Enfant curieux de tout comme tant d'enfants, j’ai eu l’occasion d’étudier dans le détail de nombreuses notices de médicaments car une grave complication d’une angine à streptocoques m’a causé un rhumatisme articulaire aigu à l’épaule droite et d’inquiétants dégâts sur mes valves cardiaques : les seuls soins connus à l’époque étant quelques mixtures infâmes et le repos, je me suis retrouvé assigné à résidence à deux reprises pendant de nombreux mois quand j’avais neuf et dix ans. Cela n’a pas gêné ma scolarité car j’avais de l’avance mais surtout, j’ai eu énormément de temps pour la lecture et cette...
(Photo : sortie de la messe en barboteuse avec ma mère et ma tante - 1950)
De l’ordre !... Quand je tire sur le fil de la mémoire, tout veut sortir en même temps, c’est toute la pelote qui s’emmêle en un sac de nœuds inextricable. Poser les mots par l’écriture me laisse au moins le temps d’y remettre un peu d’ordre mais ce n’est pas gagné. Pour que mon autofiction ne vire pas en un foutoir à psychanalyser, seule une méditation sur l’analyse spectrale paraît en mesure de m’aider à la correction de mes mondes intérieurs. Une autofiction ne peut s’élaborer que pas à pas à partir d’un matériel...
(Photo : mon fier militaire de grand-père au guidon d’une Indian Scout avec side-car)
Nous venons au monde par le plus prodigieux des hasards grâce à une suite discontinue de concours de circonstances hautement improbables et pourtant, nous sommes nombreux à croire en une destinée exceptionnelle mais nécessaire comme si Dieu nous avait personnellement accouché… Il a fallu tant de trajectoires aléatoires qui se croisent, tant de coïncidences invraisemblables, de rencontres impossibles pour que je naisse, qu’effectivement, elles sont en mesure de me faire douter de leur réalité. Pourtant, mon...
Page du 20 juin 2024, jour d'une rencontre improbable...
(Photo : mes futurs parents en 1945)
À quoi ça tient de venir au monde ? Eh bien figurez-vous, pour mon cas, c’est à un besoin urgent de s’accroupir !… Il faut que je vous explique mais je vous préviens, c’est un peu long et compliqué… En tout cas, ça commence par une occupation… Qui n’aime pas les occupations ? Elles sont toujours distrayantes… à part quand elles sont allemandes… Ma mère (- quasi centenaire et toujours aussi souriante à la vie) est originaire d’un village exclusivement francophone du Sud de la Moselle. En 1940, les Allemands ont annexé à nouveau ce département qu’ils considéraient...
(Photo de Thomas Mangold - Mushroom Clown)
La vie imprègne et provoque l’écriture et vice-versa… mais tout cela forme un beau sac de nœuds qui s’entrecroisent en tous sens. L’écriture est sans doute bien plus ancienne qu’on se l’imagine car on découvre des supports de plus en plus vieux posant questions. Au départ, elle a dû être pratique et fonctionnelle, mais très vite, des petits malins se sont aperçus qu’elle était également un agréable divertissement et une excellente échappatoire. Sa naissance comme la nôtre a été une affaire de trajectoires impossibles et de concours de circonstances...
Je me suis décidé à saucissonner ma vie sous forme de tranches de cake pour vous la raconter, mais je ferai ça demain… Ce n’est pas par pusillanimité, c’est plutôt que le genre narratif autobiographique façon patchwork ou feuilleton au quotidien va me demander un effort d’écriture et de style à la hauteur du sujet. Par précaution, je balance donc ce vulgaire clavier en plastique, je vire mon Bic et je récupère au fond d’un tiroir mon superbe stylo Mont-Blanc pour me narrer avec une hauteur de vue satisfaisante. Il doit bien me rester quelques vielles cartouches, toutefois, je vous préviens par...
