(Photo de Lee Jeffries)
Nos protestations indignées et nos regards réprobateurs ont eu le don de l’énerver : la vieille éponge imbibée a levé haut son verre en beuglant "Vous êtes quand même une sacrée bande d’enfoirés… et d’hypocrites en plus !"… et il a continué à tirer sur sa clope dans un nuage de fumée comme si de rien n’était. Non mais c’est vrai, ça ne se fait plus de nos jours, il devrait quand même le savoir et respecter la santé des autres et puis, c’est devenu passible de la peine de mort que de fumer en plein bar puisque "fumer tue". Remarquez, il faut bien reconnaitre qu’il n’a...
(Illustration par Marco Zagara)
Ma souplesse n’est plus ce qu’elle était et pourtant, je me retrouve souvent en grand écart entre ma sécurité et mon besoin de liberté. De son côté et en son temps, l’initiateur des sociétés libérales actuelles que fut Montesquieu, faisait de la "sûreté" le principal bénéfice de l’état pour une société. Cette sûreté n’était pas seulement la sécurité telle qu’on l’entend aujourd’hui, c’est-à-dire la protection du citoyen face aux mauvaises intentions des crapules, des violeurs et des assassins, mais c’était aussi et parallèlement, la sécurité de l’individu face...
Quatre types armés en tenue de camouflage parviennent à mettre la Russie à feu et à sang au cœur même d’un pouvoir qui se voudrait invulnérable et les images font instantanément le tour du monde. Nous sommes d’évidence autant stupides de les diffuser à grande échelle que de les regarder en boucle mais que voulez-vous… l’audience attire la pub et son argent. Il faut dire que les actions des terroristes bénéficient de cet atout considérable que leur offrent nos sociétés : ils n’ont plus besoin de multiplier leurs crimes car ils misent énormément sur la médiatisation des attentats et des prises d’otage...
Les bons vieux pesticides d’antan sont devenus des produits phytosanitaires, les licenciements collectifs sont transformés en plans de sauvegarde de l’emploi, un exploité sera un défavorisé malchanceux… Il est sournois et terrifiant ce langage positif qui nous interdit de penser négativement et même de penser tout court, il est subtil et manifestement savamment choisi, cette intelligence vient bien de quelque part… Ainsi, nos libertés se réduisent jour après jour sans même que l’on en prenne conscience puisque nous n’avons plus les mots justes pour le faire. Ceux qui manipulent notre langage cherchent...
(Photo de Sebastian Luczywo)
Les matraqués, les gazés et les éborgnés se plaignent des excès d’engagement des forces de l’ordre, mais ceux qui nous dirigent nous répondront que la sécurité doit de toute façon être assurée avant de pouvoir en discuter. En général ils admettent volontiers qu’elle n’est pas la finalité du lien politique mais que la matraque est un préalable incontournable, par contre, ils refusent d’admettre avec véhémence que cela revient au même. Quand la sécurité se fait finalité, ils vous expliquent que c’est parce qu’elle est requise par les circonstances comme après la...
(Dessin de Mojtaba Heidarpanah)
J’ai longtemps vécu à l’étranger et lorsque j’en revenais, il m’arrivait de marcher paisiblement dans nos forêts aseptisées ou bien de déambuler en pleine nuit dans des rues peu éclairées en rentrant du cinéma… Il ne m’est jamais venu à l’esprit que je puisse y courir le moindre danger ni qu’il puisse en être autrement. D’un coup, la vie se faisait bien moins intense que dans ma brousse africaine. J’admets que mon gabarit et la pratique des sports de combat y étaient peut-être pour quelque chose (- c’était de me croiser qui pouvait inquiéter), mais malgré tout,...
Page du 20 mars 2024, jour de stupeur et tremblements...
