La « réussite » n’est pas qu’un petit jeu solitaire pour faire passer le temps, elle occupe toute la vie d’un grand nombre de personnes. Celles qui réussissent sont souvent celles qui n’ont pas manqué les occasions ce qui est un talent apprécié des avant-centres au football. À propos d’occasions, on devrait songer aux voitures : il y a les bonnes et les mauvaises : il ne faut pas non plus voir des opportunités partout. La vie n’est pas réglée comme une administration : ce ne sont pas des formulaires tout prêts qu’il nous est donné de remplir, mais des journées inédites, jamais vues même au fond...
Je veux gagner ! Je veux réussir, être admiré ! Je veux régner, voyager, être aimé, riche et adulé ! Et ceci et cela aussi ! Et heureux en plus... Cela ne sert à rien de dire « je veux ! Je veux ! » en trépignant comme un gamin si on ne le dit pas au bon moment. Le sens du rythme et la faculté d’anticipation sont nécessaires aux gens qui veulent dévorer le monde et la vie, sinon ils sont ridicules. Nul ne peut prévoir tous les événements possibles, mais on doit pouvoir s’adapter à celui qui se concrétise. Cette faculté d’adaptation est la règle d’or de notre espèce et de nos dirigeants en particulier....
Et toi, si la vie et tes efforts t’avaient perché au sommet de l’échelle et qu’il te faille choisir entre la puissance et la gloire ? Que déciderais-tu ? Le pouvoir ? La reconnaissance ? Les deux ? Même notre jeune énarque de président hésite à répondre et l’on voit les difficultés qu’il rencontre… Pourtant, il démontre chaque jour que le désir de conquérir ne peut être détaché du plaisir de s’affirmer. Lancé comme il l’est dans son Grand Œuvre, peut-être devrait-il méditer plus souvent sur la célèbre devise des alchimistes : « Vouloir. Savoir. Oser. Se taire ». Pour faire ce qu’il a à faire, la...
Ah ! Réussir ! L’air des cimes... L’ivresse des sommets… Nous bougeons sans cesse, même pendant notre sommeil, mais un être humain n’est plus en mesure d’évoluer, non pas parce qu’il atteindrait ses propres limites mais lorsqu’il s’entend dire qu’il a « réussi ». La réussite vous statufie de votre vivant dans une rigidité de marbre blanc. À de rares exceptions près, le premier péché de l’homme d’action saturé d’ambition est le besoin de gratification sociale, c’est, son point faible. La plus part du temps ce désir est plus motivant que l’argent. L’homme a encore plus de penchant pour le paraître...
Page du 9 novembre 2018 jour des chevilles qui enflent
Le goût de l’exceptionnel peut tenailler quelqu’un au point qu’il en aimante les conditions. Prendre ses désirs pour des réalités est absurde mais parfois ça marche. Certaines personnes atteignent la plus haute réussite sociale parce qu’elles ont l’intime conviction qu’il ne peut en être autrement. Même si en ce moment on y trouve un superbe spécimen, inutile d’aller aux Etats-Unis pour en rencontrer, nous avons les mêmes chez nous. Le succès les emplit tout entier et ne laisse la place à rien d’autre. Cette certitude orgueilleuse ressemble à de l’autosuggestion : ils sont lisses comme des pierres...
La vie est injuste : certains font preuve d’une santé insolente quand d’autres sont accablés par tous les maux. Les premiers vont courir tous les matins quand les autres doivent s’aliter. Mais j’ai une certitude : s’il est bon de prendre son temps et de jouir de l’instant, l’action est bénéfique préventivement et est un remède à nos maux. Six rots contre la toux suffisent à la soigner. On disparaît dans l’action bien plus sainement que dans les drogues dures mais le sevrage peut être aussi douloureux quand la vie vous l’impose. Depuis quinze jours il pleut sans discontinuer sur la belle Provence...
