Nous autres humains n’appartenons pas à l’espèce la plus forte, ni la plus rapide, ni même forcément la plus intelligente (- tout dépend de ce que l’on met derrière ce mot) mais nos atouts majeurs sont l’endurance, la coopération et l’entraide… Mieux vaudrait ne pas l’oublier au profit de l’égoïsme et de l’individualisme excessif. Nous nous reconnaissons les uns dans les autres et nous sommes programmés pour éprouver de l’amour, de la compassion ou même nous montrer héroïques à l’occasion. C’est ce qui nous rend collectivement plus forts, plus rapides, plus intelligents, plus dangereux que toute...
Page du 12 septembre 2024, jour du radeau de la fourmi...
(Photo : radeau de survie des fourmis de feu)
Les plus audacieux d’entre nous veulent changer le monde quand certains souhaitent le diriger et d’autres encore, le comprendre et même le sauver. Mais une bonne majorité préfère simplement y vivre sans trop se poser de questions. La majorité a raison : quand le monde va à vau l’eau, la lucidité est manifestement une faute de goût et d’intelligence, une erreur à titre personnel. Nous sommes huit milliards de singes nus qui se racontent des histoires, huit milliards d’inconscients incapables de changer leur mode de vie, chacun menant sa barque...
(Couture à la Banksy)
À chacun sa vérité et je l’affirme avec vigueur… pourtant, une pure vérité n’est pas de ce monde : tout est mélange d’ombre et de lumière et c’est ce qui fait le charme de la vie et sa beauté. Dans les tréfonds de notre cerveau, s’enfoncent des plis si profonds que la lumière ne peut les atteindre. Même si les sillons s’écartent avec l’âge, les vérités qu’ils renferment se sont accoutumées à l’obscurité, elles ne comptent pas s’en échapper et supportent mal d’être dérangées… On trouve aussi, au fond de nos cœurs, des recoins si inhospitaliers qu’aucune parole ne peut y...
Page du 10 septembre 2024, jour de naissances multiples...
(Photo de la livraison)
Rien qu’aujourd’hui, 400 000 bébés viendront au monde… C’est vertigineux, mais ce qui l’est plus encore, c’est que dès que son cordon ombilical sera coupé, chacun deviendra un individu empli d’espoirs, de rêves et de désirs personnels. Chacun d’eux sera unique et participera plus ou moins activement au vivant en constituant un maillon de plus dans la grande chaîne que forme l’humanité depuis ses origines lointaines. Une minuscule bactérie est déjà bien plus complexe que l’immense soleil et nettement plus simple qu’un humain… et à y regarder de plus près, chacun de nous...
(Photo de Cristina Garcia Rodero)
À la manière des enfants incompris qui se verraient bien orphelins, qui n’a jamais rêver se retrouver seul au monde, dernier survivant de l’espèce dans un monde post apocalyptique à soi tout seul, débarrassé des autres si présents et de leurs turpitudes si envahissantes ? Mais si je me retrouvais seul devant les pyramides, le Grand Canyon, une aurore boréale, un pur-sang au galop ou une mélodie de Fauré, c’est comme si j’en étais privé de ne point partager leur beauté. On ne peut être heureux tout seul sans en avoir honte, sans "se sentir receleur", nous enseigne...
Tout bouge, tout change et nous aussi… la preuve : voyez Brigitte Bardot, Depardieu, Michel Onfray ou Houellebecq. On se voit changer avec le temps et nous formulons quelques bonnes résolutions chaque Premier janvier. Notre optimisme nous pousse à croire que ça ira mieux demain et, effectivement, nous essayons gentiment de nous améliorer, mais c’est une cause perdue. Bien sûr, une intervention chirurgicale et des remèdes de cheval nous aident à soigner nos maux quand nous nous retrouvons les fesses à l’air dans la ridicule tenue bleue des hôpitaux, mais c’est l’exception. Un minimum de dignité...
