je vais faire comme nombre d’entre nous cette année : je vais mettre mon bonnet rouge qui clignote et enfiler un gilet jaune (euh… virtuel car les vrais sont franchement trop moches), et le poing levé, je vais aller protester haut et fort contre le système ! Et toc ! Contre les pourris, les exploiteurs et les corrompus ! Et vlan !… Certes je suis pathétique, mais y-en a marre d’être pris pour une bille à me faire arnaquer ! Je garde mon nœud-pap, noblesse oblige, et pour vous, mon nom...
Photo de Tracy Caldwell Dyson dans la coupole de l’ISS
Depuis une vingtaine d’années, des anges gardiens font leur ronde et veillent sur nous à 400 km au-dessus de nos têtes dans la Station Spatiale Internationale. Etrange expérience pour des humains… Fragiles et chétifs, séparés de la mort et de l’immensité du vide par une mince couche de métal, détachés du monde dans leur bulle, en apesanteur, ils sont aux premières loges pour contempler notre planète bleue et pour savoir à quel point nous sommes faits de hasards et de nécessités. Se retrouver ainsi en orbite à faire sans cesse le tour de la...
« Y-a d’la voix ! Bonvour bonvour les virondelles ! Y-a d’la voix !» braillais-je sous ma douche ce matin… Vous en connaissez, vous, des virondelles joyeuses ces temps-ci ? Elles triment et en bavent toutes leur vie et, malgré le glyphosate et les pesticides, vous les entendez gazouiller à tout va… Sont-elles joyeuses ou innocentes ? Nous en tout cas, nous sommes coupables, la Bible en est certaine : nous avons ouvert les yeux et nous ne pouvons plus les refermer. Au début ça pique un peu mais au bout d’un moment ça devient une véritable torture. Notre joie s’appuie sur une lucidité forcément douloureuse....
Et si l’on chantait ?!!! On peut chanter en chœur, à l’unisson ou en canon, en buvant un canon aussi et en levant son verre ou l’on peut tout autant beugler joyeusement sous la douche. Quand quelqu’un chante, même si sa chanson est triste, il est d’un seul tenant, unis, sans quoi son chant s’étoufferait en un sanglot. Le chant est l’affirmation de sa joie même dans les pires moments. Il vous agglomère : le chanteur se fait d’un seul bloc quand bien même il chanterait sa déchirure, cette blessure permanente qui peine à cicatriser. L’époque n’est plus à chanter et c’est dommage, on en a un peu oublié...
La terre si bleue, si belle, baigne dans l’immensité noire de l’espace. La lune, son enfant, l’accompagne dans une ronde sans fin. Sinon, quel silence, quel calme, quelle solitude… Noir c’est noir, il n’y a que du noir jusqu’aux confins de l’univers mais dans la palette des couleurs qui égayent notre planète, on passe de la vie en rose ou de ce noir qu’on peut broyer, à la vie en bleu. Notre planète est merveilleusement bleue, du plus beau des bleus et on y vit. Ah bon… la vie est bleue ! Elle ne serait donc pas rouge sang ? Mais alors, bleue comment ? Comme une orange d’Eluard ? Comme les berceaux...
Martinus Von Biberach, obscur et manifestement joyeux clerc allemand du 15ème siècle dont j’aime beaucoup le nom, n’a rien fait d’extraordinaire dans sa vie mais il a pourtant laissé en guise d’autoportrait un quatrain qui lui a largement survécu bien que certains lui en contestent la paternité : « Je vis, et je ne sais pas pour combien de temps, Je meurs et je ne sais pas quand, Je m'en vais, et je ne sais pas où, Je m'étonne d'être si joyeux. »
Il n’est pas tout à fait mort puisque ces quelques mots encore plus beaux en allemand suffisent à sa gloire posthume… C’est à la fois dérisoire et prodigieux....
Page du 17 décembre 2018 jour du bonheur obligatoire.
Au petit Royaume du Bhoutan enclavé dans l’Himalaya, le bonheur est obligatoire, encadré et quantifié par la loi… Quand le bonheur vous est ainsi imposé, on n’est pas loin de la dictature. Ce n’est surement pas le cas chez nous… Ah non alors !… nous sommes libres, on a le droit d’être malheureux … quoi que… Ici, la vie nous aspire et son désir est sans limite quand bien même nous n’aurions aucune prétention. Le désir rode dans le froid autour de nos maisons comme un loup affamé et effrayé. On entend ses hurlements sinistres. Noël approche suivi comme son ombre par le Nouvel An… Joyeux ceci ! Joyeux...
Il est devenu difficile d’être joyeux, cela se mérite et c’est un vrai travail sur soi. La faute en incombe pour une bonne part à un trop plein d’informations, vraies ou fausses, plus sinistres les unes que les autres mais qui, en tout cas, vous savonnent la planche et vous cassent le moral. Nous sommes mal équipés pour subir cela. Où est-il le bon vieux temps de la rumeur et du bouche-à-oreille qui vous faisait savoir qu’une vache avait vêlé un veau à deux têtes dans le canton voisin ? Le veau avait le temps de prendre une ou deux têtes de plus en chemin. Tandis que de nos jours, non seulement...