(Peinture de Caspar David Friedrich - Le voyageur contemplant une mer de nuage)
En plein siècle des Lumières, les poètes s’imaginaient que la liberté frappait enfin à la porte de l’Histoire et ils tracèrent à la plume des vers luisants… et puis, le 1er novembre 1755, un tremblement de terre ravagea Lisbonne en quelques minutes en provoquant un tsunami et un incendie qui tuèrent un quart de sa population. Le plus effrayant dans une telle catastrophe, c’est de ne pas comprendre ce qui vous arrive, c’est de ne pas voir la mort en face et d’être pris au dépourvu. C’est très indigne et franchement...
La fin des contes de fées à l’eau de rose dont on nous bassine pour nous anesthésier me laisse perplexe : "Ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants…"… ça tombe comme une ponctuation, mais c’est très bizarre quand on y pense… Est-ce que ce sont des lapins tous ces rois et ces reines ? Ils font l’amour et la foule pousse des hourras quand les princesses tombent enceintes : les sujets royaux sont satisfaits comme les paysans dont les vaches attendent un veau ! D’abord, comment le sait-on qu’ils vécurent heureux ? Qui vous dit qu’ils ne sont jamais malades ces princes et ces princesses ? Les...
(Dessin de Serre)
Même si je n’apprécie guère l’idée de tuer des animaux qui ne m’ont rien fait, il m’est arrivé dans mes jeunes années de suivre, tout seul et à bonne distance, des amis chasseurs dans la savane du Nord-Cameroun. Le poids de mon canif dans ma poche ne parvenait pas à me rassurer totalement : outre les fusils qui pouvaient se retourner contre moi, la vie grouillait dans les hautes herbes avec ses buffles blessés et ses lions affamés potentiellement mortels et, dans cette nature sauvage proche de nos origines, je me sentais redevenir singe et gibier. Le sentiment de ce danger...
(Photo : Atelier Robert Doisneau - 1955)
Les criminels affirment souvent qu’ils ne se souviennent de rien ou que leur discernement était altéré au moment des faits ou bien encore, qu’ils étaient possédés… Le Diable a bon dos, c’est un peu facile de l’accuser de tous les maux : même si notre volonté était paramétrée par des démons malveillants, nous restons les auteurs de nos actes et les responsables devant autrui. Pas plus tard qu’hier en passant en ville j'ai vu des petits jeunes sur la roue arrière de leur vélo et de braves gens traverser la rue et peu leur importait que le petit bonhomme...
C’est quand même horrible d’être égoïste, riche à milliards et d’avoir vingt maisons. Il y a des jours où cela me pèse : il faut choisir, choisir et encore choisir… Pour être vraiment libre, mieux vaudrait vivre léger, dans la dépossession, mais dite-moi, quel humain vivant les pieds sur terre, n'a rien à perdre, matériellement, physiquement, spirituellement, affectivement, etc. ? Même le dernier punk à chien d’Europe a encore quelque chose à perdre. D’ailleurs, affirmer n'avoir rien à perdre, n'est-ce pas déresponsabiliser ses propres choix ? La conscience n’étant pas substance, je ne peux vivre...
Page du 15 mars 2024, jour du bon côté de la Force...
Les chantres du libéralisme nous font remarquer sans rire que nous avons l’énorme privilège de vivre du bon côté de la Force, du côté du monde libre… qu’en tout cas, nous bénéficions de ses retombées et de ses largesses. Chantage, pillage, barbotage, boursicotage, même quand on joue pour de bon au Monopoly comme de grands gamins, il est vrai que nous ne sommes pas obligés de passer par la case prison : la liberté c'est pouvoir faire des choix et, par extension, d’en assumer les risques mais mieux vaut passer entre les gouttes même si on risque gros. Le clodo sur le trottoir se rend mieux compte...
(Photo de Fran Garci)
Jouer du piano debout, être libre comme Max dans sa tête, c’est une affaire d’état d’esprit et peu importe le contexte : souvenez-vous de Nelson Mandela ou d’Alexeï Navalny. Seule l'observation neutre, sans jugement de valeur, sans désir de changement, sans attente de résultat, de nos passions, de nos rigidités et conditionnements, de nos sentiments, au cours de nos relations avec les êtres et les choses, seule cette observation neutre des choses intérieures est susceptible de nous rendre libres. Sans cette neutralité (- parce que par exemple, il y a culpabilité, ou...