Je commence souvent mes phrases et mes textes par "je"… Vous l’aurez compris, j’espère : quand je dis "je", je ne parle pas de moi, mais de nous. Ainsi, s’il ne s’agissait que de moi, je me débrouillerais mais c’est moi parmi les autres : je généralise, je m’inclue et je ne suis pas le seul. Ainsi, je suis partout… Ce qui fait qu’il n’y a qu’un immense et seul "je" qui vaille et qu’il n’existe plus qu’un seul et même monde. Il n’est fait que d’une seule matière : moi quand je ne regarde pas plus haut que mon nombril. Les rois disaient "nous", mais par moment, je suis tellement imbu de ma personne...
(Photo : Marie-Amélie Le Fur - Paris 2024)
Depuis déjà pas mal de temps, j’ai rendez-vous avec moi-même. L’entrevue commence à s’éterniser dans un huis-clos sentant le renfermé : beaucoup trop de lourdeur dans très peu d’éclat. J’ai le quintal plutôt léger, mais c'est insensé toute cette invention qu'il y a dans la lourdeur malgré l’handicap d’une mobilité réduite. Je n’ai pas toujours été lourd vous savez… Ah ! Et puis il fallait voir avec quelle agilité j’évitais les obstacles, esquivait les traquenards… Euh…la vie ? Pfff ! Trop facile ! Il suffit de se faufiler. Regardez-les comme ils sont...
(Illustration par Plutonbey)
Il y a autant de grues et de gratte-ciels en Chine que dans le reste du monde… Chine, machine, la Chine d’aujourd’hui est ce qu’elle est, une machine de guerre économique, mais elle demeure toujours aussi vieille et toujours plus peuplée. L’Empire du milieu est comme la réalité : incommensurablement grand et prodigieusement vieux. C’est un pays totalitaire de longue date qui a tout connu et tout vu au long des millénaires et il a eu le temps de se rendre compte que tout est lié. Tout n’y a pas jamais été rose car faire vivre tant de monde ensemble est un problème...
Rien ni personne ne peut oublier le Bigbang… Nous y sommes reliés par un fil continu et indestructible mais quasiment invisible : la cause de tout ce qui nous arrive ne se révèle souvent que bien plus tard. Ainsi, en regardant les étoiles, nous sommes les témoins privilégiés de ce qui s’est passé il y a des millions et des milliards d’années. De même, il nous faudra peut-être attendre des millions et des milliards d’années pour comprendre pourquoi Macron a dissout l’Assemblée… Il est de plus en plus seul cet homme… Il sort du quantique des cantiques : nous avons pour Président un chat de Schrödinger...
(Dessin d’Alex Gross - Diversions)
On croise pas mal de paumés dans la rubrique faits divers ces derniers temps, mais moi, je n’ai pas de souci, je sais qui je suis, d’où je viens et où je vais… enfin, je crois… En tout cas, je suis un des descendants du cœlacanthe avec toute une série de gènes identiques aux siens dans mes bagages. Si je remonte à la fin du carbonifère, j’ai le même couple de parents que tous les vertébrés et si je vais beaucoup plus loin dans le temps, je suis apparenté à tous les êtres vivants de cette planète puisque l’on provient tous de la même macromolécule. Je suis...
Page du 2 septembre 2024, jour qui t'appartient...
(Illustration par Darren Butcher)
Toi ?… C’est toi ? Ah bon, tu es là… Mais je ne te connais pas… Qui es-tu, toi, l’autre, l’étranger, le différent, toi qui dors, vis et meurt sous d’autres toits ? Où es- tu, toi qui jamais ne mangeas à ma table et que la vie a mené loin de moi ? Tu ne sais rien de mes jeux ni de mes fables, ni de mon rire, ombre sans nom qui fait nombre et connut d'autres toits… Car dans la chair et le boire, on se sent près des siens… autour d’un plat nous étions si joyeux, vous, ma famille et mes lointains anciens, souvenez-vous de l’âtre et de son feu d’avant le portable…...