Tout comme David Bowie, les Beatles ou Aldous Huxley, rien que ça… je suis admiratif du parcours en quête de vérité au travers de « pays sans chemins » accompli par Krishnamurti: rares sont ceux qui comme lui se sont valorisés en passant du statut de messie à celui d’homme libre affranchi de toute origine, nationalité, culture et religion. Il a judicieusement cerné l’ennemi de notre épanouissement et de notre bien-être : pour lui tous les conflits d'ordre psychologique trouvent leur origine dans la volonté. Vouloir avoir, vouloir être ce que l'on n'est pas ou bien, au contraire, ne pas vouloir...
Merci au génial Jim Unger pour son désopilant Herman...
Vouloir, réussir, gagner, non seulement gagner mais en plus piétiner, écrabouiller, anéantir… Dans ce monde de brutes et de compétitions, nous glorifions la volonté, celle qui est la marque des vainqueurs, ceux qui ne renoncent jamais, ceux qui vont jusqu’au bout... Pourtant le vouloir farouchement ne suffit pas à vous rendre heureux et dans certains domaines, c’est même le contraire. Le golf, par exemple, est le sport le plus paradoxal qu’il nous soit donné de pratiquer. Si l’on veut vraiment que notre balle aille loin, il faut ne pas le...
On aime se faire peur, l’adrénaline nous stimule et devient vite addictive. On s’y conditionne dès l’enfance à force de balais de sorcières et de monstres sous le lit, d’ogres et de loups garous, de trains fantômes et de films d’horreur. On conjure notre peur une fois par an à l’époque d’Halloween et puis on la nie ; nous rangeons tous nos déguisements au placard. Il est vrai que sans fusil devant la charge d’un fauve, on ne fait pas le malin, on a intérêt à cavaler à toute allure même si cela est devenu plutôt rare de nos jours. Par le passé, notre espèce a bien plus longtemps été proie que prédatrice...
Le plus souvent on avale le temps sans même le goûter mais p arfois, le temps semble s’arrêter, comme suspendu et un bien-être inattendu se distille dans vos veines comme une drogue bienfaisante sans pour autant que l’on soit yogi ou adepte de la fumette. Krishnamurti nous explique que rares sont les instants bénis durant lesquels il nous est donné spontanément de savourer un authentique goût d'éternité. Si cela nous arrive par surprise de temps à autres, c’est que ces rares moments existent. Ils pourraient être beaucoup plus fréquents si l’on voulait. A part neuf mois de répit dans le sein maternel,...
Les histoires que nous nous racontons devant notre miroir s'écroulent régulièrement devant la réalité que nous vivons. Mais notre sens de l’esquive est remarquable, notre imagination trop fertile et notre inventivité à toute épreuve et cela ne nous gêne en rien pour continuer. Non seulement nous pouvons prendre des vessies pour des lanternes, mais nous ne nous étonnons pas d'uriner à côté de la cuvette parce que la lanterne susmentionnée n'éclaire rien du tout... D'où, d'ailleurs, l'idée bien plus noble de châteaux en Espagne auxquels je préfère toutefois les palais bretons. Mais les goûts et les...
La clairvoyance n'est pas à compter au nombre des privilèges, c’est une anomalie, voire une maladie dans le règne animal : elle permet juste de mieux voir l'absurde en toute chose et parfois même jusqu’à distinguer l'absurdité acidulée d'une totale identité troublée par le néant(!). Lucidité… rime parfaite d’absurdité. La raison se heurte à un mur ou une sorte de vitre incassable en verre cathédrale. Qu’importe sa matière, c’est l’accident qui fait tout. Et plus la pensée est rigoureuse, plus la douleur est forte. Mais un choc ne se fait jamais sans quelques bénéfices : il paraît qu’en se tapant...
Ça y est, c’est fake ! Euh… c’est fait ! Sous ses habits de vérité et à la suite de patients efforts, le mensonge occupe dorénavant le terrain (ou presque). Ce fut un travail de longue haleine mené depuis que le monde est monde mais il est enfin récompensé. La vérité toute nue n’ose plus sortir de son puits en ces temps de pudibonderie exacerbée. Pour servir les intérêts de quelques-uns et pour faire passer la pilule, « on » nous promet l’impossible depuis des temps immémoriaux ; pour nous distraire de nos misères bassement terrestres et servir d’autres intérêts, certains osent même nous faire...