(Photo de Mark Dobson)
- "Chers amis, bonjour ! Je suis quoi ?"…nous interpellait Pipelette un de mes perroquets. Elle rajoutait : "Je m’appellllle Pipelette Vallier, je suis zun perroquet !" Elle croyait ainsi pouvoir s’attribuer le droit à la parole et donc la possibilité de s’approprier le monde en tant que tel. Était-ce une tête d’oiseau philosophe qui se posait cette question en pleine conscience où n’était-ce que le tic-tac mécanique d’une petite cervelle en vrac ? - "Bonjour ! Tu n’es qu’une pauvre bestiole dépossédée de tout pouvoir comme tous les pauvres et si tu as conscience de...
La mer monte, mais le niveau de l’espace médiatique baisse, c’en est effrayant ! Où sont passés nos grands penseurs qui nous délivraient un point de vue lucide et éclairant ? Nos humoristes qui décapaient à grande eau sont morts et enterrés. Qu’ils soient journaleux ou politiques, nous ne voyons plus que des laquais au service de leurs maîtres. Remarquez, certains de nos représentants font ce qu’ils peuvent pour nous faire rire : on a en ce moment un petit Niçois des plus comiques et un atrabilaire de gauche pathétique qui mettent de l’ambiance. Mais ce n’est pas parce que je ne partage pas leurs...
(Photo : Jean Dieuzaide - Chapeau de son père - 1975)
SILENCE là-dedans !!!! Quel bordel ambiant ! Que de bruit et de fureur ! Que de hurlements surexcités venimeux, haineux ! Les loups hurlent avec les loups pendant que les chiens aboient, la cara… la cara ? la carapace ou quelque chose comme ça ! Comme les vôtres, mes idées ne sont que des carapaces. Les miennes me permettent de soupirer en silence, bien à l’abri dans ce vacarme : ni Dieu ni Maître, ni Moi ! Ni droite, ni gauche ! Ni extrême, ni milieu ! Ni vin dans l’eau… D’ailleurs, ni vin, ni eau ! Vas-y Patron, file-moi un demi… Quoi...
(Photo de Sophie Delaporte)
Jour après jour, des personnes célèbres quittent le devant de la scène et meurent dans l’intimité de leur famille. Elles nous ont accompagnés tout le long du chemin et puis elles prennent la tangente en nous abandonnant sans prévenir. Finalement, il ne doit être guère plaisant de mourir célèbre… on ne profite pas plus des larmes que des applaudissements ou des hourras !… La mort est aveugle... Les oiseaux, eux aussi, se cachent pour mourir. Pipelette, ma perroquette, une grise du Gabon ramenée en douce d’Afrique, est morte très vieille dans l’indifférence générale...
(Photo : Françoise Hardy en 1960 selon Jean-Marie Périer)
"Maman nous a quittés" nous a prévenu Thomas… Une belle personne vient de mourir. Françoise Hardy s’en est allée en nous laissant le pire : toutes les larmes que l’on pleure à cause de la mort de quelqu’un que l’on aime. C’était une femme d’une grande modestie car elle n’a jamais été assurée de pouvoir donner ce que l’on attendait d’elle. Elle nous ressemblait mais n’était pas simple pour autant : quand on ne la connaissait que de loin, elle a toujours laissé l’impression de s’avancer lentement dans l’obscurité d’un tunnel… Hors de...
J’écris tant et plus à mes tiroirs depuis toujours, mais, malgré tout, je n’ai rien d’un écrivain… S’il fallait encore vous rassurer, je ne fais que m’exercer à l’art du trait comme Robin des Bois s’entraîne avec son arc dans sa forêt. Je me considère comme un sale gosse libertaire vieillissant à l’imaginaire pré-pubère refusant de confondre "désordre établi" avec "ordre" malgré le monstrueux bordel ambiant… J’écris à l’enfant que j’ai été même si je suis un peu plus stupide que lui : comme tout un chacun, je ne suis pas aussi intelligent que je me l’imagine... Ou plus précisément, mon subconscient...