Dionysos est là pour nous réconforter quand la vie souffle le chaud et le froid. Comme le Père Noël, il entre dans nos maisons en profitant de toutes les opportunités médiatiques, en traversant tous nos écrans. Du temps des anciens grecs, c’était bien plus difficile et laborieux, plus artisanal et moins industriel : notre boute-en-train a dû cheminer de ville en ville sur l’échine osseuse de son âne tout en laissant dans son sillage la vigne, la fête et pas mal de drames. Il reste un ambianceur toujours aussi attirant ce qui n’a jamais manqué de provoquer des jalousies. Ça ne se passe pas toujours...
(Tableau de Moses van Uytenbroeck – Bacchanale)
Le Dieu unique a fait son temps, notre monde, un peu plus fou et virtuel chaque jour adore deux divinités antagonistes : le Dollar anxiogène qui ne véhicule que des informations catastrophiques et Dionysos qui nous procure du vin et des jeux… Le Dollar disparaîtra un jour, une autre valeur le remplacera, mais Dionysos est immortel sur son Olympe : nous aurons toujours plus besoin de nous saouler d’illusions… Durant sa jeunesse, ce demi-dieu adoré a parcouru la Terre comme un vagabond, et, comme tout vagabond, il eut toujours du mal à se faire...
Page du 24 août 2024, jour sur des chemins antiques...
(Tableau : Bacchus par le Caravage)
La rentrée arrive, nous allons être des millions à reprendre le chemin du travail et à sacrifier le temps de notre vie pour quelques euros… L’envie et la cupidité peuvent nous gâcher la vie autant que la bêtise et pourtant, il nous en faut peu pour être heureux, nous le savons : la satisfaction de quelques besoins basiques comme manger et pisser peut même suffire à nous donner un sentiment de plénitude et de bien-être. Dans ces conditions paradoxales où nous perdons le contrôle et notre identité, comment pourrions-nous avoir la bêtise de rejeter Philippe...
(Tableau de Rubens - La mort de Sémélé)
Le monde nous a toujours paru compliqué et nous avons toujours cherché à le simplifier pour le comprendre. D’accord, l’Antiquité, c’est loin dans le temps, mais le temps n’est que le facteur universel de synchronisation et le fil qui nous relie au passé est continu. Le rompre provoque la distorsion, le désordre, la désunion, un monde de discorde... Ainsi, utiliser le terme de "mythologie" pour qualifier les croyances des Grecs anciens ou des Romains, n’est qu’une manifestation de l’arrogance de nos croyances actuelles. Mythos nous-mêmes, quand nous...
Pour une fête, ce fut une belle fête et on s’en souviendra des Jeux Olympiques… De l’avis général, ce fut une réussite… comme quoi, en France, quand on veut, on peut. Si seulement on voulait aussi pour la Santé, l’Education ou l’Environnement… En attendant, on s’est régalé et au village olympique à Saint-Denis, ce fut dionysiaque comme il se doit : il faut bien que le corps exulte et les lits, parait-il, on fait un carton. Regrouper dans un même lieu 10500 jeunes en pleine santé sous la flamme olympique favorise les rencontres et au moins, ils n’auront pas fait le voyage pour rien : à défaut de...
Page du 21 août 2024, jour d'ouverture d'esprit...
(Photo : Philippe Katerine au JO de Paris 2024)
O tempora, o mores ! Quelle Cène ! Euh… quelle Seine ! Non, quelle scène ! En tout cas, quel scandale ! De toutes les superbes images de l’ouverture des JO de Paris 2024, une bonne partie d’entre nous ne retiendra que ce gentil décalé de Philippe Katerine étendu lascivement pour servir de repas à des convives bigarrés en fin de races sortis tout droit d’une taverne de la Guerre des étoiles… Franchement, la gastronomie française méritait mieux : d’accord, Katerine est bien portant, mais c’est un bon gros Depardieu qu’il fallait nous servir !...
S’il n’y avait pas eu mes rêves, je n’aurais jamais dormi… mais voilà que mes sommeils sont devenus lourds, plus profonds, plus épais. Au réveil, j'ai non pas le souvenir des rêves que j'ai fait, mais le vague souvenir que j'ai rêvé, sans pouvoir préciser la moindre image. Si je tente de les retrouver dans ma mémoire, je me heurte à d'épaisses ténèbres dans lesquelles des ombres imprécises font de grands gestes vagues qui me semblent des adieux à mon enfance et à ma jeunesse. C’est un signe et c’est très triste et en plus, une fois sur pieds, je me retrouve effrayé par les jeux des grands. Je ne...