"Comme disait ma grand-mère, dans la vie, il y a des hauts et des bas. Il faut mépriser les hauts et repriser les bas…" rigolait Chirac. S'il me fallait mettre ma vie en équation, j'opterais effectivement pour une sinusoïde. Il y a des creux où je bosse (- héhé, jeu de mot involontaire retourné…) pour être libre et il y a des creux où je récupère la mise : je suis libéré, disponible, j'ai de la tune d'avance, ouvert à tous les possibles. Et entre les deux, je bosse pour gagner ma vie et plus ça recommence et plus je veux être libre et plus je dois me maîtriser ainsi que mon environnement mais cela...
(Illustration par Gabriel Guerrero)
Adhérer comme une huître et jouer le jeu de la société pour s’assurer une vie confortable est un choix personnel tout à fait raisonnable. Il peut aussi être vu par les plus rebelles comme une capitulation en rase campagne, une fuite dans le néant, une solution de facilité destinée aux collabos raisonnables et frileux. Mais il y a une autre attitude très différente que l’on oublie trop souvent et qui consiste à surfer sur la vague entropique, en laissant tout aller, tant que ça va… ne mémorisant rien, ne construisant rien, une sorte de mixte entre Krishnamurti...
(Illustration de Malika Favre)
Ma liberté n’est qu’apparente, je peux m’asseoir dessus, à ce qu’on me répète à l’envi… Je ne me suis jamais fait trop d’illusion à son sujet mais malgré tout, j’y tiens, du moins, je tiens à ce qu’elle représente pour moi. Elle m’est devenue d’autant plus précieuse que je la vois fondre comme neige au soleil un peu partout dans le monde. Alors, j’y pense, et repense jusqu’à l’obsession… Mais qui parlera mieux de liberté que celui qui s’en sent privé ? (- du coup, je me dis aussi que je devrais parler avant tout d’intelligence car franchement, je ne suis pas le...
(Graphisme de Ben)
Bleu Blanc Rouge… Qu’il flotte haut notre drapeau ! En ce moment, les gogols de la mairie en ont mis partout. Liberté Egalité Fraternité… Qu’elle est belle notre devise ! Pleine de promesses et de nobles ambitions mais d’évidence, c’est du passé tout ça : elle n’est plus d’actualité. Notre liberté est derrière un horizon toujours plus lointain. En attendant de l’approcher, elle s’est réduite comme peau de chagrin : elle est devenue conditionnelle, surveillée, virtuelle, fliquée, fichée au doigt et à l’œil. Nos appareils connectés sont des indics au rapport et nos braves...
(Dessin de Larson)
En bon Français à la tête près du béret, je peste, je râle, je m’indigne, mais je suis bien d’accord avec vous, messieurs les tyrans sanguinaires, les tortionnaires esclavagistes et autres démagogues populistes de tout genre : la liberté, c’est surfait et ça ne fait pas avancer le schmilblick ni vos intérêts. Jetons donc au diable cette liberté, cette égalité et toutes ces valeurs vidées de leur sens salissant les façades de nos mairies et que vous brandissez hypocritement haut et fort… Elles ont fait leur temps et surtout, ont fait couler beaucoup trop de sang, je vous...
(Photo d'Hari Sulistiawan)
Plus on est nombreux sur terre, moins nous sommes libres, c’est mathématique. "Croissez et multipliez" qu’ils disaient… et tout ça, dans un monde limité. Pour vivre au paradis, ce n’est pas huit milliards que nous devrions être, mais huit millions. Ce n’est pourtant pas difficile à comprendre ! J’avais lu dans ma jeunesse que quelques chèvres et leur bouc avaient survécu à un naufrage sur un îlot couvert de végétation. Elles ont crû et se sont multipliées en grand nombre mais la dernière est morte en mâchant le dernier brin d’herbe. À Haïti aussi ils se sont multipliés...