(Photo de Roman-tyka Krugliński)
Petite annonce que je prépare pour le Bon Coin : "Pauvre poète repenti échange vie de bohème authentique, aventureuse, très glamour, dans 10 m² sous toit romantique et tendance (- sans douche, mais avec cafards et punaises de lit) contre existence bourgeoise confortable et ennuyeuse de perpétuel étudiant communiste issu de bonne famille cherchant mise en pratique de sa révolte intérieure contre le Système. Expérience de la vie garantie, nombreuses possibilités d’évolutions dans domaines viticoles, dilettantisme, art. Contacter auteur." "Il faudrait savoir à...
Vous avez remarqué ? Les génies meurent plus souvent et nettement plus jeunes que les gens ordinaires, bizarrement ce ne sont jamais les mêmes mais c’est la règle du jeu. D’ailleurs, Woody Allen et moi-même, nous ne nous sentons pas très bien. Un problème de nez ou de chordome sans doute… Un chordome est inexprimable comme un alien tombé d’on ne sait où, mais à défaut d’exprimer l’inexprimable, nous pouvons toujours inexprimer l’exprimable le doigt sur la bouche. Peut-être que finalement, pour traduire l’incompréhensible ou l’inexprimable aux autres, rien ne vaut le silence des taupes qui s’exprime...
Nous somme de plus en plus nombreux sur terre et en même temps, de plus en plus seuls et isolés. Notre monde s’en trouve cul pardessus-tête… ce n’est pas nouveau mais il devient de plus en plus fou en se virtualisant à vue d’œil. Être complètement seul, c’est être complètement fou, mais en persistant dans sa folie, le fou deviendra peut-être sage s’il parvient à la maîtriser (- "La victoire revient au plus tenace" peut-on lire comme slogan sur les gradins de Roland Garros). Nos jeunes se détachent de la réalité et, en grand nombre, ils lui préfèrent les mondes virtuels où ils se plongent… n’est-ce...
Page du 30 mai 2024, jour particulièrement normal...
(Dessin d’abeilles actuelles nulles en orientation et en orthographe)
J’ai mal dormi à cause d’un moustique… c’est désagréable une piqûre de moustique, ça gratte méchamment. Où est-il ? Où te caches-tu ? Montre-toi ! Ah te voilà… Félicitations pour ton audace, je t’applaudis des deux mains… Paf ! Paf ! Écrabouillé le moustique… de toute façon, ce n’est pas ton sang que je vois, c’est le mien mais c’est pour éviter de finir aplatis que les moustiques les plus sages fuient la lumière et les applaudissements… C’est peut-être sage, mais guère courageux… À une époque où il suffit d’être con et nu...
Quand une médaille est olympique, elle représente de vrais efforts et les sportifs savent ce qu’elles signifient, mais l’hymne national, la main sur le cœur, les drapeaux qui se hissent et les larmes aux yeux sont de trop. Quant aux autres en chocolat, c’est de la reconnaissance pour les chiens. On m’en a passé quelques-uns au cou de ces colifichets mais je me suis dit que l’on devrait inventer une médaille, des palmes, lauriers, feuilles de chêne ou de persil pour ceux qui ne sont pas décorés et il n’y aurait plus de jaloux. Accepter une distinction, c’est entrer dans le moule de la normalité,...
"On peut vivre sans richesse, presque sans le sou, des seigneurs et des princesses, y'en a plus beaucoup, mais vivre sans tendresse, on ne le pourrait pas… Non, non, non, on ne le pourrait pas"… chantaient Bourvil et Marie Laforêt… C’est vrai, mais que cela fait du bien de se retrouver seul de temps à autres quand les autres vous fatiguent. La question est de savoir si on souffre ou pas de la solitude quand elle se prolonge. Beaucoup savent que dans le premier cas il n'y a pas de recettes magiques, mais ils savent aussi que la motivation peut résoudre le problème. Le second cas est un fait plus...
Un écrivain talentueux peut être un salaud, mais pas que… "Voyage au bout de la Nuit" est une pièce à décharge en faveur de Céline, ce médecin raciste qui avouait faussement candide son plaisir à soulager les humains de leurs souffrances et les danseuses de leur virginité (- elles étaient son péché mignon)… Évidemment, ce n’est pas très moral quand on ramène ce hobby à notre époque, surtout si, en plus, il faisait payer la consultation… Comme si son œuvre et son style (- accordant le rythme aux sonorités, le langage parlé argotique au langage écrit riche et châtié, l’humour au désespoir) le garantissaient...