Indéniablement, l’humanité évolue, parfois même elle progresse d’un millimètre, mais ce n’est pas dans l’harmonie : même quand l’harmonie est municipale, elle est désynchronisée et joue de l’accordéon et de la dent de scie musicale. Nous n’avançons pas du même pas, nous ne progressons pas dans tous les domaines en même temps et il nous arrive de régresser dans un joyeux bordel. Les luttes sociales ont toujours apporté plus au progrès que la fameuse main invisible du capitalisme mais à la base, nous manquons un peu trop de combativité et d’unité pour avancer harmonieusement. Je le pense, mais je...
(Photo : affiche de "Mon nom est Personne")
Mon nom est Personne et peu de gens le connaissent (- des cinéphiles sans doute) mais à l’occasion, il m’arrive de me prendre pour Quelqu’un mais je me soigne ! Pour me soigner, ma discrétion m’invite à la modestie et m’encourage à rendre hommage à tout ce que je ne suis pas. D’abord, je ne suis pas du genre à donner des conseils, mais je connais un grand nombre d’autres personnes qui se prennent pour le centre du monde et qui feraient bien de faire de même : le monde a bien trop de centres et du coup, il ne tourne plus bien rond. Parmi tout ceux...
La vie est compliquée, nous avons de sérieux problèmes à régler (- énergétiques, écologiques et sociétaux entre autres) et les plus optimistes se disent qu’il y aura toujours une solution qui nous tombera toute cuite dans la bouche. Qu’il ne compte pas trop sur moi, j’ai beau chercher, je manque d’informations et d’imagination pour trouver des solutions aux problèmes du monde et si j’en trouvais une, elle serait idéologique et je n'aime pas les idéologies : je m’en méfie, elles me font peur, elles font des dégâts que j’ai mesurés de mes petits pas quand j’étais enfant. Gamin dans ma Lorraine natale,...
Page du 16 août 2024, jour qui danse sous le soleil...
N ous vivons dans l’illusion de ne faire qu’un, mais nous sommes, vous et moi, des êtres changeants, perpétuellement modernes et éclatés, dispersés façon puzzle par notre vie de tous les jours, tournés vers le passé tout en étant aspirés par le futur. Dans ce maelstrom contemporain, comment faire la part entre son travail, son transport, son portable, son domicile, son quotidien, les gosses qui braillent, son confort personnel, ses règles et ses fins de mois pour un grand nombre, sa paresse, sa peur de ne pas arriver à perdre ses kilos superflus, la crainte de mal vieillir et ses élans politico-économiques....
Page du 15 août 2024, jour de liberté surveillée...
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"- I love you !" ... "- Me too !"… "Je t’aime, moi non plus !" traduisait scandaleusement Serge Gainsbourg. Il avait bien vu, le bougre : comme sa chanson, l’hypocrisie anglo-saxonne fait le tour du monde. Vous-même, ne trouvez-vous pas curieux que la démocratie et l’économie soit si étroitement liées ? D’accord, tout change, tout évolue, mais il est à la fois scandaleux et stupide que les présupposés de la démocratie soient redevenus les mêmes que ceux de la jungle et de l’économie de marché basée sur une relative liberté des acteurs mais surtout sur une inégalité...
(Photo tirée de Vertige, un film d’Abel Ferry de 2009)
Après la communion sportive de la fête olympique, nous allons à nouveau pouvoir nous écharper à qui mieux mieux et retrouver notre morosité laborieusement entretenue. "Parlons de la situation" comme Raymond Devos en 1979… "Il y a quelques mois, souvenez-vous, la situation, pour ne pas pire que celle d’aujourd’hui, n’en n’était pas meilleure non plus. Déjà nous allions vers la catastrophe et nous le savions. Nous en étions conscients, car il faudrait pas croire que les responsables d’hier étaient plus ignorants de la situation que ne...