"Réservation" Photo de Gilbert Garcin.
S’entraîner à mourir est du plus haut ridicule, aucun exercice ne saurait nous y habituer, aucune fête nous y préparer, aucun exorcisme nous l’éviter ; pour tenter de l’accepter, mieux vaut en rire et faire ses footings dans les cimetières sur les traces d’Harold et Maude. Là-bas, quand la lumière éclaire le noir et le mystère, des vers surgissent parfois là où les mots palissent puis s’effacent… Au soir d’Halloween Le soleil roulait une pelle à l'horizon De la pulpe sanguine éclaboussait le ciel Sur le lieu des morts on poussait l'oraison D'un cadavre tout...
Oscar Wilde a vécu en cédant à la moindre de ses envies. « Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder » se disait-il pour accabler un peu plus sa conscience malmenée. Il n’a pas fait de vieux os. Avec ce genre d’approche, soit on tombe, soit on fait un pas en arrière ; de toute façon, on ne peut marcher longtemps au bord du gouffre. Pour conserver son équilibre et avoir une chance de s’en sortir, il faut commencer par s’exercer. A l’occasion d’Halloween et de son folklore macabre, on commencera par un exercice simple et facile: « Imaginer que vous allez mourir ». Durée : 5 à...
Que font donc les hommes sur la Terre ? Franchement, c’est risible… Ils naissent par hasard, ils grandissent sans le faire exprès, ils vieillissent par habitude et meurent par inadvertance. Le reste du temps, ils conjuguent le verbe attendre à tous les temps du passé, du présent et de l'avenir... Attendre... pécher à la ligne dans le néant... En gros, et en résumé : une fugace insignifiance... Et nous en faisons tout un plat ?!!! Au menu du jour, nous avons : réveil, quête du sens, petit déjeuner, quête du sens, repas de midi, quête du sens, repas du soir, quête du sens, dormir, rien, réveil, quête...
Les yeux à vif, brûlés de lumière, une larme salée coule sur la joue, glisse au coin des lèvres , rejoint torrents et rivières … ce n’est pas bien grave de pleurer, c'est le sel de la terre… « La lumière sèche , dit Héraclite, crée l’âme la plus sage et la meilleure . ». Héraclite n’est qu’un obscur sadique pas particulièrement sympathique mais il a une pensée aussi trouble et profonde que son fleuve. Pour lui nous sommes là où ça fait mal, au centre du combat entre l’eau et le feu. Depuis que je sais nager et lire, je barbote dans l’entre rien et tout, entre les deux rives de son fleuve au flux...
Une vie en kit Aux matins de l’enfance, le regard encore pur, J’épuisais l'insouciance de ma bonne nature. Mes grands yeux conquérants pétillaient de malice Et posaient droit devant leurs bravaches iris. De pages écornées, en amas de poussière. Le temps a vite passé, alourdi les paupières, J'ai levé vers les cieux l’incertaine vision, Imploré tous les dieux, égaré ma raison. A présent, dans les rues que l'asphalte déroule, J’ai reposé la vue sur ces traces qui coulent, D'impuissances humaines en fétides vapeurs, Vers l'égout que les peines emplissent de tumeurs. Puis demain, par le sort qui lacère...
Pourquoi ? Pourquoi tu pleures? Parce que j’ai ouvert les yeux… Mais bon sang, que tu as l'œil à vif ! Use de tes paupières, pour atténuer un peu ta souffrance ! Nous les baissons bien trop souvent : même quand on n'y voit rien, nous baissons trop les paupières. Moi, je ne voulais que naître aux torpeurs du futile…. De l'être qu'en est-il ? La vie est-elle une île ? Très tôt la question s’impose, la question inféconde qui ne cesse, pot de glu, d'empoisonner son monde et pique et plonge profond et tord, empoisonne, inonde… D’un côté, l’inconscient distord ou occulte le réel en vue de se protéger...