Il est indispensable de regarder Arte mais aussi CNews tout comme il faut avoir lu la Bible et le Coran ainsi que Mein Kampf. Il est trop tentant et facile d’ostraciser les salopards mais ce serait une erreur : il faut toujours écouter ce qu’ils ont à dire même quand ils vous insultent… On a forcément tort d’insulter leur inhumanité en retour car avant d’être des raclures, ils sont en premier lieu des humains encombrés de toutes leurs faiblesses. Louis-Ferdinand Destouches, alias Céline, était tout sauf une ordure à ses yeux. Simplement, il s’estimait plus lucide que le reste de l’humanité en toute...
Page du 25 mai 2024, jour de salissure posthume...
(Portrait de Louis-Ferdinand Céline)
La popularité est la menue monnaie de la gloire… c’est répugnant, ne touchez à aucune gloriole pour ne pas vous salir les mains à ce qu’en savait Victor Hugo . Ceux qui l’ont compris demeurent toujours dissimulés : nulle statue sur aucune place ne les représente, pas un pigeon pour leur crotter dessus… la postérité, pourquoi faire ? Qu'est-ce qu'elle ferait pour eux, la postérité ? Elle vient toujours trop tard pour servir à quelque chose... non ? De même, peu leur importe de vivre dans une œuvre qui leur survivrait, ils préfèrent vivre dans leur appartement...
- Voici donc la tombe oubliée de ce fameux poète inconnu dont le nom n’a jamais été prononcé, qu’on n’a jamais vu et qui l’a toujours souhaité… - Visiblement… Très tôt, ce discret a fait l'apprentissage d'un jeu auquel il n'a cessé de jouer depuis. Tout petit, il l'a appris par lui-même : il lui suffisait de se mettre en boule et de rouler, rouler, rouler dans sa tête. C'était toujours amusant ! Dans sa tête il n'y avait que de belles choses, parfois insolites mais toujours rigolotes qui formaient un kaléidoscope prodigieux et fascinant. Il ne jouait à ce jeu que lorsqu’il était entouré : quand...
(Dessin d’Hugo Pratt)
C’est bien beau d’être surdoué comme le Corto Maltese d’Hugo Pratt, mais ce n’est pas de tout repos… Ce personnage de BD est un antihéros, solitaire, individualiste et particulièrement ironique qui imprime sa différence. Nous naissons effectivement fort semblables, mais tous différents. Dans la réalité, accentuer le trait ou au contraire, l’effacer peut être une décision volontaire mais la plupart du temps, ce sont les circonstances qui en décident. Comme celle d’objets les plus simples, la banalité des personnes les plus étonnantes cache un mystère qui n'a pas jugé utile...
HPI est une série sympathique mais qui ne traduit jamais le travail accumulé en amont :il faut bien acquérir des connaissances avant de les mettre en relation… Un haut potentiel ne garantit en rien une vie heureuse et "réussie". Moi, j’admire plutôt les personnes suffisamment intelligentes pour comprendre leur intérêt, celles qui se moquent de tout et s’en méfient : elles savent que c’est dans les pièges à rat qu’on trouve les meilleurs fromages mais elles évitent de se faire prendre. Elles ont compris avant l’heure et le brave bourgeois, que la célébrité est un enfer, un suicide permanent : ne...
(Tableau de Magritte)
Ils sont de ces joyeux profondément obscurs, Taillés dans le secret, à l'éclat contenu, Reposant à l'écrin comme des gemmes pures Qui garderaient pour nous des forces inconnues… N’ayant pour joyaux que ceux de la famille, j’ai passé toute ma vie à ne pas être connu et jusqu’ici, mon plan de carrière s’est parfaitement déroulé. Je suis parvenu à fuir toute adulation et les honneurs de la gloire à part quelques médailles en chocolat comme celle en or de la Jeunesse et des Sports, celle des Palmes Académique ou celle exotique du Mérite Centrafricain. Je n’ai pas voulu les...