- Je crie ton nom : ‘’LI BER TÉÉÉÉÉÉ !!!’’ - Oh Eluard, pas si fort ! Tu nous casses les oreilles, tu ferais mieux de l’écrire… - Bon, d’accord… "Sur mes cahiers d’écolier…" J’écris ton non… heu, non, je gomme… "J’écris ton nom"… "Et par le pouvoir d’un mot Je recommence ma vie Je suis né pour te connaître Pour te nommer" "Liberté" - Eh bien tu vois quand tu veux… C’est très beau, merci Paul… On dirait une lettre d’amour à Gala mais va-z-y, développe ! À tout moment on peut faire silence ou écrire, n'est-ce pas une liberté immense ? Liberté… le mot bruyant, virulent, insatiable, existe, persiste...
(Illustration par Artshatilov)
En prévision des vaches maigres et des vieux jours, nous passons une trop grande partie de notre vie à accumuler, à entasser, à empiler des biens, des savoirs, des connaissances, jusqu’à étouffer et vomir. Qu’il est bon de s’en débarrasser, qu’il est doux de s’alléger, mais nous sommes incorrigibles, écrasés et condamnés par la pesanteur à cause d’Isaac Newton. Avant qu’il ne découvre malencontreusement la gravité en 1787, tout le monde se marrait, on prenait tout à la rigolade. Il aurait mieux valu pour nous qu’il prenne une enclume sur la tête plutôt qu’une...
(Dessin de Lavergne)
Gardien ! Ma liberté ne se discute pas ! Qu’elle me soit primitive et de naissance ou que je l'obtienne laborieusement de haute lutte, elle est une véritable vérité vraie à mes yeux et peu m’importe vos coups de matraque et ce que vous en dîtes. En revanche, messieurs les geôliers qui êtes du bon côté de la force, la vôtre ne me paraît pas aussi évidente et il est important que je la trouve : c’est dans mon intérêt. On ne peut être vraiment libre sans tenir compte de la liberté des autres et pour cela, je dois m’extraire de ma subjectivité. Mais c’est plus facile à dire...
Page du 3 mars 2024, jour illusoire et chimérique.
(Illustration par Sarolta Bán)
Nos représentants assis à l’Assemblée ou au Sénat se croient obligés de justifier les primes et salaires mirobolants qu’ils se sont octroyés et en conséquence, les lois s’accumulent sans fin jour après jour, sans que l’on retire celles du dessous. Nous nous retrouvons submergés d’interdits, conditionnés pour maîtriser nos pulsions et fiers de notre maîtrise de nous-même pour supporter tout cela, mais à moins d’être anorexique, on se laisserait volontiers tenter par la liberté du diable. Nous sommes écartelés entre l’illusion de vouloir nous réaliser en étant...
(Dessin de Faujour)
"Patientez"… m’a fait cette diablesse de postière. "Je serai à vous dans cinq minutes, je vais pouvoir me libérer"… Je n’en demandais pas tant, mais j’ai eu un doute : si elle pouvait ainsi se libérer, c'est que cette liberté nouvelle n'était pas là auparavant, que ce qui lui servait alors de liberté n’était qu’un leurre, une illusion de plus. Par contre, ce qui est certain, c’est que cette nouvelle liberté promise est, elle aussi, une chimère. Alors ? Chou blanc sur toute la ligne ?... Je repasserai un autre jour. Mais pour autant, je n’ai pas perdu mon temps : il nous...
(Photo de Lin Yung Cheng)
Sénèque, Épictète et tous les émules de Zénon nous expliquent qu’à force de maîtrise, il me serait théoriquement possible de devenir un être de plus en plus puissant par rapport au monde en acceptant sereinement les souffrances qu’il m’afflige. Je veux bien les croire… ainsi je serais maître de moi-même. Le stoïcisme est admirable mais (- car il y a toujours un mais)… à me rendre maître de moi-même, je deviendrais un maître de plus en plus partiel puisqu'il a son origine dans une unité naturelle de fait (- corps-esprit-bactéries-et tutti quanti embarqués sur le même...