Ce monde est fou ! Nous sommes tous de grands malades, nous avons perdu la tête, nous sommes cernés par les cons… En tout cas, c’est ce qui se dit dans les bars d’Internet et ce que je répète à l’envi . Ce monde est peut-être fou mais il n’en est pas moins prodigieux… Mais pour être malade, il faut d’abord être, pour perdre, il faut d’abord avoir reçu. Sommes-nous pleinement nous-mêmes devant nos écrans ? Recevons-nous le monde comme il le mérite ? Ne sommes-nous pas morts au présent en nous sacrifiant à l’immédiat ? En fait dans la vraie vie, nous mourrons chaque jour un peu plus et nous n’en...
Page du 14 décembre 2018 jour d'enterrement à Ornans
Hier soir un homme est mort et je m’en suis réjoui. J’en ai eu honte un instant, mais juste un instant… guère plus. Je me suis dit qu’en passant à l’acte, ce terroriste était déjà mort, qu’il n’était pas plus vivant que la viande que je découpe dans mon assiette, qu’il était né au-dessus d’un tombeau. Comment puis-je me réjouir de la mort et même la trouver savoureuse ? Comment ce type a-t-il pu préférer la mort plus que la vie au nom d’une croyance ? Quand une croyance vous pousse à aimer la mort plus que la vie, il est légitime de se poser des questions sur cette croyance. Si ce meurtrier était...
Page du 13 décembre 2018 jour de la rue des Orfèvres
Photo du souvenir par Kevin Carden
Il y a plusieurs manières de réagir à distance à un drame qui vous touche de près : ma femme et moi avions le nid d’amour de nos belles années dans l’immeuble rue des Orfèvres devant lequel les Strasbourgeois déposent leurs petites bougies du souvenir… De voir cette rue avec tous ces étendards colorés ainsi ensanglantée me trouble et saccage ma mémoire. Les amitiés alsaciennes sont indéfectibles et tout mon être participe à la douleur de cette ville magnifique. Mais quelle réaction avoir ? Œil pour œil ? On finit tous aveugles… Effacer les taches de sang ? Elles...
Voir la vie en rose, fêter tous les jours la Saint-Valentin, c’est bien gentil, mais ça n’a pas trop réussi à Edith Piaf… pourquoi l’amour serait-il forcément rose et sucré ? Le rose ne sert qu’à imposer le silence à ce qui est rouge dans l’amour, à en atténuer la brûlure, à en cacher la violence. Le rouge est sur toutes les lèvres. Même s’il n’est pas forcément à mon goût, le rouge n'est pas une couleur, c'est LA couleur des couleurs. C’est l'archi-couleur, l'hyper-coloris, celle qui dit à la fois le sang et la révolte, le feu et la passion, la divinité et les maisons closes, c’est-à-dire la vie...
Si on raconte son bonheur, on le diminue racontait Marcel Achard… Si mon bonheur dépend de ceci ou de cela, il est finalement peu de chose et bien précaire. Tandis qu’à l’opposé, ma joie est sans condition. Dostoïevski, fin psychologue, avait décelé qu’il fallait aimer d’abord pour que me soit donné ce que je possède déjà sans le savoir. Le drame le plus partagé au monde n’est pas de manquer de tout ou de mourir de faim, c’est de ne pas recevoir ce qui se donne à soi. Dans ce sens, le bonheur serait d’avoir la chance d’être aimé tandis que la joie serait d’aimer d’abord tout ce qui est pour donner...
Beaucoup d’entre nous en sont venus à penser que la vie est un combat, qu’elle est une faille, un front, une lutte, une résistance, un effort où les humains finissent par se révéler. Dans cet affrontement, nous nous révélerions à nous-même autant dans la souffrance que dans la jouissance. Mais pourquoi ne pas prétendre à la connaissance de soi dans le bonheur en éludant l'être dans le malheur ? Sade en sourirait… il faisait semblant de tout simplifier : la jouissance, c’est le bien, la souffrance, c’est le mal. Pour ensuite déshabiller tout ça et tout mélanger dans une gigantesque partouze: la...
Page du 9 décembre 2018 jour des ennemis intérieurs
Sages ou pas, il n’y a pas plus philosophes que les enfants. Rassurez-vous ! La philosophie n’a jamais empêché les bêtises, petites et grosses. Les gosses naissent d’un bloc mais cet Eden inconscient ne laisse aucun souvenir. Je revisite là des mythes anciens mais tout n’est pas faux dans la Bible. Les souvenirs ne viennent que progressivement à partir du moment où l’enfant commence à se regarder faire, sentir, vivre. Dès lors, il s’interroge sur sa condition et sur la vie. Aucun clivage, aucune séparation ne se fait sans douleur, nous l’expérimentons très tôt. Il ne faut pas méconnaître le mal,...