Page du 25 octobre 2018 jour des erreurs de la nature.
Comment refuser de voir que la conscience humaine est l’une des erreurs les plus tragiques de la nature ? Les accidents sont les éléments de base de l’évolution mais là, elle a poussé le bouchon un peu loin : nous sommes devenus trop conscients de nous-même au point d’en être monstrueux. Un peu de conscience, ça va, mais trop, bonjour les dégâts ! A vouloir toujours faire mieux, la nature a absurdement créé un aspect d’elle-même qui ne lui appartient plus et ce n’est pas très malin. L’intéressant de la vie n’est pas dans les atomes qui la composent mais dans l’intelligence embarquée, le génie de...
Même si dans mon idée, le but est louable, j’use de violence à me saouler d’apocalypse, à me gaver de fin du monde, à affirmer que l’humanité disparaîtra et c’est par là qu’il me faut commencer. Réfléchir sur la violence, c'est appeler immanquablement la non-violence dans son miroir, c'est à dire à être idéaliste. C'est systématiquement refuser de voir l'omniprésence de la violence pour envisager sa disparition dans un monde fantasmé, dans un incertain futur où s’épanouirait un mythique homme nouveau. C'est ainsi que nous nous leurrons : c’est ce que nous faisons depuis des lustres avec l'absence...
Page du 23 octobre 2018 jour du syndrome crépusculaire
La seconde viendra où tout sera fini, Où la dernière goutte d’eau se sera asséchée, Alors… Aux confins de tous les déserts, Là où la nuit s’éclairera de lueurs fantastiques, de flammes diaboliques, Les colonnes de feu tant annoncées pourfendront les cieux… Déjà dans ce monde en surchauffe débute l’agonie... Celle qui, peu à peu, nous brûlera les yeux, nous pliera de douleur... Chacun vivra sa liquéfaction comme il l'entendra. Certains scruteront ardemment l'improbable déchirement du ciel, Dans l’espoir d’une intervention divine, D’autres attendront patiemment, Nichés au cœur des derniers genévriers...
Photo à porter au crédit de Florian Weiler.
Nous passons nos heures ordinaires à plonger en spirale dans l’entonnoir de l'espérance friponne, cette pisseuse qui inonde en jets drus l'instant qui succède aux petites morts. Pourvu qu'elles nous soient douces. Mais l’espoir n’est plus ce qu’il était, il a changé de nature… Ré suscitons l'espoir ; l'espoir de ... ? Toi qui connais la vie… dis-moi, le sais-tu ? On dirait de l'attente mais dans quelle soif de perspective ? Où se cache-t-il ? Toujours dans ce minuscule puits de lumière tout là-haut en haut de ses cuisses ? On ne voudrait pas crever la...
« Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. »… Tel est l’incipit célèbre de « L’étranger ». Dans son roman, Albert Camus ne contredit pas les Mayas : en Meursault, son héros, il voit un type de passage ici-bas, « un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres ». En effet, durant l'enterrement de sa mère, le soleil y joue un rôle important, tout comme lors du meurtre sur la plage : « J’ai dit rapidement, en mêlant un peu les mots et en me rendant compte de mon ridicule, que c’était à cause du soleil. ». On ne sort pas des énormités pareilles impunément...
On a longtemps cru que les auteurs des textes bibliques qui rapportent l’apocalypse étaient des marginaux, de précoces amateurs de science-fiction sans aucun pouvoir. Ils auraient accompli, sous le coup d’une impulsion, un acte gratuit. Mais si on y regarde d’un peu plus près il apparait au contraire qu’ils maîtrisaient parfaitement la politique locale, les relations internationales, les dynamiques régionales. En fait, ils étaient des acteurs de la vie politique de leur époque. C’est pendant que Jérusalem subissait l’occupation des troupes séleucides au 2ème siècle avant JC et pendant que la ville...